Prématurément achevée en novembre sur Space, puis en janvier sur Syfy, la série dérivée de Battlestar Galactica laisse déjà un grand vide dans le coeur des vrais amateurs de SF...

Par Vivien LEJEUNE - publié le 16 janvier 2011 à 00h01
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La nouvelle est tombée au lendemain de la diffusion américaine de False Labor, le 27 octobre 2010. Après seulement dix-huit épisodes au succès d'estime pourtant indéniable, la préquelle de la saga remodelée en 2003 par Ronald D. Moore est annulée sans aucun espoir de retour ; sous le prétexte habituel de taux d'audience jugés insatisfaisants par les dirigeants de la chaîne. Il est vrai que passer de 1,6 millions de téléspectateurs fidèles à la première partie de la saison à seulement 900 000 acharnés lors de la reprise d'octobre amène quelque peu à réfléchir... Pourtant, pour les passionnés du genre, Caprica était déjà - et à juste titre - considérée comme une série majeure dans l'Histoire de la science-fiction moderne. Pour eux, après quatre ans d'errance passés aux côtés de l'Amiral Adama (Edward James Olmos) et de son équipage, la "tragédie humaine" à l'origine de la naissance du premier Cylon semblait bel et bien être le meilleur moyen d'étendre l'univers sans jamais paraître redondant...

 

Caprica - Saison 1. Série créée par Remi Aubuchon, Ronald D. Moore en 2008. Avec : Eric Stoltz, Esai Morales, Paula Malcomson et Alessandra Torresani

  
Rien ne sera plus jamais comme avant
Avant d'être le spin-off de Battlestar Galactica, Caprica, restera avant tout comme la série qui aura rendu au genre ses origines littéraires. Loin des voyages intergalactiques et autres affrontements à répétition entre vaisseaux spatiaux, sa vision de la science-fiction renoue avec cette - souvent succulente - notion de société miroir ; poussant tout naturellement les téléspectateurs vers des retranchements toujours plus philosophiques que récréatifs. Cylon, Caprican, Tauron... les mots changent mais les sociétés et les idéologies restent. A chacun, ensuite, de se représenter qui fait référence à quoi et de se laisser observer ou juger par cet œil critique et "sublimé" de notre quotidien toujours plus extrême et modernisé. Les créateurs de la série l'ont d'ailleurs souvent revendiqué : Caprica se veut bel et bien être un drame familial, avant d'être une série Fantastique...
 
Mais - même s'il est vrai que, entre la dérive du couple incarné par Eric Stoltz et Paula Malcomson, et la fraternité exacerbée campée par Esai Morales et Sasha Roiz, la série tourne essentiellement autour de drames et de problèmes familiaux -, il serait néanmoins bien trop facile de l'estampiller d'office en tant que "banal soap-opera"... comme n'ont d'ailleurs pas manqué de le faire bon nombre de critiques américains... et d'oublier un peu trop vite que ce type de programmes se focalise rarement sur des thèmes aussi forts - et pourtant ici omniprésents - que le terrorisme, le deuil, l'excès et la religion. De  l'attentat suicide causé par Zoe (Alessandra Torresani) dans le téléfilm Pilot naîtront non seulement les trames et conflits rencontrés au cours de la saison toute entière mais aussi l'ensemble des bases relatives aux évènements précédemment narrés dans Battlestar Galactica... Seulement 18 épisodes pour voir apparaître la Mère de tous les Cylons... Ce douloureux accouchement en aurait pourtant mérité bien plus.

 

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Paradis virtuel pour dieu unique
Savoir où on va est toujours un avantage... mais savoir combien de temps on va mettre pour y arriver reste un privilège rare pour les créateurs de séries TV. D'autant plus lorsqu'ils s'attaquent à un programme qui dépasse, de loin, le simple stade du divertissement... Autant se rendre à l'évidence : malgré ses (très) nombreuses qualités, Caprica n'avait - en réalité - que fort peu de chance de durer. Neuf épisodes sur Syfy entre janvier et mars 2010... puis seulement quatre de plus près de sept mois plus tard pour, enfin, torpiller le tout en une seule et même soirée le 4 janvier dernier, via la diffusion marathon des cinq épisodes restants... S'assurer et fidéliser un public dans ces conditions aurait tout simplement relevé du miracle pur et dur. Pourtant, malgré la déception persistante de ne pas retrouver les familles Graystone et Adama la saison prochaine, les accros se consolent comme ils peuvent en se disant notamment qu'ils ont, au moins, pu profiter d'une vraie fin.
 
Malgré ce sentiment d'avancer à l'aveuglette, Ronald D. Moore et ses partenaires David Eick et Remi Aubuchon ont, en effet, réussi à accomplir l'impossible : apporter une conclusion réelle à chacune de leurs sous intrigues, en plus de l'avènement annoncé du corps bio robotique de Zoe, enfin prête à quitter le V-World. Les frères Adama se soulèvent contre le Guatrau, Sœur Clarice (Polly Walker) et les terroristes du STO manquent leur tentative (pourtant particulièrement élaborée) d'accéder au véritable Paradis pour mieux sombrer dans le virtuel, Lacy (Magda Apanowicz) accomplit sa destinée, Daniel et Amanda redevienne une famille, Joseph et Evelyn (Teryl Rothery) donnent naissance au futur commandant du Galactica, et la Vie continue sur Caprica et les Colonies... jusqu'à ce que l'inévitable se produise.

 

Caprica - Saison 1. Série créée par Remi Aubuchon, Ronald D. Moore en 2008. Avec : Eric Stoltz, Esai Morales, Paula Malcomson et Alessandra Torresani

 

L'héritage de la famille Graystone
En attendant de découvrir Battlestar Galactica : Blood & Chrome, troisième chapitre annoncé de cette saga réinventée, Caprica gardera - quoi qu'il en soit - l'assurance d'un succès d'estime bien mérité, lui ayant d'ailleurs déjà valu plusieurs hommages de la profession ; notamment à travers quelques dialogues toujours aussi savoureux de The Big Bang Theory. Espérons simplement que cette nouvelle preuve que la qualité n'est jamais garante de succès ne sera pas à l'origine d'une nouvelle vague d'annulations prématurées... et tout particulièrement en matière de science-fiction, où l'hécatombe semble bel et bien amorcée.
 
Mais, malgré la déception, inutile de relancer pour autant l'éternel débat sur l'impitoyable impérialisme des taux d'audiences et autres nombres de "clics" auxquels doivent (toujours plus) rendre de comptes la quasi-totalité des médias du Monde entier... Le fait est établi depuis bien longtemps déjà et n'est malheureusement pas près de changer. Pourtant, lorsque c'est une série de la trempe de Caprica qui disparaît, dont l'écriture n'a d'égal que la pertinence, la technicité de sa mise en scène et le talent de ses comédiens... pointe alors une furieuse envie de hurler haut et fort aussi bien son indignation que son absence de compréhension face à un panorama télévisuel où les meilleurs s'effacent quand d'autres perdurent à grands renforts d'excès et de formules éculées. Il n'y avait sûrement pas assez de sable et de sang dans Caprica... Espéreront simplement qu'un peu de chrome suffira à faire la différence pour assurer à la (bonne) SF des jours meilleurs.
 
Retrouvez notre Focus série : Caprica Saison 1 Partie 2, premières impressions !


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