Quelle que soit l'opinion que l'on a de Paranormal Activity et de ses suites, nul ne peut nier qu'avec son long-métrage de 2007, Oren Peli est tombé sur une véritable mine d'or. Budget minimaliste, rentabilité inouïe, production à la chaîne, les Paranormal Activity ont remis au goût du jour le genre du documenteur/found footage, déjà popularisé huit ans plus tôt par Le projet Blair Witch.

En leur temps, les scénaristes/producteurs de Blair Witch s'étaient essayés à la télévision, avec la série avortée Freakylinks (2000-2001) ; quoi de plus naturel alors pour Oren Peli que de tenter la même expérience, avec l'appui de Steven Spielberg, du réalisateur Jaume Collet-Serra (Esther, La Maison de Cire) et des talents de Michael Green (Heroes, Smallville, Green Lantern) et de Michael R. Perry (Freakylinks, Paranormal Activity 2) ?
Résultat de cette collaboration : The River, diffusé depuis ce 7 février sur ABC. La rivière du titre, c'est le fleuve Amazone, où l'explorateur Emmet Cole (Bruce Greenwood) a disparu, ne laissant derrière lui qu'une balise de détresse et ses archives vidéos. À l'initiative de sa mère Tess (Leslie Hope), Lincoln (Joe Anderson), le fils rebelle du clan Cole accepte d'accompagner l'expédition familiale au plus profond de l'Amazonie, une aventure périlleuse constamment filmée par l'équipe du manipulateur Clark (Paul Blackthorne), l'ancien producteur d'Emmet...
À la vision des deux premiers épisodes de The River, difficile de ne pas penser instantanément au grand père du genre found footage : Cannibal Holocaust (1980), qui narrait les pérégrinations d'un groupe de reporters dans la jungle amazonienne. Mais là où le métrage italien tentait de choquer et de poser une réflexion sur le pouvoir des médias, The River n'a qu'une ambition : faire peur, et reproduire sur petit écran les effets choc de Paranormal Activity. Seul problème, la série peine à choisir une orientation. Mélange inégal de found footage et de drame télévisuel banal, le show semble vouloir jouer sur les deux tableaux... et échoue à convaincre dans les deux domaines.

Car si The River tente d'adopter tous les codes du documenteur (des cartons-titres aux multiples caméras - infra-rouges, caméra à l'épaule, vidéo-surveillance, angles atypiques - en passant par l'instabilité habituelle de l'image au moindre phénomène), la série tente aussi de les associer aux grosses ficelles et contraintes de la fiction télévisée traditionnelle. Un choix qui affaiblit notablement les deux dimensions du programme, plutôt que de les renforcer.
Comment croire à l'hypothétique réalité des images, en effet, lorsque le spectateur reconnaît les acteurs, que la production souligne le moindre phénomène par des bruitages appuyés et de la musique effrayante, que les coupures pub sont ponctuées de cliffhangers dramatiques, et que des effets numériques peu convaincants sont utilisés pour altérer le rendu de l'image et donner vie à de simples animaux (libellules et singes) ?
Et réciproquement, comment être convaincu par la dramaturgie de la série lorsque les personnages ne sont que des archétypes grossiers (le fils rebelle, la mère quasi-hystérique, le méchant producteur, la jeune latina qui connaît toutes les légendes locales, le gros bras impassible, la blonde sexy) aux réactions et décisions improbables ? Ou encore lorsque le récit enchaîne les figures imposées du genre (possédée somnambule, poupées qui bougent, rires et murmures mystérieux dans la jungle, fillette fantômatique, protagonistes tirés hors de leur lit par une force invisible, etc...) avec une régularité de métronome qui frôle le prévisible (avant chaque page de pub, un phénomène surnaturel) ?

Au terme de ces deux premiers épisodes, The River risque bien de diviser, comme a pu le faire Paranormal Activity. Soit l'on adhère pleinement au concept, et l'on embarque aux côtés des Cole, pour une poignée de moments relativement efficaces ; ou bien ses nombreux problèmes de forme et de fond s'avèrent trop présents pour le spectateur, qui risque de se tourner vers une concurrence certaine le mardi soir (NCIS, New Girl, Glee et télé réalité).
Reste qu'avec des contributeurs comme Glen Morgan (X-files, MillenniuM, Destination Finale) au scénario, le show pourra peut-être redresser la barre... s'il en a vraiment le temps. Une première saison de huit petits épisodes, lancée début février : les chiffres d'audiences de The River, assez décevants, auraient probablement été plus importants avec une diffusion à Halloween...

L'histoire : Après que Katie et Micah aient emménagé dans ce qui semblait être une résidence de banlieue typique, le jeune couple devient la victime d'une présence[…]
