Par David Brami - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 15h44 - 2 commentaire(s)
Autre mamelle à audience de la chaîne américaine ABC avec Grey's Anatomy, Desperate Housewives est, tout comme cette dernière, entrée cette année dans sa cinquième saison. Et pour le coup, elle a apporté avec elle une surprise de taille déjà annoncée en fin d'année précédente : un bond de cinq ans dans le futur. Déjà utilisé dans Les Frères Scott, l'artifice avait tout pour permettre à la création de Marc Sherry d'éviter de s'enliser dans une routine légèrement ennuyeuse. Et pourtant, dès le début de la saison, on retrouve immédiatement ses marques, ses habitudes, et des personnages qui s'avèreront toujours hantés par des mécanismes parfois trop familiers. Alors, est-ce que Desperate Housewives est toujours une série qui se regarde avec plaisir ? Est-ce que cette nouvelle année a tenu ses promesses ? Est-ce que l'on reste excité par la perspective d'une future nouvelle année ? Oui et non. Mais surtout oui.



Oui, parce que l'entrée en matière, même si elle avait été abordée en fin de saison dernière, a tout de rafraîchissant. Nos délicieuses femmes au foyer reviennent dans des situations neuves, parfois étonnantes, toujours amusantes et toujours aguicheuses. En cinq ans, Lynette a vu ses enfants grandir et devenir de beaux garnements pouvant désormais s'exprimer comme les adolescents rebelles qu'ils sont (et accessoirement se faire épingler par la police). Rien à dire, ça change de la masse informe de marmaille braillarde et ingérable qui avait fini par nous casser les oreilles. En cinq ans, Gabrielle Solis a pour sa part perdu sa prestance, sa ligne, et a gagné deux petites filles rondouillardes aussi drôles que turbulentes. Susan, pourtant enfin mariée à Mike en fin d'année dernière, se retrouve aujourd'hui divorcée, mère d'un petit MJ adorable, et tente de refaire sa vie avec son petit copain tout neuf et tout musclé. Enfin, Bree excelle dans le monde des affaires, et a réussi à faire de sa passion pour la cuisine et l'étiquette, un métier et une marque renommée qui ne cherche qu'à s'épanouir. Après avoir vécu l'enfer en attendant patiemment un Orson emprisonné pendant trois ans, c'était la moindre des choses.



Le spectateur retrouve ainsi les miss en plein chantier de la vie, suite à ce qui ressemble pour certaines à un passage à vide durant lequel elles se sont laissées porter par les aléas de l'existence. Nous sommes donc pile à l'heure, revenus au moment où le wake up call tant attendu va les pousser à se secouer les puces, pour notre plus grand plaisir. Ce réveil programmé, il arrive sous la forme d'une ancienne connaissance qui ne nous aura pas manqué plus qu'une autre étant donné qu'elle fait son grand retour à l'unisson de ses consœurs sur les écrans, bien qu'ayant pour elles disparu depuis une éternité. Et oui, après avoir été chassée comme une malpropre, Edie Britt revient plus pimpante que jamais, qui plus est au bras d'un beau et respectable monsieur qui lui aura appris à réfréner ses instincts de vipère pour mieux se faire accepter par la petite communauté. Malheureusement, c'est un peu ici que la déception va nous tomber sur le coin du crâne.


Principalement centrée autour du quotidien de nos miss (qui ont gagné en nombre l'année dernière avec l'addition de Katherine Mayfair, vouée à devenir la nouvelle compagne de Mike Delfino), la série a toujours (si l'on omet sa seconde saison) réussi à s'articuler autour d'une intrigue mystère bien goupillée. Qu'il s'agisse d'un passé lourd de secrets (la mort de la narratrice Mary Alice Young en première saison), d'un petit ami au sombre secret (l'arrivée d'Orson en troisième saison) ou du retour d'une ancienne voisine bien décidée à affronter ses démons (celle de Katherine l'année dernière), ces intrigues se sont souvent révélées aussi passionnantes que riches en surprises. Malheureusement cette fois, on passera son temps à se demander quel est l'intérêt de faire traîner sur l'intégralité des 24 épisodes de la saison, un mystère éventé dès les premières minutes. Susan et Mike se sont en effet séparés suite à un accident tragique qui aura vu la mort d'une mère et de sa gamine. De l'autre côté, Edie débarque avec un nouvel homme qui arbore très vite des manières trop galantes pour être honnêtes, une tête de psychopathe patenté et des sautes d'humeur incontrôlables que le sieur s'empresse de masquer dès que Mike se trouve dans les parages. Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour voir le rapport. Et la saison de se diriger vers la fin la plus prévisible du monde.



Cependant, les fervents fidèles l'auront compris bien vite également, ce ne sera pas dans la destination que cette saison trouvera son sel, mais dans son voyage. Car aidée par l'interprétation impeccable de Neil McDonough (le Dave psycho en question), cette aventure sera l'occasion de petites séquences bienvenues et mémorables. On se souviendra en effet très longtemps des aventures de Karen McCluskey (Kathryn Joosten prouve une fois encore qu'elle a bien mérité ses Emmy Awards) et de sa sœur Ida, détectives en goguettes si réjouissantes que la rumeur d'un spin-off les concernant n'a pas manqué de faire son apparition. Ce sera aussi l'occasion de dire adieu à l'une des Housewives puisque Edie, découvrant tardivement le pot aux roses, ira se vautrer dans un poteau, justement. Et la série d'embrayer sur un épisode bourré de vignettes flash-back comme elle le fit en milieu d'année avec un 100ème épisode aussi anecdotique qu'émouvant.



Oui, comme dirait Mary Alice, c'est bien dans son quotidien que Desperate Housewives trouve ses meilleurs moments. C'est lorsqu'une des filles Solis donne une raclée au jeune MJ que l'on s'amuse, c'est lorsque Orson devient cleptomane pour prouver à sa femme qu'il existe, ou que Bree joue à qui mieux mieux avec la future belle-mère de son fils que l'on rigole, et c'est lors de quiproquos imbéciles que l'on saute de joie devant son écran. Pas de grosses intrigues, pas de triturages de cerveau, juste des petites pointes bien pensées et inoffensives qui rendent hommage tant au postulat de départ qu'au titre de l'œuvre et lui donnent tout son sens. Et si certains regretteront un lent retour à la normale mâtiné de scandale (les deux gamins de Lynette seront bientôt remplacés par deux nouveaux nourrissons, Gabrielle trouve en une nouvelle nièce adoptive, quelqu'un pour lui tenir tête et Bree couche avec l'ex de Susan), la majorité des spectateurs est toujours, avec raison, au rendez-vous, au point que Marc Cherry et ABC sont en négociations pour que le show continue jusqu'à sa neuvième saison. Et qui ne voudrait pas qu'un show de cette envergure, réussissant aussi bien à instaurer la paix des méninges en parlant de la non-paix des ménages ne perdure ? Les mauvaises langues, sans aucun doute.
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