Par Caroline Baeyaert - publié le 05 novembre 2007 à 03h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h10 - 1 commentaire(s)
Des vétérans de l’armée US, fraîchement débarqués d’Irak, décident d’organiser le braquage d’une banque de Pittsburg. Le hold-up va vite prendre la tournure d’une prise d’otages dont les enjeux dépassent les traditionnels millions de dollars. Après le Vietnam, la nouvelle source d’inspiration traumatique est puisée en Irak. Loin de faire l’apologie de l’administration Bush, The Kill Point dresse le portrait de cinq hommes brisés par l’atrocité et l’hypocrisie de la guerre. Diffusée en juillet 2007 sur Spike TV, cette série reflète l’état d’esprit qui anime les Etats-Unis quelques milliers de morts plus tard, l’incompréhension du maintien d’une guerre irrationnelle.


Cinq hommes chargent leurs armes à l’arrière d’un 4x4/break. Les clients font la queue devant le comptoir de la banque. Un homme et une femme s’enferment dans un placard et commencent à se déshabiller. Rythme et rapidité, The Kill Point met en place son intrigue et ses personnages d’inspirations définitivement « tarantinesques ». Entrée en matière de Mr Wolf, Mr Pig, Mr Rabbit, Mr Cat et Mr Mouse, tous en costards-cravates coiffés de longs manteaux noirs. Le chef de la bande, Mr Wolf, petit latino mais costaud, est un militaire à la retraite décidé à dénoncer ses missions suicide à Bagdad et Falloudja. Il carbure à l’esprit de famille et, n’a qu’un leitmotiv : « la liberté ou la mort ». Cliché ? Pas plus que les badauds massés devant la banque, jour et nuit, applaudissant à pleine main dès qu’un otage pose un orteil dehors. Manque plus que la ola ! Mais peu importe car les acteurs sont plus vrais que nature, leur jeu crédible et leur angoisse quasi palpable. Intensité des scènes et rebondissements à la chaîne font de The Kill Point une série prenante au casting bien ficelé.


Y’a quand même un truc qu’il faut qu’on m’explique : existe-t-il une option « flic super vénère » à l’Actor studio ou ailleurs, parce que j’ai toujours l’impression d’assister au même jeu d’acteur blasé, étriqué dans un gilet pare balles et habité d’un regard très inquiet. Horst Cali (Donnie Wahlberg, Band of brothers, Saw II et IV) ne faillit pas à la tradition. Son truc à lui c’est la tournure des phrases et les donuts. Par contre, il se tient très droit et doit fréquenter le même coiffeur qu’Obispo à la fin des années 90, cheveux gominés obligent. Step by step ouuu baby… Face au gentil cap’, un acteur plutôt doué, Mr Wolf (John Leguizamo, L’impasse, Roméo et Juliette, Summer of Sam, The happening). Une vraie belle gueule de dur au cœur tendre confortablement installé dans le registre de la simplicité, un côté rétro en plus. Il porte la série du début à la fin, orchestre le hold-up de A à Z avec classe et gère les crises en gentleman mais pas trop. Ses acolytes, sont loin de faire pâle figure face à lui et provoquent chez le téléspectateur les premiers symptômes du fameux syndrome de Stockholm. Le genre série où on applaudit les méchants à la fin… Plus aucune envie de les quitter mais de les faire sortir. Mr Pig (Franck Grillo, Prison Break) et Mr Rabbit (Jeremy Davidson, Army Wives), frères d’armes et de sang, sont aux antipodes l’un de l’autre. Le premier est un charmeur insouciant, le second est resté profondément marqué par les atrocités de la guerre. L’optimisme de l’un nourrit le pessimisme et la détresse de l’autre. S’en sortir et oublier ses peurs ou trainer sa culpabilité et plonger dans la folie. Deux visions de l’après-guerre, deux manières d’affronter la vie après avoir côtoyé le chaos. Blessé dès les premières minutes et rattrapé par son humanisme ainsi que l’angoisse de ses pires cauchemars, Mr Mouse (Leo Fitzpatrick, Kids, The Practice) est le plus touchant de la bande à Bonnot. Enfin, le dernier de la fratrie, Mr Cat (J.D. Williams, Oz, The Wire), l’homme sage et obéissant, infirmier à ses heures, ne marquera certes pas des générations entières mais esquive les fausses notes et reste dans la danse.


Du côté des otages, certains tirent leur épingle du jeu. Inconnus au bataillon, Rocko (Adam Cantor), Abe Shelton (Geoffrey Cantor) et Ashley Beck (Christine Evangelista, Goodbye Baby) s’en sortent bien. H, sorte de Paris Hilton en moins cruche, passe de l’image de la bimbo écervelée à celle de la riche héritière déterminée et réfléchie. Petite parenthèse sur la présence du méchant en vogue ces dernières années, ici à peine déguisé en Allan Beck (Tobin Bell, Saw I, II, III, IV), un magna de l’immobilier pourri et prêt à tout pour récupérer sa fille. Egal à lui-même, RAS. Enfin, Rocko, agent d’entretien et Abe, directeur de la banque sont les mecs normaux par excellence. Le premier est irritant à souhait, prêt à tout pour sortir. Quant au second, il est plus peureux que Samy et Scoubi réunis. Et, c’est là la force de The Kill Point, faire jouer des acteurs qui ne ressemblent pas à des top-modèles au sourire ultra brite mais à des flics ou à des employés de bureau.


Au casting s’ajoutent des fusillades dans tous les sens et des tactiques aussi fines que celles de Jack Bauer. Les uns essaient de rentrer par les sous-sols, les autres de sortir par les conduits d’aération. Les fusillades sont entrecoupées de leçons de psychologie prodiguées par des snipers postés sur le toit des immeubles. SWAT et FBI jouent au chat et à la souris, alimentant la traditionnelle « guéguerre » opposant les flics aux fédéraux : « on attaque, non on n’attaque pas, si on attaque… ». Mais tuer un martyr s’avère être une décision qui mérite réflexion. Ses revendications ? Des gilets pare-balles pour tous les soldats envoyés en Irak et la promesse que tous les fils de sénateurs s’engageront dans l’armée. Il est mignon ce Mr Wolf ! Basculant de l’image de l’idéaliste forcené à celle du réaliste désenchanté, il impose le calme et subit la tempête. C’est un peu le Robin du désert irakien aspirant à prendre aux touts puissants pour rendre aux derniers maillons de la chaîne.


The Kill Point c’est le dynamisme même imposé par le principe de la prise d’otages. Une leçon qui devrait servir aux créateurs de The Nine avec ses 13 épisodes interminables. Le parallèle entre les deux séries est inévitable même si aucune des 2 n’adopte le même point de vue. The Nine insiste sur les conséquences de la vie de 9 personnes étroitement liées à la suite d’une prise d’otage. L’immersion dans la banque reste ponctuelle, la psychologie des personnages très présente mais le dénouement très mauvais. A l’inverse, The Kill Point est un huis clos bourré d’actions mais vidé de toute substance psychologique, ou presque. Le premier traîne et le second s’enlise quelques fois dans les clichés mais c’est The Kill Point, ses 8 épisodes et sa fin explosive qui vous tiennent en haleine et les yeux grands ouverts. Puis, de la psychologie il y en a quand même, à la Rambo : « La vie c’est une putain de guerre ». Je vous laisse méditer…
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