Par Caroline Baeyaert - publié le 25 octobre 2007 à 04h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h01 - 4 commentaire(s)
Les braquages, casses et autres prises d’otages ont pour habitude d’entretenir l’excitation du téléspectateur. Qui va s’en sortir, comment et quand ? Les gentils entrent dans la banque avant l’arrivée imminente des méchants. Quand les cagoules pénètrent dans la sacro-sainte enceinte, la pression est à son comble. Un flingue dans chaque main, l’un d’eux crie « ceci est un hold-up, tout le monde à terre ». La machine est mise en marche, le suspense commence, la tension va crescendo jusqu’à ce qu’une équipe d’intervention spéciale déboule à grand cou de gaz lacrymogène ou que les braqueurs prennent la tangente en empruntant les conduits d’aération. The Nine c’est plus qu’une prise d’otages, c’est un compte rendu des conséquences, un état des lieux des traumatismes post-braquage. Après une brève présentation des futures victimes et leurs arrivées à la banque, deux hommes entrent précipitamment et assomment l’agent de sécurité : « Tout sera terminé dans 5 minutes ». L’assaut est donné, 52 heures se sont écoulées. Les braqueurs sont arrêtés, les otages interrogés, tout est terminé. Et nous, on n’a rien vu. Cinq petites minutes d’angoisse pour voir s’achever le plus court hold-up de l’histoire de l’audiovisuel.


The Nine ou comment un hold-up peut bouleverser le quotidien de 9 personnes. Treize épisodes pour lever le voile sur ces 52 heures et pénétrer la vie des otages. Aucun ne se connaissait, maintenant ils sont inséparables. Et, pour user de la deuxième chance qui leur est offerte, ils vont devoir affronter la réalité ensemble. Tous suspectés de complicité, les pièces du puzzle vont peu à peu s’assembler pour nous donner les clés de l’énigme. L’originalité de la série, qui tient en une saison, réside dans le point de vue adopté par ses créateurs – dont Hank Steinberg, scénariste et producteur de FBI : portés disparus. Les flashs back récurrents servent la construction de l’énigme et des personnages. Chacune des immersions dans la banque est mise en parallèle avec les difficultés de se replonger dans les travers de la société. Leur condition d’homme ou d’avocat, d’employé de bureau ou de héros, rien ne sera plus comme avant.


A l’originalité du point de vue s’ajoute le casting de la série. Pour la plupart de vieux habitués des séries TV, ils dépeignent chacun leur tour la difficulté de reprendre un semblant de normalité après un tel électrochoc. Et en matière d’électrochoc, Kim Raver en connaît un rayon. La petite copine de Jack Bauer dans 24, Audrey Raines - Kathryn Hale dans The Nine (Kim Raver, Lipstik Jungle, New York 911) - est l’un des personnages forts de la série. Working girl au tempérament d’acier, elle perd complètement pied et voit sa vie lui échapper. Tout respire la propreté chez Kim Raver, ses longs cheveux blonds, lisses comme un terrain de basket, son jeu simple et juste, sans fioriture. Une rencontre improbable finira de changer le cours de sa vie… Nick Cavanaugh (Tim Daly, The fugitive, Private Practice). Flic rebelle et accro au jeu, Nick se retrouve embarqué dans un rôle de pseudo-héros chargé de résonner les braqueurs en jouant les justiciers. Trop c’est trop, l’image du flic rebelle instrumentalisé par une hiérarchie qui tente de le manipuler en lui faisant porter haut les couleurs délavées de la police. Un trop plein de clichés pour cet acteur pas mauvais mais pas scotchant. A noter les prestations de Malcolm Jones (Chi Mc Bride, Killer instinct, Pushing Daisies), le directeur de la banque et d’Egan Foote (John Billingsley, Enterprise), le beauf devenu héros national. Ils font parti des rares à ressembler à de vraies personnes, en évitant les clichés.


The Nine ou comment neuf tempéraments vont appréhender la trivialité de leur existence. Certains foncent, d’autres stagnent. La Maricruz de Sucre (Prison Break) campe un gentil rôle de mexicaine, Franny Rios (Camille Guaty), qui va venir perturber la vie aseptisée de Lizzie Miller (Jessica Collins) et Jeremy Kates (Scott Wolf, Bailey de La vie à cinq) dont la love story se termine le jour du casse. Véritable couple idéal – lui médecin, elle, assistante sociale –, ils sentent la naphtaline et la soupe de légumes. « Braquage aux urgences » aurait été plus en adéquation avec les personnages. Restent Felicia Jones, la fille du directeur de la banque, et Lucas, le braqueur au grand cœur, pour clore le tour des 9. Felicia (Dana Davis, Heroes) est la clef qui sépare les otages de la vérité. Et là, c’est la déception. Car si la série démarre sur les chapeaux de roues, la deuxième partie de la saison traine à n’en plus finir. Certains personnages essaient tant bien que mal de faire passer la pilule. Lucas Delton (Owain Yeoman, Kitchen Confidential) et Randal Reese (Jeffrey Pierce, Charlie Jade) subissent la mollesse du rythme imposé par l’histoire. Crédibles en frangins que tout oppose, le premier est doux comme un agneau, le second complètement allumé. Le ying et le yang, deux frères dont le destin va se charger de séparer les chemins.


Loin de pousser les acteurs dans leurs derniers retranchements, la construction de l’intrigue les parque dans un jeu basique et simplement correct. Tout les ingrédients pour réussir un plat moléculaire digne de Marc Veyrat ont été réunis mais au final, on se retrouve à becter un steak-frites, de plus en plus lourd à digérer. Marre de toujours manger la même chose ! The Nine, c’est dommage. Les flash-back replongent le spectateur dans l’action et sous tension. L’immersion est réussit et toujours attendue, les scènes rythmées par l’alternance entre le calme et la panique. Mais il manque de vrais rebondissements et pas une fausse fin bâclée et tirée par les cheveux. Gentiment dans les clous, sans prendre beaucoup de risques, The Nine intrigue puis déçoit.



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