Bien qu’il reste cinq épisodes pour conclure les treize produits avant la grève des scénaristes, on peut d’ores et déjà constater que cette seconde saison se situe dans la lignée de la première à tous points de vue. L’humour omniprésent est entrecoupé à justes doses de moments plus dramatiques, et les intrigues continuent de caricaturer les plus grands aspects du soap opéra avec un délice à peine caché. Surtout, les scénaristes prouvent qu’ils savent maîtriser les nombreux cliffhangers mis en place dans le final précédent, réelle source des nouvelles trames.

Le propre de la série n’est pas d’étirer ses intrigues en longueur mais de toujours trouver des rebondissements, sans pour autant négliger la part de développement nécessaire. L’échappée de Claire Meade, les tentatives de sabotage de Wilhelmina ou encore la recherche paternelle d’Amanda marquent ainsi une forte partie de la saison avant de trouver leur conclusion, tandis que certaines sous-intrigues sont de durée bien plus courte. Le rythme ne se retrouve jamais cassé et les quelques faiblesses de traitement pouvant surgir disparaissent plutôt vite, ce qui fut le cas des dépressions (pourtant nécessaires) de Justin et Hilda. Le mot d’ordre semble être d’en donner deux fois plus aux spectateurs, dans l’humour comme dans l’émotion venant le contrebalancer.
Cela signifie également une augmentation du nombre de guest-stars, qu’elles fassent partie du milieu de la mode (Vera Wang, Tim Gunn), de la musique (Gene Simmons, Victoria Beckham) ou de la télévision (Betty White, Eliza Dushu, Barry Bostwick). Leurs apparitions témoignent de la popularité de la série aux Etats-Unis et sont évidemment un énorme coup de pouce en termes d’audiences. Mais bien que la majorité joue leur propre rôle, leur présence ne se fait jamais au détriment de l’histoire et leur intégration semble naturelle dans ce milieu de la mode où les célébrités affluent, quitte à se moquer au passage les personnages de rechercher leur compagnie à tout prix. Aucun phénomène
Will and Grace ne semble donc pas à craindre.
La présence de ces guests autour d’un fort ensemble de comédiens principaux et secondaires donne un total assez impressionnant de personnages à l’écran, auxquels sont encore ajoutés cinq nouveaux personnages réguliers. Gio le vendeur de sandwich, Cliff le photographe, Renee la sœur de Whilelmina, Stuart le mari de Christina et Kenny le comptable font donc leur entrée dans cet univers extrêmement riche en personnalités diverses, que les scénaristes gèrent d’une facilité alarmante.
Se démarquer des autres relève d’un certain mérite, tant la compétition est rude. Bien que le duo d’Amanda et Marc se retrouve plus souvent séparé qu’à l’accoutumée, chacune de leurs retrouvailles rappelle à l’ordre à quel point toutes leurs scènes relèvent du génie. Judith Light se voit promue au casting principal afin de combler le départ d’Alan Dale et démontre que Claire est bien plus haute en couleurs que Bradford. Mais c’est Vanessa Williams qui se surpasse en incarnant l’une des plus grandes vilaines de la télévision, dont les plans diaboliques se surpassent les uns les autres.
Quant à Betty, son évolution depuis son arrivée à Mode devient flagrante, en particulier lorsqu’il s’agit du sujet du (mauvais) épisode
Giving Up the Ghost (2.09). Devenue bien moins manichéenne, Betty n’a plus le rôle de regard naïf extérieur et s’est largement adaptée à cet univers. Faire des pactes immoraux dans son propre intérêt ou suivre ses envies sans se soucier des conséquences sont des erreurs qui lui permettent d’entrer enfin dans le monde des adultes, son émancipation l’amenant jusqu’à se rebeller contre son père et quitter la maison familiale pour un temps. Le charme enfantin de l’héroïne n’est pourtant pas perdu, ses rêves de journalisme refaisant surface tandis que son influence sur Daniel prouve lui être bénéfique. Le parcours en parallèle de ces deux amis aux familles envahissantes n’est pas près de se terminer. Mais il semble que ce changement d’attitude place parfois Betty en décalage par rapport aux autres, sur l’aspect comique comme sur le niveau de ses intrigues, car sa spécificité paraît moins flagrante. On constate donc que le traitement de sa relation avec Henry, passée du romantisme à l’irritation, plombe malheureusement la majorité des épisodes. L’intérêt d’
Ugly Betty ne réside décidément plus dans son rôle-titre mais bien dans son incroyable entourage.
Cette seconde saison d’
Ugly Betty est pour le moment une réussite dans son ensemble, maniant une fois de plus la comédie et le soap avec brio sans pour autant négliger la profondeur de ses personnages. Il ne reste qu’à espérer que la pause due à la grève n’ait pas coupé l’inspiration des scénaristes, et qu’ils fournissent une conclusion contenant au minimum des scènes aussi mémorables que la partie de Paintball, les chansons d’Amanda ou les démonstrations de charité de Wilhelmina.