Toujours en tête des programmes de la chaîne câblée américaine HBO, Entourage est revenue cette année pour une cinquième saison riche en rebondissements. Sitcom semi autobiographique basée sur les débuts de l’acteur Mark Wahlberg (qui officie toujours ici en tant que producteur exécutif), la série de Doug Ellin est très vite devenue un phénomène culte, dévoilant sans détours avec un ton léger et envoûtant les couloirs de la vie de star hollywoodienne. Et il suffit de voir le Michael Scott incarné par
Steve Carell dans The Office prononcer le nom de la série la bave aux lèvres et l’œil pétillant pour réaliser à quel point l’aventure séduit et passionne. On suit avec plaisir les aventures de Vincent Chase, jeune premier faisant ses débuts dans le cinéma et étant amené à côtoyer le gratin de l’industrie cinématographique. Très vite, on se rend compte que le show vaut non pas pour ce personnage, incarné par un Adrian Grenier un peu transparent de par son statut de beau gosse, mais plus logiquement pour sa suite variée et éclectique. Entre la bande d’amis déjantés issus comme lui du Queens New-yorkais (son meilleur pote, un frère psycho et un squatteur sympathique) et la présence de son énergique agent Ari Gold (secondé par un secrétaire gay flamboyant), il y a de quoi faire. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Jeremy Piven, interprète de ce dernier, a été trois fois récompensé aux Emmys pour le rôle.

Nous avions l’année dernière laissé nos amis en pleine désillusion cannoise après le tollé provoqué par long-métrage pourtant très attendu
Medellin, et dans lequel Vince campait un Pablo Escobar boursouflé et inepte. On les retrouve ici quelques mois plus tard, alors que le film, descendu par les critiques et atterrissant directement en DVD, a envoyé la carrière de Vince par au fond du trou. Celui-ci a d’ailleurs bien compris qu’il n’était pas nécessaire de s’apitoyer sur son sort, et a décidé de partir avec Turtle (Jerry Ferrara) se la dorer en charmante compagnie au Mexique. Mais tandis que son ami et agent Eric Murphy (Keni Connolly) commence à s’occuper d’autres clients, que Johnny Drama (Kevin Dillon) vit un amour longue distance et qu’Ari accuse le coup du naufrage, le nom de Vince circule à nouveau. Un producteur désire en effet le faire participer à un gros projet. Suite à diverses négociations, Vince est donc illico de retour à Hollywood, uniquement pour découvrir que seule la désillusion l’attend. Tous réalisent malheureusement que son rattachement au projet ne servait qu’à permettre à la production de s’assurer les services d’un autre acteur. Et tous de réaliser la triste vérité : Vince est définitivement dans le creux de la vague. Pourtant, l’acteur ne se laisse pas abattre et est prêt à tout pour reconquérir Hollywood et le public. Encore faudra t’il s’armer de patience.

Après la montée en puissance, la renommée publique, les espoirs artistiques, le strass et les paillettes, cette nouvelle saison d’Entourage se décide à aborder une composante qui constitue le quotidien de beaucoup d’acteurs ayant connu la gloire : la traversée du désert. Comme le dira Ari Gold à son poulain Vince, celui-ci est désormais « in movie jail » (en prison cinématographique). Peu aidé par cet état de fait et par des finances dans le rouge, Vince va alors devoir se résoudre à accepter nombre de petits boulots peu ragoûtants afin de rester dans la place : anniversaires de gosses de riches pourris gâtés, séances photos pour de grandes marques de mode, perspective de films familiaux sans intérêt, la liste de ces petits emplois sans avenir et souvent sans prestige est longue et trop bien connue, et poussera Vince à se poser des questions sur son futur. Faut-il continuer à faire profil bas comme le demande d’expérience Ari ? Ou pousser la chance et tout faire pour relancer la machine ?
La réponse s’imposera d’elle-même quand un script ayant précédemment tapé dans l’oeil de Vince continuera à faire seul son bonhomme de chemin avant de lui revenir. Premier écrit de deux jeunes scénaristes débutants,
Smoke Jumpers subira les affres de tout scénario de génie soumis aux désirs des uns et des autres. Au départ prévu comme base pour un film indépendant, le script va déchaîner les passions des studios et des grands acteurs pour se transformer en un monstre gargantuesque à la destinée incertaine. Budget boursouflé, scénaristes qui aspirent à une gloire immédiate, stars séduites par la perspective d’un grand rôle et l’envie des agents de pousser leurs poulains dans l’aventure, tout y passe. Tout cela sans même parler des soucis inhérents au tournage et aux envies d’un réalisateur européen excessif (Stellan Skarsgård, énorme dans un rôle n’étant pas sans évoquer le célèbre
Werner Herzog).

Se démarquant sensiblement des précédentes saisons de la série, cette cinquième année d’Entourage est plus que jamais la saison des choix. Choix de carrière, choix de ne pas se laisser bouffer par le système, choix de continuer ou non à se battre dans un univers de chiens enragés. Des décisions pas toujours faciles à prendre alors que la lassitude s’installe et que le bout du tunnel peine à se dévoiler. Nos amis n’hésiteront d’ailleurs pas à demander l’aide du mysticisme pour trouver la marche à suivre (un trip aux champignons mémorable en compagnie d’Eric Roberts). Mais Entourage étant avant tout une comédie fun et décomplexée, il est évident que chacune de ces décisions se fera en fonction du plaisir que tous ont à travailler et évoluer ensemble, et de celui qu’a le spectateur à regarder la série. Ari tentera par exemple d’aider un ancien ami dans le besoin et permettra à ses proches de progresser tout en continuant de gagner une certaine influence dans le milieu. Le décorticage du tout Hollywood se fait donc une nouvelle fois dans la meilleure des ambiances, et permet de jeter un petit coup d’oeil à une société semblant évoluer sur une toute autre planète, régie par des dictats et des personnages appartenant à des sphères lointaines tout en restant attachants et hauts en couleurs.

Encore une fois, la galerie de personnages sera plus que croustillante : Jeremy Piven est bourré de peps, prouvant une nouvelle fois qu’il n’a pas volé ses Emmys. Kevin Dillon est impayable (Drama chialant en direct après s’être fait larguer), et Jerry Ferrara donne enfin à son Turtle une densité inattendue. Quant à l’éternel panel de guests stars, marque de fabrique de la série, c’est toujours le festival : Leigthon Meester revient nous dire coucou en participant à un duo avec le célèbre chanteur Tony Bennett,
Whoopi Goldberg joue les présentatrices de talk-show, Jason Isaacs reprend la partition d’un petit ami jaloux comme pas deux, sans oublier les apparitions mémorables de Fran Drescher, Beverly d’Angelo, Seth Green, Jamie-Lynn Sigler, Jason Patrick, Alan Dale ou Jeffrey Tambor. Bref, que du beau monde, sans oublier l’évidente évocation discrète de Mark Wahlberg, dont le spectre continue à juste titre de survoler la série toute entière entre la mention furtive de son nom ou la projection en arrière plan d’un extrait de
Max Payne.
S’achevant sur un final à cœur ouvert particulièrement émouvant, petit retour aux sources et aux racines avant une explosion qui s’annonce gigantesque la saison prochaine (on vous laissera la surprise d’un guest à tomber par terre lors des dernières minutes du final), Entourage assure une nouvelle fois à tous les niveaux, gagnant en densité comme jamais. Seul souci persistant, une saison de 12 épisodes, c’est décidément bien top court.
David Brami