Forte du succès de ses séries originales auprès des adolescents, la chaîne ABC Family programme
Greek durant l’été 2007, avant de lui accorder rapidement dix épisodes supplémentaires et une seconde saison. C’est ainsi que le premier chapitre de cette « dramédie » suit le parcours de quelques étudiants californiens de l’université fictive de Cyprus-Rhodes, qui ont la particularité d’appartenir principalement à des sororités et fraternités, ces clubs très fermés arborant comme noms des lettres grecques. L’épicentre de ce petit groupe est incarné par le fraîchement débarqué Rusty Cartwright dès lors qu’il décide de rejoindre les Kappa Tau parallèlement à ses études d’ingénierie.
Triangles amoureux, campagnes électorales, premiers amours et difficultés d’avouer son homosexualité font partie des intrigues certes peu originales de la série, qui n’en arbore pas moins un ton suffisant frais et léger pour être un teen show hautement divertissant. Son cadre la différenciant des habituels lycées lui apporte bien évidemment un certain avantage, sans aller pour autant dans la satire ou la mise en garde contre les dangers maintenant bien connus des maisons grecques. Le but est plutôt de réconcilier les spectateurs avec elles tout en y incluant suffisamment de drames.
Greek n’opte donc pas pour une peinture sombre de ces institutions typiquement américaines, mais tente de rester fidèle à la réalité, en y ajoutant une pointe d’idéalisation. Traditions, fêtes, privilèges et bizutages innocents des recrues sont donc au programme, sans jamais oublier que la série mise autant sur la comédie que le soap. La nostalgie des auteurs transparaît bien à l’écran puisque cet univers attire d’emblée la sympathie, tout comme ils communiquent parfaitement leur dédain pour tous snobs ne fournissant pas l’effort de comprendre l’essence même de ces clubs : le sentiment de se créer une nouvelle famille.
L’histoire se concentre sur la façon dont sont régies les trois maisons les plus puissantes du campus : la sororité Zeta Beta Zeta, les fraternités Omega Chi Delta et Kappa Tau Gamma.
A leurs têtes se trouvent des présidents ayant toute une administration à leur charge, y compris des vice-présidents comptant leur succéder. Lorsqu’elles ne s’occupent pas de leurs affaires internes, ces maisons s’unissent afin de gérer l’ensemble de la vie universitaire et ainsi assoir leur position. Nous sommes clairement devant le monde politique testé par des post-ados.
ZBZ et Omega Chi peuvent facilement être vus comme des représentants de partis conservateurs (les Bush et Dick Cheney sont souvent cités en exemple par la présidente Franny) et les Cappa Tau comme des libéraux. Les grandes dynasties telles que les Bush et les Kennedy trouvent même des équivalents à travers Rebecca Logan et Evan Chambers, jeunes descendants sur lesquels une forte pression repose.
Casey Cartwright se retrouve quand à elle dans une situation la rapprochant d’Hillary Clinton, forcée à devoir sauver son couple pour des raisons politiques malgré une infidélité. Il est également sous-entendu qu’elle dû interrompre une ancienne relation l’empêchant de gravir les échelons. L’approbation du groupe dans les affaires amoureuses est fréquente, en particulier chez ZBZ, où les vieilles idées concernant le statut d’une femme selon son mariage sont tenaces. Oublions le romantisme adolescent, il faut ici obéir aux directives de ses supérieurs afin de suivre ses propres intérêts, autant que ceux du groupe.

Pour parfaire cette mise en parallèle politique, la sororité subit son propre scandale du Watergate en fin de mi-saison, lorsque l’une de ses nouvelles recrues s’avère les avoir espionnées afin de dévoiler leurs activités dans un article journalistique. Echanges secrets d’informations, crise à gérer et couperet tombant sur la personne tenue responsable sont donc des conséquences tout à fait plausibles.
La compétition intra-muros est montrée à travers les Zeta Beta, dont les campagnes publicitaires et actions diverses sont constantes pour monter dans la hiérarchie. Tandis que les fraternités d’Omega Chi et Kappa Tau préfèrent se mettre à l’épreuve l’une contre l’autre, comme deux pays en guerre perpétuelle. Non seulement ces deux types de batailles sont de bons parallèles avec la façon dont fonctionnent les gouvernements, mais ils jouent aussi avec des généralités associées aux deux sexes représentés : conflits internes pour les filles, extériorisation sur les autres pour les garçons.
Dans le Pilote, Rusty résume parfaitement l’importance de ces institutions que sont les maisons grecques aux Etats-Unis : une grande partie des femmes et hommes d’influence de ce pays en sont d’anciens membres. Les connections sont puissantes, fidèles et aident considérablement à grimper l’échelle sociale, non seulement dans le cadre de la fac mais surtout pour le restant de sa vie. Il s’agit de se créer un fort réseau d’étudiants, déjà importants de par leur héritage ou en passe de le devenir. Il n’est donc pas étonnant que les ZBZ soient prêtes à tout pour recruter la fille d’un sénateur.
La popularité du système grec est pourtant en déclin depuis plusieurs décennies, son mode de fonctionnement semblant dorénavant ridicule, et il paraît surtout comme une interférence avec des études de plus en plus importantes pour s’assurer un avenir. Le point de vue adopté par la série peut donc paraître un peu vieillot aux américains, mais son style général peu sérieux démontre que le but principal est de divertir, non de convertir.
On ne peut évidemment ignorer toutes les possibilités dramatiques qu’offre le cadre dans lequel les maisons grecques existent. L’expérience de la fac est avant tout une préparation à la vie d’adulte, une étape nécessaire entre l’adolescence et la vie active. La série se focalise donc très peu sur la partie scolaire, mais sur l’autre forme d’éducation qu’elle procure : découvrir qui l’on est et quel adulte on sera.
Les personnages présentés sont au départ plutôt stéréotypés. Riches, beaux, superficiels, égoïstes et fêtards, ils sont aussi rejoints par le scientifique aux fortes convictions religieuses. Tandis que Rusty est pris sous l’aile des Kappau Tau et connaît sa première histoire d’amour, sa sœur Casey connaît des difficultés de couple avec Evan et se trouve une ennemie en Rebecca. Son meilleur ami Calvin, lui, se voit affublé de l’intrigue de l’homosexualité cachée, tout en réunissant les caractéristiques du cliché gay (vive le shopping) et du fratboy (vive le sport). Mais l’ambiance ensoleillée, principalement mise en image par un ancien réalisateur de soaps tels que
The OC, Summerland et
One Tree Hill, se voit joliment contrebalancée par l’écriture intimiste du créateur Patrick Sean Smith, dont les armes se sont faites sur le mélodramatique
Everwood.
Rusty est celui qui s’en sort le mieux dès les premières minutes. Ce gentil geek voudrait profiter de ce nouveau départ pour profiter de tout ce qu’il a manqué au lycée, sans pour autant sacrifier sa personnalité. Il apprend à s’amuser mais ses études comptent toujours autant pour lui, et ne renie pas ses ambitions parce qu’il est le seul de sa fraternité à avoir celles-ci. Il ne renie pas ses valeurs et maintiendra toute la saison qu’Evan est une enflure pour ce qu’il a fait à sa sœur et ne se transforme jamais en mauvaise personne. Son bon fond et ce en quoi il croit restent, mais comme Casey le lui explique assez vite, entrer dans le monde des adultes fait apprendre que tout n’est pas noir ou blanc et toute les sortes de gris sont au cœur de la série. Rusty est un gamin réaliste et attachant, proche d’un personnage de Judd Apatow, qui doit beaucoup à l’interprétation de Jacob Zachar. Sa relation avec sa sœur aînée est la plus importante qui évolue, au centre de ce petit groupe et la relation.

Tous perdent néanmoins leur côté uni-dimensionnel assez rapidement, à mesure que les relations amoureuses et amicales se construisent. Les interactions ininterrompues entre tous les protagonistes sont un point fort permettant de ne pas les faire agir de la même manière en permanence, et créent une véritable dynamique d’ensemble. Malheureusement, si la chaîne permet de montrer des jeunes boire de l’alcool sans avoir l’âge requis ou avoir des rapports sexuels sans qu’une quelconque morale n’intervienne en permanence, il est regrettable de noter qu’une certaine frilosité existe encore lorsqu’un couple homosexuel ne peut qu’affirmer avoir une vie intime sans jamais montrer le moindre signe affectif à l’écran.
Les jeunes interprètes sont quant à eux relativement tous inconnus, Charisma Carpenter (
Buffy et
Angel) et Alan Ruck (
Spin City) étant les deux seules guest-stars à posséder une certaine notoriété. Spencer Grammer, qui incarne Casey, est quant à elle la fille du célèbre comédien Kelsey Grammer (l’appréciation de son personnage pour
Frasier n’est donc pas fortuite) dont le talent est apparemment héréditaire tant Spencer apporte de la profondeur à un personnage pouvant facilement tourner à l’antipathique. Ses compagnons s’en sortent également avec les honneurs, ce qui est largement appréciable dans ce type de série où le casting ne se base généralement que sur l’apparence.
Ces physiques de mannequins, qui éloignent en général les personnages de toute réalité, paraissent d’ailleurs nécessaires. Le type de fraternités et sororités décrites ici basent effectivement beaucoup leurs sélections sur les apparences. Il n’est donc pas étonnant de voir Rusty, un gamin banal, trouver sa place parmi les peu regardant Kappa Tau. Et si les nombreuses références à la pop culture placent ces jeunes dans le même monde proche du nôtre, il n’en est pas moins rappelé au spectateur l’aspect tenant du fantasme qu’est la télévision. Franny n’est malheureusement pas la seule à croire que la chirurgie s’atteint sans prendre les cours nécessaires et ne consiste qu’à parler de ses problèmes de cœur.
En bref,
Greek est un teen soap drôle et attachant qui ne se prend trop au sérieux, un divertissement honnête et agréable se plaçant au-dessus du guilty pleasure. Le second semestre à Cyprus Rhodes semble aussi prometteur en dose de drames que d’alcool coulant à flot, et seules trois maisons grecques sur la dizaine que compte le campus étant traitées, il est facile d’imaginer le nombre de personnalités diverses restant à explorer.