La vie d'entreprise est une véritable mine d'or pour le monde des séries. Microcosme complexe et parfaite métaphore de notre société toute entière, le monde du bureau regorge de frustrations et de dialogues riches en opportunités pour les scénaristes de tout genre, capables d'alimenter en épisodes des années entières de programme. Le spectre est d'ailleurs assez vaste pour que les programmes utilisant ce merveilleux nid à idées comme terreau n'aient aucun mal à se différencier les uns des autres. Que l'on se penche sur une fabrique de papier (The Office), sur une branche de l'administration chargée des parcs et des divertissements (Parks and Recreation), sur le service informatique d'une multinationale (The IT Crowd) ou tout simplement sur la machine à café du coin (Caméra Café), il suffit parfois de bien choisir l'emplacement de la caméra pour faire toute la différence et donner au spectateur accès à un autre univers. Suivant le mouvement, Better Off Ted choisit de placer son action dans les couloirs du département de recherche d'une multinationale tentaculaire, prête à toutes les inventions pour générer du profit. Préparez-vous à un voyage inattendu et léger au pays de la satire loufoque.
Vous l'aurez compris, Better Off Ted ne fait pas dans la demi-mesure. Créée la saison passée par Victor Fresno, ancien scénariste de Alf et producteur consultant sur Earl, la sitcom déjantée puise tout son sel dans la satire des grandes entreprises actuelles, ne reculant devant rien pour développer les concepts les plus tordus afin de s'imposer leader sur un marché qui n'existe pas encore. Une attitude que Veridian Dynamics pousse jusque dans ses couloirs puisqu'alternant entre la déshumanisation de ses employés et le désir de faire bonne figure face à l'opinion publique, la société sans âme aligne les initiatives malheureuses aux conséquences hilarantes. On se souviendra longtemps du remplacement des cellules de détection automatiques de l'immeuble, moins couteuses mais négligeant la présence des personnes de couleurs, ou de cette circulaire poussant les employés aux profils génétiques avantageux à s'accoupler. De même, la volonté de la direction de laisser chacun personnaliser son bureau de chacun sera, elle, jugée trop volatile et remplacée par l'imposition aléatoire d'une décoration thématique prompte à créer une belle guerre de clans. Mais qu'attendre de plus de cette société dont chaque décision est issue d'études statistiques et marketing, refusant de reconnaître un de ses employés quand celui-ci est effacé du système en raison d'un bug informatique, tandis que le niveau zéro du moral des employés est considéré comme acceptable du moment qu'ils n'ont pas envie de cramer les bureaux ?
"Peuplée d'inventivité et d'initiatives amusantes tels ces spots de pub factices aux slogans débiles présents au beau milieu des épisodes ou cette fausse annonce officielle accusant le président Obama de faire perdre leur temps aux Américains, Better Off Ted mérite amplement d'être découverte."
Un seul outil régulateur : l'être humain
Heureusement, il existe bien une composante humaine dans cette machine ampoulée. Soumis à la fine caricature imposée par le format des sitcoms, Ted et son équipe apportent joie et sensibilité à des scènettes hilarantes. Linda (Andrea Anders, Oz, Joey, La Classe), pourtant responsable de la vérification des inventions au sein du service, fait souvent acte de résistance passive en subtilisant par exemple les suppléments de lait du coin café ou en jetant des donuts dans les conduits d'aération pour se défouler. Elle n'oublie à ce titre jamais de faire part à Ted (pour qui elle a le béguin) de ses remarques morales et avisées, souvent outrée par l'attitude corporatiste insensée des têtes pensantes hautes placées. Une attitude également reprise par la fille de Ted, Rose (Isabella Acres, aperçue dans Monk et Mentalist), venant parfois goûter aux joies du service de garderie d'une boîte qui confond souvent innovation et exploitation, et engage la marmaille pour repeindre le parking.
Les deux chercheurs Lem (Malcolm Barett) et Phil (Jonathan Slavin, Earl), naïfs, espiègles et réservés, sont pour leur part tiraillés entre la révolte face à l'utilisation de leurs inventions et la quête éternelle de reconnaissance. Quand ils ne servent pas de cobayes à leurs propres expériences et à celle de cadres anonymes. Cette humanité contraste évidemment avec l'attitude de leur responsable à tous, la belle, froide et calculatrice Veronica, dénuée de toute émotion identifiable et absolument incapable de reconnaître ce qui est politiquement incorrect. "Comment pourrais-je le savoir ? Je ne suis pas un philosophe grec !". Un personnage qui sied parfaitement à Portia de Rossi, l'actrice nous prouvant une nouvelle fois après Arrested Development et Ally McBeal sa capacité à provoquer l'hilarité d'un simple mouvement de sourcil.
Au sein de ce petit monde, Ted ne perd jamais le sourire et l'énergie qui l'animent. Accompagné par des musiques alliant la convivialité des jingles des années 50 et l'euphorie de la samba, il s'adresse directement au téléspectateur en soulignant les différentes composantes et aléas de la vie d'entreprise. La technique a pour effet de nous plonger immédiatement au cœur du sujet, et donc de situations originales et variées ayant pour seul dénominateur commun leur propension à dégénérer au plus vite dans des proportions infernales. Inutile de préciser qu'avec cette masse de travail et des loisirs se déroulant souvent sur le lieu de travail (coucheries diverses et tournois médiévaux à l'épée compris), presque tout le monde est célibataire, ce qui ouvre la porte à des développements romantiques aussi nombreux que succincts. La série n'oublie pas d'insérer ici et là quelques références appréciables (les fans de Doctor Who remarqueront un Daleks dans les sous-sols de l'entreprise) et apporte un ouragan rafraîchissant dans l'univers de la comédie US.
Peuplée d'inventivité et d'initiatives amusantes tels ces spots de pub factices aux slogans débiles présents au beau milieu des épisodes ou cette fausse annonce officielle accusant le président Obama de faire perdre leur temps aux Américains, Better Off Ted mérite amplement d'être découverte. Elle mérite en tout cas bien mieux que le sort lui étant réservé par le public américain. Si un noyau de fans lui sont restés fidèles, ils sont rarement plus de 3 millions à lui faire honneur. A ce titre, la chaîne ABC a d'ailleurs décidé de bazarder la seconde saison du programme en ce mois de janvier sans en proposer les deux derniers épisodes. Dommage, on aurait vraiment voulu suivre Ted et sa sympathique bande de zigotos un peu plus longtemps. La preuve désolante, encore une fois, que la critique acerbe, même tordante, n'a pas toujours sa place hors des chaînes du câble.
Better Off Ted sera proposée dès ce mercredi 3 février à 13h35 sur TPS Star.

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