Ah, la Californie ! Contrée du soleil, des belles pépés et des fortunes éclair, au sein de laquelle naissent et se concrétisent les rêves les plus fous. Mais la Californie est aussi le pays des espoirs déçus, cimeterre d'artistes de tous bords venus chercher fortune et restés par dépit, tuant le temps entre glande et opportunités ratées à grands coups de beuveries rassurantes. C'est un peu le destin qui a été celui de Hank Moody ces deux dernières années. Débarqué dans le pays des oranges en raison de la - mauvaise - adaptation en film d'un de ses romans, l'écrivain n'a jamais quitté la contrée la plus chic et la plus superficielle de la planète, noyant son léger désespoir de la page blanche dans des histoires sans lendemain tout en essayant de reconquérir l'amour de sa vie. Manque de bol, après avoir réussi dans cette tâche, le monsieur voyait sa belle partir à New York un nouvel emploi en poche, lui-même restant sur place fin de ne pas briser dans l'œuf le premier amour de sa fille. Une décision risquée ? Pour sûr !
Avec ce personnage de looser classe et Rock'n'Roll, David Duchovny a réussi à se refaire une santé et une carrière. L'ancien agent Mulder de X-Files n'est plus seulement aujourd'hui le petit rat des couloirs du FBI, fourrant son nez dans toutes les affaires les plus louches des États-Unis. Il est désormais également un pur produit de l'intelligentsia artistique à la mode, avec tout ce que cela comprend de comportement fun et déviant. Œuvrant sur la chaîne câblée Showtime, l'acteur a en effet retrouvé de sa superbe avec ce portrait de poète moderne aux travers jouissifs, arrivant on ne sait comment à toujours retomber sur ses pattes. Preuve en est, le personnage - qui a déjà valu un golden globe à Duchovny et lui vaut cette année encore sa troisième nomination pour le rôle - a par exemple croisé la saison passée une légende du rock en passant par la case prison (Callum Keith Rennie, Battlestar Galactica), avant d'être engagé pour en écrire la biographie. Et oui, en Californie, même les cuites les plus sévères sont l'occasion de rencontres au sommet.
Skypus interruptus
Mais Hank Moody n'est pas le seul à briller dans Californication. On retrouve à côté de l'ancien agent du F-B-Œil la belle Natascha McElhone (Ennemis rapprochés, Solaris) dans la peau de Karen, une dulcinée tellement inaccessible cette année que les deux tourteaux, au lieu de se déchirer en engueulades, passeront une bonne partie de la saison à se faire des mamours via webcam interposée. Une distance qui ne sera pas pour assurer la pérennité du couple puisque Hank, toujours le sexe sur l'oreille, comblera ce manque physique avec tout ce qui passe à sa portée. Des actes qui ne sont évidemment pas du goût de Becca (Madeleine Martin), une fille qui ne cesse de grandir et dont il s'occupe seul aujourd'hui. Mais cette saison, Becca a d'autres chats à fouetter. Moins docile qu'auparavant, elle cherche plus que jamais à comprendre comment évoluer, comment vivre, et va s'éloigner de son image de petite goth renfermée à l'aide d'une copine de classe. Les choses débordant un peu (Hank apprendra dorénavant à ne plus laisser traîner son stock de beu à la portée de tous), notre héros sera amené à faire la connaissance des parents de la copine en question, responsable d'un établissement d'enseignement supérieur.
"Cette année, Hank aura un emploi du temps romantique pour le moins périlleux, transformant plus que jamais l'amusante sitcom ivre en merveilleux vaudeville."
Ni une ni deux, Hank entre dans l'intimité de ces bonnes gens (il s'engueule avec le maître de maison avant d'arriver, replonge un hôte de marque dans l'alcoolisme) et se voit parachuté, en sa qualité d'écrivain à la mode, professeur de littérature moderne. Mais s'il est loin de faire des merveilles à ce poste (l'homme s'endort en cours et pousse un de ces étudiants au bord du suicide - Ed Westwick de Gossip Girl en fan de vampires gay - ), cette position va lui ouvrir les portes de trois liaisons que ses instincts de mâle, son sens de la flatterie et sa libido légendaire vont accueillir à bras le corps. Entre une élève passant son temps libre à œuvrer dans une boite de striptease (Eva Amurri, fille de Susan Sarandon), une assistante en mal d'affection (Diane Farr, The job, Rescue me) et la femme en quête d'exotisme de son nouveau directeur (Embeth Davidtz, En analyse), Hank aura un emploi du temps romantique pour le moins périlleux, transformant plus que jamais l'amusante sitcom ivre en merveilleux vaudeville.
Hotel Californica
Également pris dans la tourmente, son agent Charlie (Evan Handler, Sex & the city) retrouvera du travail au service d'une patronne expérimentée et lubrique (Kathleen Turner, hallucinante et en contre-emploi total) qui ne cessera de lui faire des avances graveleuses. Et les situations les plus drôles et les plus farfelues de s'enchaîner cette année, entre les humeurs d'une star de rock has been - nouveau poulain sur le retour de Charlie et fantasme de longue de date de sa future-ex -, en passant par quelques After hours passagères chargées de cancer inavouable, d'électrochocs émotionnels et de gueules de bois bien tassées. Portée par une ambiance légère et amusante, cette nouvelle saison de Californication se regarde avec un entrain et une excitation qui ne sont jamais troublés de gravités plombantes ou d'actes aux conséquences irréversibles. On s'amuse avec insouciance lors d'un duel pour de faux dans la plus pure tradition de la guerre de Sécession (le proviseur - Peter Gallhager - veut laver son honneur après avoir perdu sa femme au bras de Hank), on se régale du quota hallucinant de scènes de nu et l'on s'esclaffe devant les révélations à tiroir des nouvelles coucheries accidentelles du héros qui "murmure si bien à l'oreille des femmes".
Mais toute bonne série trouvant son sel dans le contraste, il fallait bien que Californication s'achève sur un événement choquant. La descente n'en est ainsi que plus dure au retour d'un fait vibrant, sonnant tel un véritable retour de bâton pour un Hank dont tous les espoirs et tous les rêves de s'échapper vers la côte Est vont vite tourner au cauchemar. Encadré par une série de songes éthérés tant psychanalytiques que métaphoriques, le dernier épisode de la saison s'impose à ce titre comme le meilleur de la série à ce jour, noyant son protagoniste principal dans un enfer mental et éthylique presque sans issue. La Californie a-t-elle fait une nouvelle victime ? On se rassurera avec la promesse faite par Showtime et le créateur de la série Tom Kapinos d'une quatrième saison déjà sur les rails, le programme jouissant d'audiences plus que satisfaisantes. Y verra-t-on Hank se transformer définitivement en avatar de Bukowski ?

L'histoire : Hank Moody était marié, heureux, inspiré. Aujourd'hui, il est en panne d'inspiration, divorcé de la femme qu'il aime, et doit gérer une ado rebelle.[…]
L'histoire : L'Homme a créé les Cylons. Les Cylons se sont rebellés. Une guerre a éclaté. D'un commun accord, une trève a été signée. Chaque espèce vivait de son[…]
