Top ! Je suis une série policière à succès, légère et pleine d'humour, qui porte le nom de mon personnage principal. Je mets en scène les investigations d'un duo atypique d'enquêteurs (un homme, une femme), dont l'attraction mutuelle et les duels verbaux font l'essentiel de mon attrait. Elle, brune longiligne et séduisante, une professionnelle sérieuse et efficace; Lui, grand dadais turbulent, sait cependant se montrer à la hauteur lorsque la situation le demande. Autour d'eux, des personnages secondaires hauts en couleurs, qui peuplent un univers où les criminels redoublent d'imagination chaque semaine... Je suis... je suis...?
Si vous avez répondu Castle, bien joué. Si vous avez répondu Bones, vous avez aussi gagné, tant l'influence de la série de David Boreanaz et Emily Deschanel sur le show d'ABC est évidente.
Bones 2.0
Impossible en effet de nier la filiation lorsque l'on découvre le détective Kate Beckett (Stana Katic, aperçue dans Heroes, The Spirit, et Flynn Carson 3), et l'auteur à succès Richard Castle (Nathan Fillion, le légendaire Mal Reynolds de Firefly), qui l'accompagne dans toutes ses enquêtes sous prétexte de recherches pour un prochain roman. Leur relation est similaire à celle de Bones/Booth, la tension sexuelle l'un des points névralgiques de la série, et les enquêtes en elles-mêmes, rien de plus qu'une toile de fond aux joutes verbales des deux protagonistes. La formule Bones est assimilée, et il faut reconnaître qu'elle est bien rôdée.
D'autant que, si Castle est l'une des rares séries récentes à avoir réussi le tour de force de stabiliser son audience d'une saison à l'autre (la saison 2 tourne désormais chaque semaine aux alentours de 10 millions de spectateurs), initialement, le pari était loin d'être gagné.
Non content de lancer un énième procedural (sur un marché pourtant hyper-saturé par Les Experts et autres séries dérivées), Andrew W. Marlowe, le créateur de Castle déjà à l'origine du scénario des films Air force One, La Fin Des Temps et L'Homme Invisible, décide de miser sur une distribution globalement inconnue du grand public. De tous les acteurs recrutés, les plus familiers sont en effet Susan Sullivan (de Dharma et Greg) dans le rôle de la mère de Castle, et le charismatique Nathan Fillion aux fans fidèles (merci Joss Whedon !) mais au nom toujours peu vendeur aux yeux du spectateur lambda. Un Nathan Fillion qui commence alors à souffrir d'une réputation de tueur de projet, tant sa présence en tête d'affiche semble être synonyme de flop (Drive, Firefly, Serenity, White Noise 2...)
Guère surprenant donc de voir ABC, ne croyant pas aux chances de survie du show, lui assigner le statut de série de remplacement de mi-saison. Et les chiffres d'audience des premiers épisodes semblent donner raison au network : après un début honorable à 11.5M de spectateurs, la série chute rapidement aux alentours d'une moyenne située entre 7 et 8 millions. Ajoutez à cela des rumeurs de tensions explosives entre les deux acteurs principaux, et l'avenir s'assombrit pour Castle.
Heureusement pour le show, les astres lui sont propices : outre la relative faiblesse de l'ensemble de la saison télévisuelle 2008-2009, Castle sait se trouver un noyau dur de spectateurs motivés (généralement des fans de Fillion), prêts à tout pour soutenir leur nouvelle série favorite. Un potentiel commercial non négligeable, donc, qu'ABC identifie aussitôt, et qui l'incite à renouveler le programme pour une seconde saison. De plus, paraît en septembre dernier Heat Wave, roman supposément écrit par Richard Castle lui-même (dans la série), et ayant pour protagoniste principal Nikki Heat, une version fictionnalisée de Kate Beckett ; en moins d'un mois, il entre au top 10 des best-sellers du New-York Times.
"Si le sex-appeal de Stana Katic reste discutable, impossible de nier l'alchimie entre elle et Fillion ; les deux acteurs ont trouvé leur rythme, et leurs échanges fusent de toutes parts, comme une horlogerie finement réglée."
Classique, mais efficace
Succès commercial, donc, et audiences honorables, que l'on peut expliquer par plusieurs facteurs. Écartons d'emblée une hypothétique qualité exceptionnelle des scénarios : Castle est un procedural tout ce qu'il y a de plus classique, avec les défauts inhérents au genre : enquêtes relativement simples et parfois peu passionnantes, coupables occasionnellement téléphonés par le casting de têtes connues dans le rôle... Idem en ce qui concerne la réalisation : si certains épisodes bénéficient d'une scène d'introduction assez stylisée dévoilant le cadavre-de-la-semaine, on reste tout de même dans la norme des séries policières américaines.
Là où Castle se démarque véritablement, c'est dans l'écriture de ses personnages et de leurs relations. Pour un show reposant principalement sur les rapports amour-haine des deux héros, le courant doit absolument passer entre les acteurs principaux. Et si le sex-appeal de Stana Katic reste discutable, impossible de nier l'alchimie entre elle et Fillion ; les deux acteurs ont trouvé leur rythme, et leurs échanges fusent de toutes parts, comme une horlogerie finement réglée.
Il en va de même avec les personnages secondaires de la série. Les deux collègues de Beckett, Ryan (Seamus Dever) et Esposito (John Huertas) gagnent progressivement en épaisseur et en sympathie à mesure qu'ils acceptent Castle dans leurs rangs. Difficile aussi de parler du personnage de Castle sans mentionner la famille qui vit avec lui. Sa mère, Martha, actrice de Broadway sur le retour, ruinée et fêtarde, toujours pleine de conseils mal avisés ; sa fille de 15 ans, Alexis (Molly Quinn), sage et studieuse, qui plus souvent tient le rôle de seule adulte mature de la famille. Avec Castle, ils forment tous trois un noyau soudé et chaleureux, le véritable cœur émotionnel de la série. Une dynamique familiale d'autant plus touchante que Castle, gamin attardé et blagueur, sait redevenir un père modèle, sérieux et attentif, lorsque sa fille doit affronter les problèmes d'une vie d'adolescente.
« I'm a Space Cowboy ! »
Et comment ne pas mentionner les nombreux clins d'œil aux antécédents de Nathan Fillion, disséminés ici ou là ? Ici, une blague sur Ryan Reynolds (collègue de Fillion sur la série Un toit pour trois), là, une mention de Buffy, ici encore, de nombreuses références à Firefly, que ce soit Fillion remettant son costume de Mal Reynolds à l'occasion d'Halloween (et sa fille de lui asséner un "c'était il y a cinq ans, il faut passer à autre chose, maintenant"), ou jouant un instant avec des gants en latex bleu... Bref, un vrai jeu de pistes pour qui est familier de la carrière de l'acteur ; lequel encourage d'ailleurs ses fans en semant des indices via son compte Twitter, généralement mis à jour depuis le plateau de tournage.
Castle reste donc un plaisir coupable qui divise : si vous n'êtes pas friand de série policière à la Bones, ou que Fillion ne vous évoque rien de particulier, vous resterez probablement de marbre. Si en revanche la bonne humeur générale du show vous séduit, alors nul doute que vous reviendrez chaque lundi devant cette série policière divertissante, et somme tout assez attachante.

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