Le 25 janvier dernier a débuté aux États-Unis la troisième saison de Damages. Série star de la chaîne FX (déclinaison câblée et irrévérencieuse de la Fox, faut-il le rappeler), Damages avait créé l'évènement lors de la saison 2007/08 en propulsant instantanément l'impressionnante actrice de Liaison Fatale et des Liaisons dangereuses Glenn Close au rang de star du petit écran. Séduite par l'aventure télévisuelle lors de sa participation à la quatrième saison de The Shield, Glenn Close s'était alors associée avec les scénaristes et producteurs Glenn Kessler, Todd A. Kessler et Daniel Zelman afin de monter son propre programme. Elle est depuis Patty Hewes, l'une des avocates les plus intelligentes et les plus féroces de New York, menant à la cravache une série ayant réussi à se distinguer par un look et une structure uniques. Une série qui porte en elle une tension à couper le souffle, poussant le téléspectateur dans ses derniers retranchements. Malheureusement, c'est bien cette tension-signature qui manque cruellement à ce début de troisième saison. Une astuce destinée à mieux nous surprendre ?
La réalité dépasse la fiction
Pour sa troisième saison, Damages a décidé d'ancrer son intrigue dans le monde réel en s'inspirant de la récente crise boursière et de son instigateur Bernard Madoff. Tout démarre lorsque l'investisseur Louis Tobin (Len Cariou, Chambre 1408) est reconnu coupable d'avoir organisé une escroquerie portant sur un montant de plus de 70 milliards de dollars. Bien sûr Patty Hewes et son associé Tom Shayes (Tate Donovan, Opération espadon) sont sur le coup pour réclamer justice et défendre plusieurs victimes ayant tout perdu dans l'aventure. Pour ce faire, ils ont décidé de s'attaquer à la famille du coupable, et plus précisément à son fils Joseph (Campbell Scott, La prisonnière espagnole). Désarçonné par la nouvelle, celui-ci est bien décidé à faire éclater la vérité pour retrouver une vie normale en compagnie de sa femme Rachel (Reiko Aylesworth, 24 heures chrono) et son fils.
De son côté, Ellen Parsons (Rose Byrne, 28 semaines plus tard) est également liée à l'affaire mais d'une toute autre manière. Suite aux évènements de la saison précédente, l'ancienne protégée de Patty a quitté Hewes & associates. L'avocate travaille désormais au sein du cabinet du procureur général, à l'écart des manigances et des coups fourrés de son ancienne patronne. Occupée par une affaire de trafic de drogue, elle opère cependant dans les mêmes bureaux que d'autres collègues, chargés pour leur part de trouver les preuves susceptibles d'envoyer Louis Tobin derrière les barreaux et de récupérer une partie du pécule englouti. Sans pour autant communiquer avec Patty depuis de nombreux mois, Ellen reste donc très proche de son univers et de son quotidien. Un fait qui va s'avérer décisif lorsque Tom, dans l'impasse, va faire appel à elle pour se tirer d'embarras suite à une rencontre fortuite. Une nouvelle plongée en enfer débute.
Loin d'être aussi saisissante que les intrigues ayant impliqué le magnat Arthur Frobisher ou le scientifique Daniel Purcell, cette nouvelle aventure préfère prendre son temps pour définir ses personnages et ses situations. Trop peut-être. Car à regarder amoureusement Patty Hewes préparer sa défense, à scruter de façon lancinante les dilemnes moraux de Joseph, et au final à trop vouloir jouer la carte du huis clos intimiste, Damages perd en rythme et en densité. On cherche ainsi en vain la tension électrisante qui portait à bout de bras les premières saisons du programme et chaque révélation sur l'implication des protagonistes dans la manigance peine à provoquer autre chose qu'un léger haussement de sourcils.
"On imagine mal les créateurs de la série, jusqu'ici proches du sans-faute, ne pas rapidement lever le voile sur une mise en abîme à nous glacer le sang."
Somnambule au sommeil léger
La grande force des premières saisons de Damages résidait également dans leur capacité à proposer un semblant de narration parallèle augurant d'une résolution sinon sanglante, du moins surprenante et viscérale. Pour cela, généralement une simple scène, une image, un tableau suffisaient à nous tenir en haleine. Cette troisième saison perpétue la tradition tandis qu'un accident de voiture prend place quelques secondes après l'ouverture du season premiere. A nouveau, la série choisit de réinventer son concept : cette fois, la séquence se déroulant six mois dans le futur sert de point de départ à une véritable enquête menée de façon flegmatique mais efficace par deux inspecteurs de la crim' (dont Tom Noonan, Robocop 2, Last Action Hero), bien décidés à savoir qui a englouti le véhicule de miss Hewes en partant sans demander son reste. Et le duo de révéler, dès la fin du premier épisode, la mort d'un des protagonistes principaux de la série.
Déception cependant. Si le parallèle entre le présent et les évènements proposés en flash-forward arrivaient auparavant à provoquer un véritable questionnement et un suspense dérangeant, c'est avec un désintérêt quasi intégral que l'on suit cette alternance de points de vue. La raison en est simple : némésis de Patty dans les premières saisons, tour à tour victime, veuve, vengeresse, et vigilante, Ellen Parsons est cette fois en retrait. Celle qui avait servi d'avatar au téléspectateur, cristallisant ses angoisses, ses peurs et ses envies de revanche n'assiste que de loin à l'évolution des évènements. A sa place, la caméra préfère s'attarder sur un dealer anonyme, un clochard énigmatique déjà agaçant, ou sur les soucis d'un gentil fils et père innocent, se révélant très vite aussi pourri que le reste de ses congénères. Au point que l'on rêve de voir débarquer le mythique Jim Profit, grand frère spirituel de Patty Hewes, pour faire le ménage et apporter à tout cela un peu de piquant, de rythme et de manigance.
Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Il reste tout de même plusieurs éléments prometteurs dans les trois premiers épisodes de la saison diffusés à ce jour. On imagine d'ailleurs mal les créateurs de la série, jusqu'ici proches du sans-faute, ne pas rapidement lever le voile sur une mise en abîme à nous glacer le sang. Bien sûr, les tentatives de drague de la Patty par un Keith Carradine tout droit débarqué de Dexter ne sont pas innocentes. Bien sûr, la plongée dans la vie de famille d'Ellen, banale en apparence mais détentrice de quelques déviances, dévoile les racines d'un mal être qu'il faudra tôt ou tard exorciser. Quant à la présence d'un objet lourd de sens sur le siège passager de la voiture ayant embouti Patty, objet que les petits malins auront reconnu instantanément malgré son apparition furtive au détour d'un plan. Espérons juste que les batteries se chargent rapidement, que la distribution magistrale serve à autre chose qu'à faire vitrine et que l'électrochoc n'attende pas la fin de la saison pour faire des étincelles. Car en l'état, on ne sait pas si l'on tiendra bien longtemps le coup face à cette léthargie narrative.