Le sérial killer préféré du câble américain est désormais un bon père de famille, mais reste en quête d'une stabilité introuvable.

Par David BRAMI - publié le 17 décembre 2009 à 14h34 ,
MAJ le 18 décembre 2009 à 19h12 - 1 commentaire(s)

La vie est-elle un éternel recommencement ? Sommes-nous fatalement condamnés à répéter les erreurs du passé malgré notre volonté, notre détermination et notre éducation ? Ces questions, Dexter Morgan n'a jamais cessé de se les poser. Né dans le sang après avoir assisté au meurtre de sa mère puis adopté par un policier l'ayant pris sous son aile, Dexter a toujours été hanté par un "passager sombre", une entité inconsciente qui a fait de lui un être à part. Depuis son adolescence, Dexter, apathique et insensible à toute forme de sentiment ou d'interaction sociale, n'a qu'un seul instinct : celui de tuer. Cet instinct, son père adoptif l'a vite canalisé au lieu de le réprimer, ce grâce à un ensemble de règles destinées tant à garder le rejeton en vie qu'à nettoyer la ville de Miami de ses plus dangereux criminels. Aujourd'hui, Harry a disparu et Dexter n'a gardé que deux directives : appliquer le code et se fondre dans la masse. Mais après s'être senti à l'étroit entre ces deux règles, Dexter cherche aujourd'hui un nouvel équilibre. Pas facile quand on vit en pleine banlieue avec un nouveau né qui vous vole tout votre sommeil et une femme qui passe son temps à vous appeler sur le portable pour acheter des couches.

 

Dexter saison 4

 

Time to kill
Série phare de la chaîne Showtime depuis sa création en 2006, Dexter a permis à son interprète principal Michael C. Hall de changer radicalement de registre. Quoi de mieux après son rôle de gay à fleur de peau dans Six feet under que d'incarner un sérial killer froid, déterminé et calculateur ? Si la polémique tournant autour du programme (comment s'identifier à un serial killer ?) est désormais un vieux débat, c'est bien grâce à ses qualités d'acteur, combinées à une écriture réussissant au fil des épisodes et des saisons à trouver une résonance entre nous et cette machine à tuer. Car au final, cette adaptation libre des romans de Jeff Lindsay par le scénariste James Manos Jr (Les Soprano, The Shield) combine simplement deux des thèmes les plus fédérateurs jamais utilisés par le cinéma et la télévision. D'une part, et même si cela n'excuse pas ses actes, cet inspecteur médico-légal est loin de tuer autant de gens qu'un Jack Bauer ou qu'un Harry Callahan. Mieux, il le fait en connaissance de cause après avoir longuement étudié sa proie, accomplissant une justice que la police n'est pas en mesure de rendre. Mais l'histoire de Dexter est surtout celle d'un être qui, comme nous tous, cherche sa place. L'histoire d'un mouton noir peinturluré de blanc pour se fondre dans le troupeau. Preuve en est, sa relation avec Rita (Julie Benz, Angel), pour laquelle il ne ressent que peu de choses mais qu'il considère comme une couverture idéale afin que tout le monde évite de trop se poser de questions à son égard.


Dans cette quatrième saison, cette "couverture" est montée d'un cran. Marié et père du troisième enfant de sa compagne, Dexter réside désormais en pleine résidence banlieusarde. Un terrain miné imprévisible puisque tout un chacun est un potentiel témoin de ses allées et venues, et accessoirement une nuisance à son calme et son bien-être. Graffitis sur les murs, vols de voitures, cette nouvelle jungle est loin d'être aussi paisible qu'il aurait pu l'imaginer. Cette famille, auparavant une amusante couverture tour à tour utile et ludique est devenue une responsabilité étouffante. De là à plonger Dexter dans Desperate Housewives, il n'y a qu'un pas. C'est à cause de ce quotidien banal que Dexter va commencer à perdre sa rigueur légendaire. Fatigue, surmenage, impossible de mener sereinement son ancienne double vie dans ces conditions, malgré toute la bonne volonté du monde. Si Dexter commence à se sentir différent, plus humain, les dérapages ne tardent pas à arriver, d'autant plus dangereux que l'homme transporte dans son coffre des choses bien plus compromettantes qu'un simple paquet de marie-jeanne.

 

Dexter saison 4

 

"Si la première demi-douzaine d'épisodes sert simplement à poser les intrigues et la toile de fond, c'est surtout passée la moitié de cette saison que la série redevient diablement passionnante."


Parallèlement à cette évolution en roue libre, les protagonistes secondaires de la série ne sont pas en reste. On retrouve avec plaisir dans cette quatrième saison l'obsédé Vince Masuka (C.S. Lee, Chuck), toujours là pour nous servir son habituel éventail de blagues graveleuses. La nouvelle saison va aussi nous révéler quelques surprises concernant les personnages de Maria Laguerta et Angel Batista (Lauren Vélez et David Zayas, deux anciens acteurs de Oz ), car enfin tombés amoureux l'un de l'autre, ils tenteront sans succs de de cacher une idylle aux conséquences imprévisibles. Mais celle qui continuera à prendre de plus en plus d'importance cette saison, c'est bien la sœur de Dexter, Debra (Jennifer Carpenter, Bataille à Seattle, L'exorcisme d'Emily Rose). Dans cette nouvelle saison, le couple qu'elle forme avec le musicien Anton (David Ramsey) va battre de l'aile quand l'ancien agent du FBI et ancienne flamme Frank Lundy (Keith Carradine) refera son apparition à Miami. A la recherche d'un certain Trinity Killer (John Lithgow, 3e planète après le soleil, L'esprit de Caïn) seul maniaque sur lequel il n'a jamais réussi à mettre la main malgré une liste de victimes vertigineuse, il plongera par sa présence les membres de la famille Morgan dans des chasses parallèles et viscérales.

 

 Dexter saison 4


Un second souffle glacial
Si la première demi-douzaine d'épisodes sert simplement à poser les intrigues et la toile de fond, c'est surtout passée la moitié de cette saison que la série redevient diablement passionnante. A la poursuite du fameux Trinity Killer, Dexter va découvrir que ce dernier, s'il reste une proie de premier choix, n'est pas si différent de lui-même qu'il aurait pu le croire. Peut-être le tueur détient-il même la solution à ses problèmes familiaux, à ses questionnements, et la clé d'une existence équilibrée, si tant est que cela soit possible pour des gens de leur condition. Hésitant à exercer son courroux, retardant sans cesse la sentence à la recherche de ces réponses, Dexter va peu à peu s'insinuer dans la vie de son rival en brouillant les pistes pour ses collègues, allant jusqu'à voir en lui un modèle à imiter. Mais dans cette quête, Dexter s'adapte-t-il vraiment à sa nouvelle condition ? Ne se lance-t-il pas plutôt dans une dangereuse et ingérable fuite en avant ? La série répond à toutes ces interrogations via un électrochoc tétanisant, déprimant, et replonge son héros aux racines de son être dans un cercle infernal à la fois déstabilisant et prometteur pour la suite. Sans doute que l'on échappe pas à son destin. Sans doute que notre chemin est tout tracé. L'est-il également pour les générations futures ?

Après une troisième saison palpitante mais à la résolution essoufflée, Dexter regagne dans cette aventure une superbe énergie. Si elle ne tient malheureusement pas toutes ses promesses (quelques séquences auraient gagné à être approfondies au lieu d'être bazardées en quelques plans, et l'on aurait voulu assister à un final un peu moins convenu bien qu'efficace et lourd de conséquences), cette quatrième saison des aventures du Boucher de Bay Harbor relance magnifiquement la machine, et permet de présager d'un retour aux sources pour la suite, ou tout du moins d'initier un passage de flambeau empli de promesses. La série ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée puisque le final de cette saison a battu de nouveaux records d'audiences, s'imposant non seulement comme l'épisode le plus suivi de la série, mais également comme le programme scripté le plus suivi de la chaîne Showtime depuis sa création. Une belle reconnaissance.

A noter que cette saison marque également l'apparition sur le site de la chaîne d'une série de courts-métrages animés, intitulés Dexter : early cuts, dans lesquels notre anti-héros revient sur le sort de ses premières victimes. De quoi étendre un peu plus l'univers de notre sérial killer préféré.


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