
Nous avions laissé le Docteur (Matt Smith) en route vers de nouvelles aventures, le mariage de ses nouveaux compagnons Rory (Arthur Darvill) et Amy (Karen Gillan) tout juste célébré : l'intrigue du Pandorica était bouclée, et si certains mystères de la saison 5 n'étaient pas encore résolus, l'on pouvait s'attendre à une récréation de Noël pour nos héros, avant la reprise saisonnière du printemps prochain.
Et quoi de plus naturel dans ce cas qu'une adaptation officieuse du fameux Chant de Noël de Charles Dickens, classique parmi les classiques du Noël anglo-saxon, qui connaît chaque année ou presque un nouveau portage à l'écran (le Drôle de Noël de Scrooge de Zemeckis en étant la dernière incarnation) ?

Dans le spécial de cette année, Amy et Rory voient ainsi leur voyage de noces, à bord d'un vaisseau spatial de croisière à l'esthétique très Star Trek, tourner court lorsque leur bâtiment se trouve en perdition dans l'atmosphère nuageuse (et poissonneuse !) d'une planète nommée Sardicktown. Un seul moyen pour eux de s'en sortir : que le Docteur parvienne à convaincre Sardick (Michael Gambon, le Dumbledore des Harry Potter) - usurier tout-puissant et acariâtre contrôlant l'atmosphère de sa planète - de faire une bonne action en sauvant le navire.
Une tâche ardue qui oblige le Docteur à jouer les fantômes des Noëls passés, présents et futurs auprès de Scrooge/Sardick, et un récit qui, plus que jamais, souligne les sensibilités radicalement différentes de Steven Moffat et Russell Davies. Les Noëls de Davies étaient clinquants, spectaculaires et explosifs, à grands renforts d'invasions extraterrestres, de hordes d'ennemis décérébrés, et de mondes à sauver ; Moffat, lui, voit moins grand, et se concentre sur ses personnages. Comme toujours, il écrit en gardant à l'esprit l'enfant qui sommeille en chacun de nous, et fait appel de manière subtile à des figures incontournables de l'enfance.

« Un épisode de Noël féérique et totalement de saison, qui se place immédiatement parmi les meilleurs du genre. Grincheux s'abstenir ! »
Ici, mêlés à la ligne directrice de Un Chant de Noël (savamment détournée grâce aux voyages temporels du Docteur), l'on peut ainsi retrouver de très claires influences de Peter Pan : le Docteur qui se présente à la fenêtre du Sardick enfant, tel un Peter refusant de grandir (une caractéristique d'ailleurs confirmée par le fameux papier psychique, qui tombe en panne lorsque le Doc prétend être un adulte mature et responsable) ; le bruit caractéristique du requin, renvoyant directement au tic-tac du crocodile du Capitaine Crochet... Et, peut-être plus surprenant, les fans de comic-books seront probablement en terrain familier lorsque le récit prendra un virage à 90°, pour se transformer en romance impossible entre Sardick et une jolie malade blonde placée en animation suspendue, comme la Nora de Mr. Freeze dans l'excellent Amour on Ice de Batman - la Série Animée.

À la fois conte de fées, romance et récit de Noël qui ne se prend pas au sérieux (le traîneau et son requin ! Marilyn !), cet épisode spécial très dickensien est indubitablement une réussite : bien naturellement excellent dans son écriture, son interprétation, et sa mise en images (sans oublier la musique de Murray Gold), il permet à Moffat de continuer d'affirmer son style, et l'identité de son Doctor Who. Une identité un peu moins flamboyante et super-héroïque que précédemment, mais qui bénéficie cependant de l'écriture nettement plus maîtrisée de son showrunner. Vivement la saison 6 !

L'histoire : Extraterrestre de 900 ans, le Docteur est un aventurier qui voyage à travers le temps et l'espace à l'aide de son vaisseau, le TARDIS (Time And Rela[…]
