Retour sur la dernière période du docteur incarné par David Tennant avant la reprise de flambeau cette année par Matt Smith.

Par David BRAMI - publié le 06 janvier 2010 à 19h57
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Créée en 1963 et célèbre pour être la plus longue série télévisée encore en activité, Doctor Who a cette année connu une période de transition un peu particulière. Ressuscitée par la BBC et le scénariste Russell T. Davies en 2005, la licence avait alors connu un regain de popularité fulgurant. Ce succès a porté au firmament ses nouveaux interprètes Christopher Eccleston et surtout David Tennant, aujourd'hui jugé comme le plus iconique des acteurs ayant jamais incarné le fameux seigneur du temps. Avec un tel succès, autant dire que la nouvelle de son départ du programme, dévoilée fin 2006, a créé un vent de panique et de chagrin phénoménal, marquant également le départ de Davies à la tête du show. Seule consolation, le duo a consenti à tenir encore la barre de la série à l'issue de la quatrième saison pour une poignée d'épisodes, en attendant que des remplaçants soient trouvés et préparent une relève digne de ce nom. Qui allait pouvoir reprendre le flambeau des aventures de cet extraterrestre voyageant à travers le temps à bord de sa cabine de police spatiale ?

 

Doctor Who

 

La fin d'une ère
Rapidement désigné nouveau showrunner de la série, le scénariste Steven Moffat (Jekyll, Six Sexy) l'a été au grand soulagement des fans, puisqu'il en est un lui-même. Le monsieur n'a en effet jamais caché son amour pour la licence, et a maintes fois confié son vieux rêve d'un jour la prendre en mains. Des intentions louables soutenues par des faits l'étant tout autant : le monsieur est responsable d'une parodie aussi hilarante que respectueuse du show en 1999 (l'incontournable The curse of fatal death, dans laquelle on retrouve Rowan 'Mr Bean' Atkinson, Hugh Grant et Jonathan Price), et va même jusqu'à citer sa mythologie dans ses propres programmes. On se souviendra par exemple du magasin de comic books tenu par un des protagonistes de Six Sexy -fan du docteur au point de posséder un Dalek grandeur nature-. Moffat a par ailleurs signé les épisodes Le docteur danse ou La cheminée des temps, figurant parmi les meilleurs du programme. Quant au remplaçant de David Tennant, les rumeurs les plus folles ont fait le tour du monde. De David Morrissey (présent dans un épisode de noël intitulé The next doctor) à Simon Pegg (Shawn of the Dead) en passant par James McAvoy (Wanted), Robert Carlyle (Trainspotting), Jason Statham (Hyper tension) et Daniel Rattcliff (Harry Potter), tous on été envisagés pour le rôle par les fans. Mais ce sera finalement le semi inconnu Matt Smih qui l'emportera, réunissant tous les suffrages lors d'un casting mené par la production.

Ce départ redouté mais inévitable, l'équipe de la série a pris son temps pour le préparer. La quatrième saison de la série, voyant le docteur faire équipe avec la comédienne Catherine Tate, a ainsi souvent placé les pièces d'un sous-texte mélancolique et désabusé, faisant délicieusement obstacle à l'habituelle caractère enjoué du personnage. Tandis que Steven Moffat pose les premiers jalons de sa mythologie avec l'apparition furtive d'un personnage voué à revenir dans cette nouvelle incarnation (River Song, campée par Alex Kingston dans le fabuleux diptyque Bibliothèque des ombres), Russell T. Davies voit son héros perdre de plus en plus les pédales. Sa compagne ne cesse de le rappeler à l'ordre et de lui remémorer la valeur de la vie humaine, avant qu'elle ne soit elle-même forcée au sacrifice. Cette galerie de décisions déchirantes poussera le docteur à l'exil, dépité de ne pouvoir protéger ceux qu'il aime, et l'envoyer seul à travers le temps. Une décision à la fois forte pour le spectateur et pratique pour les scénaristes puisque ces derniers vont pouvoir s'en donner à cœur joie dans des épisodes spéciaux très différents les uns des autres.

 

Doctor Who - planet of the dead

 

Une dernière saison pour la route
Différents, ils le seront assurément, et leur qualité sera loin d'être constante. Premier d'entre eux proposé en avril 2009, Planet of the dead séparera le seigneur du temps de son vaisseau (le Tardis) pour le pousser en compagnie des voyageurs d'un bus sur une planète hantée par des essaims d'insectes géants. Aussi riche visuellement (une belle galerie de décors, un tournage à Dubaï) qu'il est pauvre en développements (un simple aller retour), l'épisode décevra en partie le public. La présence au générique de Michelle Ryan, aimée par les uns pour son joli minois et détestée par les autres pour sa performance dans Bionic Woman ne sera pas pour arranger les choses. Heureusement, Planet of the dead aura l'avantage de lancer cette dernière fournée d'épisodes sur les rails, notamment grâce à une prophétie poussant le docteur vers ses derniers jours.


"A travers un habile jeu de miroir scénaristique, Davies arrive à nous surprendre, nous transporter et à nous faire espérer un happy-end l'espace de quelques secondes, pour mieux nous frapper en plein cœur. "


Il faudra ensuite attendre six mois pour découvrir une apparition anodine du personnage dans le spin-off Les aventures de Sarah Jane, puis l'épisode The Waters of Mars. Bien plus convainquant que Planet of the dead, The Waters of Mars met cette fois le docteur face à un dilemne qui révèle toute sa nature d'être extraordinaire. Arrivant sur une station spatiale futuriste basée sur la planète Mars, il réalise être face à un moment tragique de l'Histoire qui ne doit en aucun cas être modifié, sous peine de bouleverser le destin de l'humanité toute entière. Mais face au drame, le docteur cède quelques instants avant la catastrophe et arrive à sauver plusieurs âmes, avant de réaliser que même lui ne peut empêcher l'inévitable. Ce nouveau coup pour le moral va l'obliger à prendre des vacances, dont nous découvrirons une partie dans Dreamland, seconde digression animée de la licence après The infinite quest (troisième saison). Cet épisode tout en 3D, initialement présenté via des modules de cinq à sept minutes, nous plongera au beau milieu du désert du Nevada dans les années 50, aux sources de la mythiques Zone 51. Une aventure attendue de longue date puisque déjà abordée plusieurs fois dans le texte. Et si l'animation est particulièrement rigide, on y retrouve un héros dont la désinvolture, la fraîcheur et les excès de joie étaient devenus trop rares. Un bon bol d'air frais avant le final.

 

Doctor Who - The End Of Time

 

Un départ mémorable
Et quel final ! Diffusé durant les vacances de fin d'année (un premier épisode le soir de Noël, un second le premier janvier 2010), The end of Time tient ses promesses à tous les niveaux, qu'elles soient émotionnelles ou narratives. Conclusion d'une ère, le diptyque retourne aux origines de la résurrection de la série, qui avaient placé le docteur en ultime survivant de sa race. Le show s'était en effet ouvert à la suite de la dernière grande guerre du temps qui avait vu disparaître tant les Daleks (race ennemie du docteur) que les seigneurs du temps et leur planète Gallifrey. Et si une question brulait encore l'esprit des fans, c'est bien celle-ci : capables de voyager dans le temps, pourquoi les maîtres du temps n'ont-il pas survécu à cette guerre ? Pourquoi le docteur, et accessoirement le maître (l'éblouissant John Simm), à la fois Némésis et dernière attache du docteur à son passé, ont-il été les seuls à y survivre ?

Brulant toutes ses cartouches à raison, Russell T. Davies répond à ces questions tout en faisant la somme des aventures du docteur à ce jour. Fait exceptionnel, le docteur fait cette fois équipe non pas avec une femme, mais avec Wilf (Bernard Cribbins), le grand-père du personnage de Catherine Tate. A travers un habile jeu de miroir scénaristique, Davies arrive à nous surprendre, nous transporter et à nous faire espérer un happy-end l'espace de quelques secondes, pour mieux nous frapper en plein cœur. Une dernière fois, le docteur laisse parler son humanité et achève son voyage en beauté avec un tour d'horizon en forme de point d'orgue (l'auteur relance au passage la licence Torchwood qu'il a délicieusement malmenée cette année). Suivant la tradition, le docteur se régénère alors et prend l'apparence de Matt Smith, Tennant allant désormais taquiner les networks américains avec un nouveau programme (Rex is not your lawyer), non sans aller jouer Hamlet avec la Shakespeare company quelques temps avant.

 

Doctor Who - passage

 

On attend aujourd'hui de voir ce que nous réservent le talentueux Steven Moffat et son équipe pour ce printemps, mais force est de reconnaître qu'une grande et lourde page de l'histoire du docteur vient de se tourner. Une page sur laquelle il ne faudra pas oublier de revenir de temps à autre, car rares sont les œuvres qui font preuve d'une aussi grande richesse et d'une aussi brillante humanité.
The doctor is dead, long live the doctor !


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