Chapeau melon et Bottes de cuir, Spaced, Cosmos 1999, Absolutely Fabulous, Monty Python’s Flying Circus, The Muppet Show, Jekyll, Les aventures de Sherlock Holmes, Le prisonnier, Father Ted, Hercule Poirot, Life on Mars… Au vu de toutes ces séries une seule constatation s’impose : punaise ils sont forts ces Anglais ! A l’heure où les séries télévisées sont rentrées dans la consommation normale de produits culturels, il est tout de même effarant de constater que la production américaine est toujours citée en exemple chez les diffuseurs, les journalistes et les spectateurs (dans une moindre mesure il semble assez clair et effrayant de constater qu’en plus, ces derniers ont souvent une longueur d’avance sur les deux autres), là où la télévision anglaise propose des œuvres fascinantes avec des budgets modestes. Conclusion : au lieu de prendre HBO comme référence ultime, les créatifs et diffuseurs français feraient mieux de regarder la BBC.

Parmi tous ces représentants de haute volée télévisuelle, il en est un qui, à défaut d’être le roi, en est le docteur. Institution télévisuelle depuis maintenant 45 ans, Le seigneur du temps originaire de la planète Gallifrey a fait un come-back remarqué en 2005 grâce au talent de Russel T.Davies et on peut affirmer sans peine ni honte que
Doctor Who est à l’heure actuelle une des meilleures séries de science fiction disponible sur le marché (un genre qui a toujours eu et qui aura toujours quelque chose à dire à la télé contrairement à ce que peuvent penser certains journalistes pour qui le summum de la qualité serait représenté par deux chirurgiens esthétiques). Au moment où commence en Angleterre la troisième saison de la série, la question qui taraude tous les fans est de savoir comment va s’en sortir la nouvelle compagne du Docteur. En effet, et depuis ses débuts, le fameux extraterrestre à apparence humaine fonctionne toujours en binôme avec une représentante du beau sexe terrestre. Martha Jones (interprétée par Freema Agyeman) allait donc avoir la dure tache de succéder à l’irremplaçable Rose.

En effet, de même que l’actrice Diana Rigg a marqué Chapeau melon et bottes de cuir faisant d’Emma Peel la seule et unique compagne de Steed, Billie Piper restera probablement LA compagne du Docteur nouvelle génération. Conscient de ce fait, Davies redéfinit la dynamique du duo dès le début de la saison. Martha prend vite conscience qu’elle ne remplacera jamais Rose, cela ne l’empêchera pas toutefois de tomber amoureuse du Docteur qui de son côté n’éprouve rien pour elle. Cet amour à sens unique a de multiples avantages : d’une part il rassure le fan sur le fait que jamais le Docteur et les créateurs n’enterreront Rose, et d’autre part, le personnage permet de mettre en avant les thématiques de la troisième saison déjà abordées dans l’excellent épisode de Noël, intitulé
Le mariage de Noël (et honteusement absent de l’édition française de la série), à savoir la solitude du Docteur et son envie (voire son besoin) d’humanité.
Cette thématique est brillamment mise en valeur dans le diptyque
Human Nature/ La famille de sang dans lequel le Doctor devient humain et perd la mémoire afin d’échapper à un clan d’aliens. Se retrouvant professeur dans un collège au début du XXème siècle, il parcourra toute la palette des émotions humaines, mettant paradoxalement en valeur la dureté de son véritable être comme le souligne Joan, la personne dont son avatar humain tombe amoureux dans le diptyque. Curieusement ce double épisode marque la fin d’une dérive de la qualité qui parcourait le début de la saison. Sans être véritablement mauvais, le début de celle-ci laissait quand même bien sur sa faim. Entre un énième retour des Daleks, des épisodes relativement ennuyeux (
Brûle avec moi) et une Martha dont le potentiel ne sera jamais vraiment exploité, transformant le personnage plus en boulet qu’en véritable partenaire, ce début de saison pouvait faire peur mais c’aurait été sous-estimer le Davies gang de penser qu’il pouvait nous livrer une saison entière en demi teinte tandis que dès
Human Nature (où l’on peut apprécier le jeu de Jessica Stevenson la mignonne Daisy de
Spaced ainsi que Thomas Sangster le futur
Tintin), le show aligne les épisodes grandioses.
Ainsi
Les anges pleureurs, le traditionnel épisode de
Doctor Who sans le Docteur (ou presque), est une des meilleures histoires de voyages dans le temps qu’on ait pu voir à la télé ou au cinéma, tandis qu’
Utopia voit le retour du Capitaine Jack Harness qui quitte la série morose Torchwood pour rejoindre le Docteur dans un final épique au possible. Les trois derniers épisodes voient en effet le Docteur affronter un de ses plus grands Némésis : le Maître, un autre survivant inespéré de la race des Seigneurs du temps. Comble du bonheur pour le spectateur, Davies profite de ce duel pour opposer David Tennant à John Simm tout juste sorti de l’immense
Life on Mars. La confrontation entre ces deux acteurs géniaux restera dans les annales de la télévision. Complètement en roue libre, Simm nous offre une prestation magistrale, faisant du final de cette saison un des moments les plus grandioses de la série. La crainte d’une baisse de qualité fut donc de courte durée et
Doctor Who reste égal à lui-même. La fin de saison arrive même à retomber sur ses pattes quant au traitement de Martha et lui donne une conclusion très digne pour le personnage tout en clôturant les besoins d’humanité du Docteur et son statut au sein de l’univers qu’il explore. Du moins momentanément, en effet une ancienne mariée n’est pas loin et recherche ce brave Docteur. Ne doutons pas que les retrouvailles seront explosives et ouvriront sur des aventures encore plus folles.