S'il y a bien quelque chose que l'on ne peut pas enlever aux séries anglaises, mis à part leur indéniable qualité, c'est bien leur capacité à proposer une variété de concepts absolument uniques. Généralement constituées de seulement 6 épisodes, les saisons des programmes d'outre-Manche n'hésitent jamais à explorer des postulats originaux et à mélanger les genres. Une ingéniosité accentuée par la crise financière, qui pousse nécessairement les créatifs à se reposer sur une base solide, comme le confirme la productrice Izzy Mant : "[Les budgets réduits] vous poussent à être inventifs, créatifs, à penser à des façons innovantes de créer et de se focaliser sur ce qui est important, à savoir avoir un bon script et une bonne distribution. Au final c'est ce qui fait la différence, plutôt qu'une production design coûteuse ou de nombreux costumes". Pas besoin d'aller très loin, donc, pour comprendre d'où vient sa dernière série, FM, dans laquelle se mélangent joyeusement l'univers des sitcoms et celui du rock indé.
The IT Crowd version Rock
Apparue en février 2009 sur la chaîne anglaise ITV2, FM narre les aventures d'une petite station de radio, et plus particulièrement de trois de ses animateurs férus de musique qui bouge et de groupes bientôt au sommet de la hype. A leur tête, Lindsay Carol se veut emprunt de cool attitude avec sa veste en laine et son keffieh, mais ne réussit qu'à s'enfoncer dans des travers de loser désespéré face à la gente féminine. Une sorte d'ode à la misère humaine incarnée, d'autant plus frappante qu'il se fait toujours voler la vedette par Topher, DJ merveilleux et icône bobo dans toute sa splendeur surnommé le Barrack Obama du monde de la musique par le magazine ELLE et végétarien le plus sexy par la PETA. Pourtant, Lindsay s'acharne, lutte et s'enfonce magnifiquement à chaque occasion de draguer la secrétaire du coin, et plus généralement toutes les jolies frimousses qu'il croise. La partition sied merveilleusement à Chris O'Dowd, qui reprend dans les grandes lignes le personnage de Roy qu'il incarnait déjà dans The IT Crowd, l'informatique en moins, les guitares en plus. Heureusement, Lindsay reste tout de même roi en son domaine, soutenu par son co-animateur Dom Cox (Kevin Bishop, Irina Palm, Les poupées russes), frère spirituel du Charlie de Lost version trash, et leur productrice Jane (Nina Sosanya, Meadowlands, Manderlay), dont les opportunités de carrière sont sans cesse torpillées par les deux zigotos.
"Alignant les répliques et les situations cultes avec une frénésie et une constance qui forcent le respect, FM ne laisse jamais le temps à son public de se reposer"
Fidèles à un sujet dans lequel ils baignent manifestement depuis longtemps, les scénaristes Ian Curtis (!) et Oliver Lansley n'hésitent pas à reprendre les grands clichés de l'univers rock pour les injecter dans leur œuvre. A ce titre, les lendemains de cuite de Dom sont toujours de grands moments, que celui-ci se réveille bourré dans le bus d'un groupe en tournée, arrivant sourd comme un pot suite à un concert, ou ayant tout simplement dormi en slip dans les studios (dévastés) de l'émission après une soirée arrosée. Des séquences validées par les apparitions de stars telles que Marianne Faithful, Toyah Wilcox ou l'ancien DJ Tim Westwood, mais également par la présence au sein de chaque épisode d'un groupe de musique différent. Invités de l'émission présentée par le trio, chaque groupe nous offre une performance live avant d'être inclus au cœur des différents quiproquos générés par les personnages. "[Lors de l'écriture], c'était la seule inconnue de la série. Personne n'avait auparavant demandé à ces groupes de musique de jouer un rôle face caméra, même si c'était le leur" nous a confié Izzy Mant lors du dernier festival de télévision de Monte Carlo. "Nous avons été surpris de voir qu'ils étaient partants pour l'aventure, d'autant que beaucoup n'avaient jamais joué la comédie".
Rock'n'Roll Attitude
The Wombats , Guillemots, The Charlatans et The Subways, tous se sont ainsi prêtés au jeu, n'hésitant pas à donner de leur personne pour que la série impose son style et son attitude décomplexée. "Par exemple, l'une de nos invités était LadyHawke" continue l'ancienne productrice de Peep Show. "[LadyHawke] était vraiment bien dans le rôle, mais elle m'a confié que la dernière fois qu'elle avait joué quelque chose, c'était un ange dans une pièce de théâtre organisée par son école à ses 5 ans. En nous lançant dans le projet nous ignorions s'ils pourraient [jouer la comédie], ou si cela rendrait quelque chose à l'écran. Nous les encouragions à être eux-mêmes, et je pense que cela a été payant". Assez payant en tout cas pour que la série se retrouve en compétition à Monte Carlo face à 30 Rock ou The Office dans la course à la nymphe d'or de la meilleure comédie. Quatre de ses acteurs ont également été nommés dans diverses catégories. "La seule chose qui a un peu fait peur à ITV est la quantité de gros mots qui passe dans la série. Il y en a beaucoup, mais c'est la seule chose sur laquelle ils ont tiqué".On se réjouira en tout cas de voir que rien n'a été censuré, puisque Dom n'hésite jamais à sortir un bon gros et sonore Fuck à chaque fois qu'il réalise dans quelle mouise il se trouve. Y'a pas plus rock'n'roll.

L'histoire : Les mésaventures loufoques et absurdes du service informatique d'une grande entreprise londonienne.
