Ne vous êtes vous jamais demandé ce qui se passait sur les plateaux de séries pour enfants de type
Fraggle Rock ou
Sesame Street quand les caméra ne tournent pas ? Vous vous êtes sans doute dit que les marionnettistes posaient les effigies qu’ils animent pour aller prendre un café. Et bien vous avez tout faux ! Et la série
Greg the Bunny va vous prouver que les marionnettes sont non seulement bien vivantes, mais qu’elles ont des vies pleines de soucis comme vous et moi !

Jimmy et son ami Greg vivent tranquillement à Los Angeles. Jimmy passe son temps à nettoyer les piscines du voisinage pour se faire de l’argent alors que Greg cherche désespérément du travail. Une situation qui serait loin de soulever l’enthousiasme si un petit détail dénotait dans le tableau : Greg est une marionnette vivante (ou fabriqué-Américain comme le requiert l’éthique morale). Une marionnette de lapin qui, comme des millions de marionnettes vivantes, cherchent à faire autre chose que des jobs provisoires dégradant (dans le cas de Greg, celui de la marionnette qui se fait taper dessus dans les « tape les taupes » des salles de jeux, ou l’habituel lapin de Paques une fois par an). C’est d’ailleurs exactement le genre de marionnette que le père de Jimmy recherche pour son show destiné aux moins de 4 ans, et dont la vedette, un certain Rodchester, doit être remplacée au plus vite. Et c’est ainsi que grâce à un concours de circonstances aussi improbable qu’hilarant, Greg se retrouve parachuté star du show pour enfants SweetKnukle Junction, show qu’il va tout faire pour rendre meilleur.

La série
Greg The Bunny, créée par Sean S. Baker, Spencer Chinoy et Dan Milano fut produite par la Fox en 2002 en reprenant le personnage de Greg, un lapin marionnette aux yeux de boutons déjà apparu dans une précédente série câblée du trio nommée
Junktape. Présentée comme « une série de marionnettes pour adultes », elle s’adresse plus, et à l’image de toutes les séries où apparaît l’acteur Seth Green, comme un show pour « vieux ados », tout comme le
Robot Chicken, qu’il créera par la suite avec Dan Milano. La série possède ainsi un ton particulièrement irrévérencieux (et parfois à la limite de la geekerie) et utilise les fabriqués-américains pour traiter avec une dynamique de sitcom, de sujets aussi variés que drôles ou sensibles.

On se retrouve rapidement à assimiler en effet ces petits êtres doués de vie, mais emplis de coton et conscients de l’être (la série jouant fréquemment avec cette situation comme lorsque l’un d’entre eux, devenu trop gros, se déchire une couture et déclare « mince, je viens de me faire un nouveau trou du… »), à toutes sortes de minorités. Ainsi, le second épisode traite immédiatement du problème de la discrimination (Greg écrit des insultes à son égard sur le mur des toilettes pour se faire accepter de l’équipe de tournage et, refusant dans un premier temps de se dénoncer, la chose tourne à la chasse au raciste) tandis que quelques épisodes plus loin, la série traite avec humour du fanatisme religieux et de l’intégrisme (« je suis en coton, hein, c’est ça que t’insinue ? » déclare une marionnette complètement shootée).
De même d’autres thèmes tels que l’amitié ou les relations familiales sont abordées avec délire et jouent habilement avec les codes instaurés (la nature de Greg lui permet d’être la source de gags visuels inédits : Jimmy le tient par les oreilles pour qu’il utilise l’urinoir, il peut se cacher dans le manteau de quelqu’un et voit sous les jupes étant donné sa petite taille). Greg ira même jusqu'à se planquer sous le canapé, pétrifié à l’idée de se faire déchirer par le chien de la nouvelle copine de Jimmy, et se réveillera dans un autre épisode, sur le siège passager d’une voiture volée, le malfaiteur croyant qu’il n’était « qu’une marionnette » et n’ayant pas fait cas de sa présence.
Mais au delà de ces considérations,
Greg the Bunny est aussi une série ancrée dans les réalités d’Hollywood. Traitant du tournage d’une série, elle jette également un œil acerbe sur tout un système de production alors que les acteurs se succèdent (Greg remplace une ancienne star lapine (ayant 43 gamins) qui, sans le sou, finira par vendre les fameuses « cartes de la route des stars » sur le pavé avant de faire un come-back mortel à plus d’un titre), les références fusent (de nombreuses séries et autres films populaires sont cités tout au long du show , de
Sesame Street à
Lost in Space en passant par
les Goonies), et les scénarios à thème aussi (un des acteurs passe une audition pour Hamlet, joue au théâtre comme un balais, une journaliste de TvGuide vient sur le plateau, et de nombreuses pratiques sont dépeintes, telles les relations entre la production et l’équipe créative de la série, ou le fameux « Roast » lors de veillées funèbres).
Niveau casting, pour qui suit un tantinet la production US, c’est le festival ! Jimmy est ainsi incarné par Seth Green et celui-ci apporte ici toute une malle de références geek ainsi que son humour et sa patte si particulière. Il est accompagné de Eugène Levy, le célèbre père de la série des
American Pie, qui joue ici un père tiraillé entre son désir de voir son fils grandir et ses sentiments paternalistes refoulés. L’adorable (ou insupportable, c’est au choix) Sarah Silverman est quant à elle utilisée à merveille, reprenant son personnage de fausse garce vraiment snob, ici en tant que productrice déléguée par le studio à qui appartient le show et est aussi sexy qu’elle est insupportable dans les différentes œuvres auxquelles elle continue de participer encore aujourd’hui (L’école des dragueurs, Monk,
The Way of the Gun, the Sarah Silverman Show...). Niveau guests stars, la série n’est pas non plus en reste, comme la participation de Gary Oldman ou celle de Corey Feldman, ceux-ci incarnant leur propre rôle jusqu’à la plus réjouissante parodie, et ce dernier étant d’ailleurs dépeint comme l’enfant star déchu et déstabilisé, ayant perdu la gloire de l’époque des
Goonies et forcé de voler des voitures pour se venger de son voisin.

Malheureusement, la série n’aura pas trouvé son public lors de sa première diffusion, sans doute à cause d’une campagne marketing à côté de la plaque) et il faudra attendre 2004 et une renommée grandissante pour enfin avoir droit à une sortie DVD bourrée de bonus et autres commentaires audio des 13 épisodes produits dont seuls 11 avaient été diffusés à l’époque. Depuis, la série a fait le tour de la planète (elle a été diffusée ici sur la chaîne Comédie) et s’est vu depuis offerte une nouvelle mouture, cette fois consacrée uniquement aux parodies de films célèbres aux noms reconnaissables (Sockville, Wacky Wednesday, Blue Velveteen, naturally Sewn Killers…). Une petite perle rafraîchissante qu’on ne vous conseillera donc jamais assez, ne serait-ce que pour la justesse de l’écriture, aussi hilarante que les épisodes sont courts, et dont certains passages résonneront encore longtemps, comme ce scénariste marionnette étalé au sol lors d’un des génériques de fin d’épisode demandant à l’aide : « Ah, si j’étais un réalisateur, tout le monde serait aux petits soins, mais non, les scénaristes peuvent crever et personne ne lève le petit doigt ! ». Diablement d’actualité !