Au sein de l'impitoyable monde des séries, dans lequel s'affrontent continuellement les grosses productions policières et les drames familiaux d'envergure, apparaissent parfois de précieuses petites perles. Bourrées d'inventivité, d'intentions louables et générées par des équipes motivées et amoureuses de leur art, ces séries nous touchent souvent bien plus que les impersonnels produits marketing à l'ombre desquels elles se développent. Hero Corp est assurément de celles-ci. Comment ne pas craquer devant la bonne humeur et la sincérité de cette sitcom atypique, puisant tant son sel dans les comic-books de la Marvel que dans un phrasé directement inspiré des chefs-d'œuvre de Michel Audiard ? Créée en 2008 par Simon Astier sur la base d'un sketch jadis interprété avec son acolyte Alban Lenoir, la série produite par Calt permet au frère du papa de Kaamelott d'approfondir des dons d'écriture. Après avoir fait ses armes sur Off Prime, Simon Astier livre une œuvre drôle, fouillée, chargée de références et de clins d'œil divers, aussi bienvenus qu'appréciables. On pouvait lors de la première saison reprocher au programme un rythme en dents de scie, en partie dû à une réécriture express des premiers épisodes, il n'en sera rien cette année : Hero Corp a cette fois définitivement trouvé son rythme de croisière et revient pour une seconde saison tout simplement explosive.
A l'origine était le héros
Tout d'abord un peu d'histoire. Hero Corp, c'est l'histoire de John (Simon Astier), un citadin qui débarque un jour dans un petit village pour enterrer la tante qui l'a élevé étant jeune. Il y découvre une communauté un peu étrange : le barman met son doigt dans les boissons qu'il sert pour les refroidir, un inconnu cherche à le tuer, un vieil homme aux abords sympathiques (Christian Bujeau, Anne le Guen, Kaamelott) est enfermé dans une grotte et la seule demoiselle du coin (Jennifer, incarnée par Aurore Pourteyron) est régulièrement bombardée de projectiles divers par les autochtones. Bien sûr ces apparences cachent un énorme secret : les habitants du village sont en fait des super-héros à la retraite, seulement armés de pouvoirs dégénérescents. Loin d'être morte, la tante de John l'a d'ailleurs fait venir pour que celui-ci remplisse une prophétie : le monde sera bientôt menacé par un ancien super vilain dénommé The Lord (en fait le gentil prisonnier que John a fini par relâcher), et seul John sera capable de les sauver. Lui aussi doué d'habiletés qu'il ne maitrise ni ne comprend, John va peu à peu découvrir ce nouveau monde, triompher de tous les obstacles, et sortir au passage avec la belle Jennifer. Malheureusement, le conflit ne fait que débuter et prendra très vite des proportions mondiales.
"De nombreuses intrigues secondaires (romance, trahison, quêtes diverses) entrecoupent cette année une intrigue de fond bien plus énergique et mise en avant, créant un décalage surprenant et envoutant."
Lors de sa première saison, Hero Corp installe une mythologie particulièrement dense. Les anciens héros font partie d'une organisation (Hero Corp, donc) située à Montréal et dirigée par un certain Neil McCormack (Lionel Astier). Peu à peu, et suite à un manque d'activité, ils ont été poussés à la retraite puis à l'exil, mais tous possèdent un passé glorieux, servant de merveilleux terreau à leurs futures aventures. Sur cette base, les obstacles mis en œuvre présentent déjà une résonance mythologique qui donnent une belle profondeur à la série. Mais loin du programme de rester enfermé dans le village cette saison. D'emblée, la troupe est à nouveau poussée à l'exil suite à des évènements tragiques et va partir à la recherche d'une nouvelle terre d'asile. Un mouvement physique qui sera à l'image de cette saison, osant briser les frontières d'une écriture jadis beaucoup moins audacieuse. Cette fois, Simon et sa nouvelle co-scénariste Claire Alexandrakis (Paris 16ème, Section de recherches) mélangent les lignes narratives avec brio. De nombreuses intrigues secondaires (romance, trahison, quêtes diverses) entrecoupent ainsi une intrigue de fond bien plus énergique et mise en avant, créant un décalage surprenant et envoutant.
Au cœur de ces intrigues, le spectateur réalisera d'ailleurs qu'il ne sait simplement rien de notre héros. Anonyme complet à l'exception d'une mention faite à la nature maléfique de ses parents, John va cette fois nous être réellement dévoilé. On découvrira son enfance (quelques flashbacks tordants à diverses époques) et un père intimidé qui redoute, à raison, ces retrouvailles. Leader débordé par les évènements, John devra être de tous les fronts lors de cette saison en trois temps. Saison qui verra la troupe poser ses bagages au bout de quelques épisodes dans un impressionnant bunker-forteresse aux nombreux secrets. Ambiance tendue sur fond de guerre naissante, peur omniprésente d'un danger inconnu et nouveaux méchants sanguinaires, la série prend une dimension dramatique insoupçonnée.
Drame et comédie font bon ménage
Pourtant Hero Corp n'oublie jamais d'être drôle, hilarante même. Tout Comme Kaamelott la série travaille son mythe, son humanité et sa dimension épique, mais n'oublie jamais ses origines. Qu'il s'agisse de répliques à la diction légendaire, de situations cocasses dont on ne vous dévoilera pas la teneur pour éviter d'en déflorer l'effet de surprise, Hero Corp navigue habilement entre le grave et la comédie potache, et bénéficie d'un contraste narratif qui permet à sa partie comique d'être d'autant plus efficace qu'elle nous assaille sans crier gare. On saluera à ce titre un casting chorale dont l'alchimie fonctionne désormais à merveille grâce à un passif bien implanté. Autre fait remarquable cette saison, la mise en scène tout en retenue de Simon Astier (qui cumule ici toutes les casquettes, de scénariste à monteur) bénéficie d'un nombre bluffant d'effets spéciaux de qualité, malgré un budget sensiblement égal à celui de la première saison. Les héros utilisent beaucoup plus leurs pouvoirs, les maîtrisent bien mieux, et nous offrent des séquences de combat citant sans sourciller Matrix, X-Men ou le Jumper de Doug Liman. Un exploit.
On aurait pu se contenter du festival, mais la générosité sans bornes de l'équipe nous abreuve également d'une véritable flopée de nouveaux héros surprenants et de guest stars inespérées. Si Lionel Astier et Michel Courtemanche sont bien plus visibles cette saison, on se surprendra à croiser ici et là Pierre Palmade, Alexandre Astier ou encore Pascal Légitimus en maîre de Montréal, tous ayant droit à des partitions exquises. Vous l'aurez compris, Hero Corp est une série qui ne manque pas de qualités, et dont le seul défaut aujourd'hui est de proposer des saisons de seulement 15 épisodes. Heureusement, toute l'équipe nous concocte déjà une web série pour l'été, série qui nous permettra d'attendre plus sereinement une éventuelle troisième saison.
La seconde saison de Hero Corp débute ce soir vendredi 8 janvier à 20h40 sur Comédie.
La chaîne diffusera chaque semaine une ration de trois épisodes, rediffusés le samedi à 18h50 puis le mercredi à 14h50.