Après le succès de NCIS : enquêtes spéciales, CBS récidive en plaçant sa nouvelle équipe à Los Angeles. Chronique d'un succès annoncé.

Par David BRAMI - publié le 02 janvier 2010 à 20h53
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Créateur des mythiques Supercopter, Magnum et Code Quantum, le légendaire producteur Donald P. Bellisario donne en 2003 naissance à NCIS : enquêtes spéciales, spin-off de sa série militaire JAG. Si les débuts de ces nouvelles enquêtes militaires sont modestes, leur popularité n'a cessé de grandir au fil des années pour imposer le programme comme l'une des séries préférées des téléspectateurs américains. Grâce à son ton léger et son ambiance presque familiale, NCIS talonne bientôt les Experts pour finir par leur voler la vedette. Rien de très étonnant, donc, à ce que le programme bénéficie à son tour d'une série soeur.

Sous le soleil
Par l'intermédiaire d'un double épisode de NCIS : enquêtes spéciales intitulé Legend, le scénariste Shane Brennan (Les Experts : Miami) introduit ce nouvel univers : afin d'élucider le meurtre d'un marine débarquant à Washington en provenance de L.A., Jethro Gibbs (Mark Harmon) et McGee (Sea Murray) font le voyage au pays des oranges et des stars de cinéma. La technique, déjà utilisée pour mettre NCIS sur les rails au sein de JAG, permet au spectateur de découvrir cette nouvelle branche ensoleillée de la police navale. Connu pour sa capacité légendaire à infiltrer les groupes les plus dangereux, G. Callen (Chris O'Donnell, Batman & Robin, Grey's anatomy) est une ancienne connaissance de Gibbs et mène une petite équipe de terrain spécialisée dans l'espionnage. Il est secondé par l'ancien navy seal Sam Hanna (le musicien LL Cool J, Rollerball, S.W.A.T.) et par une équipe de spécialistes sympathiques et efficaces, opérant au sein d'un environnement bien plus high tech que celui de la base de Washington. Ici, tout se fait par écran tactile, repérage satellite et oreillettes. De quoi rendre McGee et son écran cathodique 17 pouces diablement jaloux.

 

NCIS Los Angeles


Les deux épisodes gardent le ton si particulier de la série, entre clins d'œil complices et familiarité agréable, et l'opération est un succès : plus de 16 millions de téléspectateurs sont rivés à l'écran et la nouvelle série est promise à un bel avenir. Ainsi, si NCIS : enquêtes spéciales devient à l'automne 2009 la série la plus suivie par le public américain, elle embarque cette petite dernière dans son sillage, NCIS : Los Angeles faisant rapidement sa place dans le top 5 des plus gros hits de la rentrée. Cependant, cela n'empêche pas Shane Brennan, en qualité de créateur de ce spin-off, d'opérer de nombreux changements à l'univers californien fraîchement introduit. Tout d'abord, les locaux exigus du double épisode sont, dans la série régulière, remplacés par un ancien bâtiment administratif désaffecté. Fini les murs blancs moroses et le préfabriqué, bonjour l'open space, décoré comme une villa mexicaine avec ses couleurs chaleureuses, ses rambardes aérées et son lierre omniprésent.


"NCIS : Los Angeles bénéficie d'une belle énergie qui, couplée aux évolutions hi-tech, au soleil de Californie et à la distance prise avec la mode médicolégale, aide à donner un sacré coup de jeune à la licence."


Second changement d'importance, c'est cette fois l'amusante, perspicace et maternelle Linda Hunt (L'année de tous les dangers, Dune, The Practice) qui dirige l'équipe de Callen en lieu et place de l'agent spécial Lara Macy (Louise Lombard). Loin du sérieux de cette dernière, Hunt incarne une patronne au courroux craint de tous, mais détend toujours l'atmosphère de ses humeurs gentiment ronchonnes, d'anecdotes croustillantes et d'un désespoir nourri par le fossé abyssal existant entre sa culture et celle de ses jeunes agents. Enfin, NCIS : Los Angeles n'est pas du tout portée sur le côté médecine médicolégale qu'ont cultivé tant son aîné que Les Experts et autres Bones. Le docteur Mallard (David McCallum) de l'original laisse ici la place à un fin psychologue (Peter Cambor), jaugeant de la sincérité des suspects de part l'étude de leur langage corporel. Un petit plus qui permet à la licence NCIS de jouer la carte de la variété et de cultiver cette fois une légère filiation avec des séries telles que Mentalist ou Lie to me.

 

 NCIS Los Angeles

 

Sympathique mais peu originale
Seul gros hic, les intrigues de NCIS : Los Angeles font dans le classique. Comme le stipule le postulat de départ de la série, chaque meurtre poussant l'équipe à l'action concerne bien évidemment un marine ayant appartenu à un commando spécialisé, ou un équipement militaire détourné à des fins malicieuses. On passe d'un soldat pris au piège d'un odieux chantage au vol et au trafic de missiles, sans oublier les frustrés de la guerre en Irak et les commandos opérant en zone urbaine. Se regardant d'un œil, ces intrigues sont souvent sans surprises et peinent à passionner, non seulement par leur déroulement prévisible et balisé mais également en raison d'une structure bien trop évidente. Se rajoutent à cela les interprétations peu inspirées de seconds rôles éphémères et l'on se retrouve avec des épisodes génériques, tout juste efficaces pour qui n'a jamais jeté un œil sur le genre.

Heureusement, l'ensemble est grandement rehaussé par la dynamique rafraichissante qui lie les personnages. Malgré les poursuites et les scènes d'action, on s'amuse en effet bien plus à suivre les quelques pastilles que les scénaristes nous livrent en début et en fin d'épisode. Tout comme dans NCIS : enquêtes spéciales, c'est bien dans cette ambiance de discussion autour de la machine à café, entre digressions sorties de nulle part et vannes sur le quotidien déplacé des agents que se situe tout l'intérêt du programme. Hanna vante par exemple les mérites de la camaraderie et de l'honneur des navy seal (et se vexe quand Callen s'en amuse) et le technicien fête avec allégresse son millième ami sur facebook. L'agent de terrain Kensi Blye (la belle et musclée Daniela Ruah) explique au nouvel arrivant Dominic (Adam Jamal Craig) qu'il est nécessaire de faire ses besoins dans la voiture sous peine de rater une surveillance, tandis que le psychologue vante les mérites des comic books à sa patronne incrédule. Une belle énergie qui, couplée aux évolutions hi-tech, au soleil de Californie et à la distance prise avec la mode médicolégale, aide à donner un sacré coup de jeune à la licence.

 

 

NCIS Los Angeles

Fait qui ne gâche rien, quelques guests de la série mère nous font ici et là l'honneur de leur présence. Le directeur Vance (Rocky Carroll) multiplie les apparitions, abreuve le public de répliques cinglantes et ne rechigne pas à prendre part à l'action. De son côté, la goth Abby Sciuto (Pauley Perrette) apparaît également de temps à autre pour donner son avis éclairé avant de débarquer histoire de coincer un serial killer dont elle est la seule à soupçonner l'existence, ce sous l'œil séduit du geek de la bande. Pas de doute, NCIS : Los Angeles travaille à fond la carte du fan-service. Le show reprend au passage les flashs noir et blanc encadrant les séquences, et a rapidement mis dans sa poche les habitués de la licence. Dommage pour les autres, cette volonté d'insérer le programme dans la lignée de son modèle place inévitablement le show comme un sous-NCIS, auquel il manque encore un peu de substance et surtout d'originalité pour réellement se démarquer. Espérons que le temps se charge de régler le problème, même si NCIS : Los Angeles est de toutes façons promise à un bel avenir.

 


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