Luc Besson peut être content : son influence continue de déteindre sur le cinéma américain qu'il aime tant. Son héroïne Nikita a connu les joies d'un remake avec Bridget Fonda (Nom de code : Nina), avant d'être adaptée dans une première série canadienne (La femme Nikita) qui aura duré au moins cinq saisons, avant d'être recueillie cette année par la CW. Mais que reste t-il de cette femme sauvage et nature sur la chaîne des Frères Scott, Gossip Girl, Beverly hills, nouvelle génération et autres Smallville ? Fort heureusement, la CW en a profité pour mettre les petits plats dans les grands et s'est octroyée un budget plus conséquent pour tourner un pilote digne des lancements de séries de NBC. Flashbacks, fusillades, décors épurés et explosions : cela faisait longtemps qu'on avait pas vu une série aussi « virile » (n'ayons pas peur des mots) sur la chaîne. Enfin toutes proportions gardées, puisqu'on reste tout de même sur une chaine qui vise principalement les ados et que toutes les décapitations ou blessures par balles restent hors champs. Mais les scènes d'actions courtes et efficaces sont moins brouillonnes que le laissaient craindre les bandes annonces. Le succès de Vampire diaries l'an passé aura montré à la chaîne qu'on peut traiter un genre avec sérieux.
Retour à la Division
La série s'inscrit directement dans la suite du film original. Après avoir échappée à son organisation, Nikita ne désire maintenant qu'une chose : renverser la Division qui a ruiné sa vie. Côté casting, on retrouve tous les personnages connus jusqu'ici, savant mélange des personnages du film original et de la série de 97, en un peu plus jeunes. D'abord Nikita, qui change de nationalité. Après l'écorchée vive Anne Parillaud, c'est Maggie Q qui prête sa taille mannequin à ce personnage dur et sexy. Elle avait déjà eu l'occasion de jouer les femmes musclées aux côtés de Tom Cruise dans Mission : impossible 3 ou en terroriste de choc dans le dernier Die hard. A ses côtés, on retrouve son mentor, joué par Tchéky Karyo chez Luc Besson et ici interprété par Shane West, star des ados dans Le temps d'un automne et le Dr Barnett à partir de la saison 11 d'Urgences. Le personnage de Michael (nom emprunté à l'ancienne série) y perd en charisme ce qu'il garde en voix : le timbre caverneux de l'acteur convient parfaitement à cet homme déterminé que rien n'arrête. Son physique à la Sam Witwer, grand méchant regretté de la saison 8 de Smallville, lui permettra assurément de s'imposer auprès du public de la chaîne. Amanda, figure matriarcale de l'organisation, jouée avant par notre Jeanne Moreau nationale, est ici remplacée par Melinda Clarke, peut être la star qui se recycle le plus à la CW. D'abord femme cougar dans Newport beach, on l'a retrouvé l'année dernière en mère dévergondée de Matt dans Vampire diaries. Son personnage de femme froide et manipulatrice devrait lui permettre d'être plus régulière dans cette série.
On retrouve même le nerd Birkoff de la première série, joué ici par Aaron Stanford, le Pyro de la trilogie X-Men et survivant du remake intense et nerveux de La colline a des yeux. Le tueur froid de la Division, en charge du sale boulot, évoque même le personnage de Victor, le nettoyeur, prémices du Léon de Besson, joué justement par Jean Reno.
La grande nouveauté se situe alors dans le personnage d'Alex, jeune fille paumée enlevée par la Division pour en faire une machine à tuer. Elle sert surtout de prétexte aux téléspectateurs pour (re)découvrir tout ce qu'a pu subir Nikita par le passé à l'intérieur du Centre. Mais son histoire et celle de Nikita se rejoindront de façon assez surprenante, donnant lieu à un cliffangher inattendu, ce qui reste toujours une agréable surprise de la part de la CW.
Toute la première partie de l'épisode est d'ailleurs surtout centrée sur elle, le personnage de Nikita étant résumée en deux, trois phrases en voix off.
The bitch is back !
Maggie Q aura ensuite largement le temps de se mettre en avant lors d'une deuxième partie plus musclée. L'occasion de voir que Nikita n'a rien perdu de son audace, même sur la CW, puisqu'elle vient directement voir les deux hommes qu'elle tente de renverser dans un lieu public. Une scène qui permet d'avoir quelques face à face intéressants, tout en ambigüités, qui montrent que les affrontements seront moins manichéens qu'on pouvait le penser.
"La CW a mis les petits plats dans les grands et s'est octroyée un budget plus conséquent pour tourner un pilote digne des lancements de séries de NBC. Flashbacks, fusillades, décors épurés et explosions : cela faisait longtemps qu'on avait pas vu une série aussi « virile » (n'ayons pas peur des mots) sur la chaîne. (...) Les scènes d'actions, courtes et efficaces, sont moins brouillonnes que le laissaient craindre les bandes annonces."
Here we go !
Si le pilote multiplie les scènes d'action, que ce soit dans un cimetière ou dans une villa au bord de la piscine, l'histoire n'avance pas encore à grandes enjambées. Comme tout series premier, cet épisode sert surtout à poser les bases et les personnages de la série.
Son fil directeur (la vengeance de Nikita) manque encore de bases solides pour tenir sur la longueur, et les scénaristes devront faire preuve d'imagination et d'inventivité pour proposer des rebondissements intéressants, comme dans les premières saisons d'Alias où Sydney devait détruire la cellule du SD6, avant que la série se tourne vers des storylines plus centrées sur son personnage.
L'idée intéressante que Nikita n'agit plus toute seule devrait leur permettre d'avancer de nouveaux personnages pour dynamiser l'ensemble. Un ou deux personnages au sein même de la Division semblent déjà prêts à retourner leurs vestes, ce qui devrait donner lieu à un jeu de faux semblants bien mené si les scénaristes savent en profiter.
Mission accomplie donc pour ce pilote sans réelle fausse notes et qui ne fait pas encore preuve de trop de mauvais goût. Parce qu'un pilote qui se finit sur du bon rock anglais avec une tête de cochon ne peut pas être une si mauvaise chose !

L'histoire : Une nouvelle Nikita est formée afin d'éliminer l'ancienne, un ex-criminelle devenue agent secret qui s'est rebellée et a quitté l'organisation.
