À chaque rentrée, c'est à une même compétition que se livrent les grandes chaînes américaines : trouver des sitcoms innovantes et potentiellement populaires, et espérer découvrir le nouveau Friends ou The Office, souvent en vain.
Cette année, outre une profusion de sitcoms « de couple », NBC s'est tournée vers un long-métrage de 2006, Outsourced. Comédie romantique de John Jeffcoat racontant les mésaventures de Todd (délocalisé en Inde en même temps que son centre d'appels), et la romance de l'américain avec Asha, l'une de ses employées, ce film indépendant s'est vu multiprimé dans les festivals, et choisi pour être adapté en série (mais sans son créateur) à l'automne 2010. D'où le pilote, diffusé ce 23 Septembre dernier.
The (Indian) Office ?
Stratégiquement placé à la suite du trio Community/30 Rock/The Office sur la grille des programmes de NBC, la série partage en effet avec cette dernière bien des points communs. Outre le type d'humour (dit « workplace comedy », la comédie de bureau), le caractère du héros - Tedd est une sorte de Michael Scott (Steve Carell) dans le corps d'un Jim Halpert (John Krasinski) - et l'évidente comparaison entre la relation Tedd/Asha, et son homologue de The Office, Jim/Pam, on retrouve, au poste de showrunner, un certain Ken Kwapis, déjà réalisateur/producteur de nombreux épisodes de The Office, Parks & Recreation, et Malcolm (entre autres). Avec lui, à l'écriture, Robert Borden, spécialiste de l'humour de talk-show, et, devant la caméra, des visages globalement inconnus du petit écran américain, et forcément à prédominance indienne.
La bande-annonce de Outsourced laissait cependant une impression étrange : si le recentrage de la comédie romantique vers la comédie de bureau paraissait naturel et évident, la série semblait privilégier l'humour racial, et les stéréotypes éculés. Un choix simpliste et qui n'augurait rien de bon pour le show. Mais maintenant que le pilote a été diffusé, qu'en est-il vraiment ?
"Prenez tous les clichés imaginables que l'Occident peut avoir sur l'Inde, mélangez mollement à de l'humour de bureau, puis saupoudrez le tout des prémices d'un triangle amoureux, et vous obtiendrez Outsourced. Attention cependant à l'indigestion."
L'humour facile que l'on pouvait redouter est donc bien présent, voire même omniprésent. Langue et noms bizarres, accent comique, coutumes étranges et un peu arriérées, vêtements insolites, musique bigarrée, nourriture rebutante, fascination pour la vie et les habitudes américaines (systématiquement interprêtées de travers)... Outsourced a recours à tous les clichés les plus grossiers et convenus sur l'Inde. Alors, oui, la production tente d'équilibrer, en chargeant un peu le redneck américain de base, qui achète tout et n'importe quoi par VPC... mais c'est pour faire dire aussitôt à Todd que ces objets ont beau être inutiles, ils représentent néanmoins la grandeur de l'Amérique : on y est libre de faire ce que l'on veut, de devenir ce que l'on veut, et d'acheter ce que l'on désire (y compris du vomi en plastique...). Ou comment justifier le consumérisme américain en faisant appel à l'American Way of Life...(!)
Problème de cible
Et c'est là que se pose une question essentielle, que bon nombre de critiques américains n'ont pas manqué de soulever : quel public pour cette sitcom ? Avant même sa diffusion, la série faisait grincer des dents. Dans une économie difficile, le sujet même de la délocalisation est en effet déjà polarisant. Et quand en plus l'essentiel de la série tourne autour d'un humour racial périmé à base de vaches, d'accent et de curry, il y a de quoi se montrer sceptique sur la viabilité du projet, et sur ses intentions de départ.
Pas vraiment la solution idéale pour lancer une nouvelle série à succès, qui, de plus, est diffusée après des shows bien supérieurs. Alors Outsourced, série volontairement moqueuse et insultante ? Non seulement il est encore trop tôt pour le dire (ce n'est qu'un pilote, après tout), mais il est peu probable qu'il faille aller chercher aussi loin pour expliquer ce show : c'est juste une sitcom parmi tant d'autres, pas très fine ou inspirée, mais dont les acteurs font de leur mieux pour donner vie à leurs personnages. En l'état, c'est regardable, à défaut d'être drôle ou de voler très haut, et les chiffres d'audience des premiers épisodes de la série décideront à très court terme de sa survie ou non. Wait & See...

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