Compagnie aérienne iconique, de New York à San Francisco, en passant par Londres et Rome, la Pan Am représente une tranche d'Amérique, vendeuse de rêve en cette période charnière. Le soleil se lève sur l'aéroport JFK de New York et Frank Sinatra entonne "Around The World", hymne à la conquête des cieux. Le globe bleu, symbole saillant de la compagnie, s'offre alors à nous, synonyme d'infini et de paix. A l'aube d'un jour nouveau, l'ouverture des frontières dans les airs participe au vent de changement qui s'apprête à souffler sur le pays. Et justement, au centre de cette fresque historique que l'on ne pourra bien malgré nous s'empêcher de comparer à Mad Men de Matthew Weiner, la femme.
Comme lors de ses nombreuses collaborations avec Aaron Sorkin (Sports Night, Studio 60 on The Sunset Strip), Schlamme se voit confier la direction de cet épisode pilote, démontrant une fois de plus son penchant pour les grandes distributions d'ensemble et les séries baignées de politique (A La Maison Blanche). Petit saut dans le passé et cap sur 1963, le décor est planté: guerre froide, règne de Kennedy mais aussi sortie de La Femme Mystifiée de Betty Friedan, essai féministe qui ne manqua pas de faire scandale.
Car la Pan Am, tout comme la série qui porte désormais son nom, n'est en fait qu'un prétexte à l'exploration d'horizons nouveaux: réévaluation des rôles hommes-femmes, émancipation féminine et même sombre histoire d'espionnage au coeur de laquelle nous retrouvons quelques unes de nos hôtesses, agents secrets en herbe. Jack Orman (Urgences), le créateur, s'est sans doute accordé quelques libertés en choisissant de prendre cette direction, mais une écriture et un jeu d'acteurs solides suffisent pour l'instant à ce que nous acceptions de le suivre dans cette aventure.
Très tôt baptisée "série avec" Christina Ricci, Pan Am promet pourtant de laisser aux co-stars de l'actrice, loin de monopoliser la caméra, tout le loisir de s'épanouir et d'évoluer aux côtés de leurs personnages.
Ricci y incarne ici Maggie, la rebelle de l'East Village, repère d'artistes et autres hippies, mise à pied par la companie pour n'avoir pas porté sa gaine, de rigueur. Colette Valois, d'origine française, multiplie pour sa part les conquêtes aux quatre coins du monde (notre réputation nous précède): à chaque vol un nouveau départ vers l'inconnu, l'occasion d'une découverte de l'ailleurs et de soi. Quant à Laura, la jeune recrue, elle aura préféré explorer le monde aux côtés de sa soeur, elle aussi hôtesse, plutôt que de s'enfermer dans un mariage "parfait".
Loin des "sad women" de Mad Men, nos hôtesses de la Pan Am, libres, rebelles et indépendantes, représentent chacune à leur façon une des multiples facettes de cette nouvelle femme ("a new breed of women"), que nous avons hâte de découvrir au fil des épisodes.
Préparez-vous donc un martini on the rocks, et laissez vous transporter dans cette aventure pleine de suspense et de glam', sans conteste l'autre valeur sûre de la saison 2011/2012 aux côtés de Prime Suspect.

