Il est de ces séries qui s'attendent avec une certaine appréhension, une curiosité malsaine. Fraîchement débarquée sur la Fox la semaine dernière, Past Life est de celles-ci. Non pas que l'on ait quelque chose à reprocher aux partis en présence. La série est l'œuvre de David Hudgins, scénariste ayant déjà fait ses preuves sur Everwood et Friday Night Lights. Côté production, on retrouve Scott Swanson, scénariste sur Everwood et l'amusante comédie Privileged, Dean White (The Shield) et Tom Luse, producteur sur les deux Jeepers Creepers. Une équipe dont nous pourrions a priori tout attendre, sauf le pire. Et pourtant, depuis l'annonce de sa mise en chantier, Past Life sent le nanar à plein nez. Passe encore que cette nouvelle production de la Fox louche gentiment vers le fantastique (le genre et la chaîne au renard n'ont pas la réputation de faire bon ménage, demandez à Joss Whedon et à Sarah Connor). Mais comment imaginer qu'un programme de grand network puisse traiter de façon convaincante un sujet aussi controversé que la réincarnation ? C'est simple, on ne peut pas. Et on a raison.
Dis moi ce que tu vois, je te dirai qui tu étais
Psychologue érudite, le docteur Kate McGinn (Kelli Giddish, La Force du destin) travaille au Talmadge Center, un institut New-yorkais à la renommée mondiale spécialisé dans l'étude de l'âme humaine. Assaillie par les souvenirs d'une précédente incarnation à ses vingt ans, Kate s'est depuis spécialisée dans l'étude des vies antérieures et tente d'aider des patients hantés par le souvenir d'une mort traumatisante. Dans ce but, elle fait désormais équipe avec Price Whatley (Nicholas Bishop, Summer bay), un ancien policier sceptique et bourru qui réalise bien vite que la réincarnation est bien plus qu'une simple théorie.
Loin de laisser planer le doute sur son sujet ou d'étudier la plongée de l'ex-inspecteur de police dans un monde aux frontières floutées, Past Life impose d'emblée son postulat au téléspectateur. Chaque épisode s'ouvre sur une personne accablée de souvenirs liés à un décès violent. Un décès qu'il faudra fouiller, analyser, triturer et enfin confronter pour que ce "client" retrouve une vie normale. Zappant totalement le potentiel vertigineux de son pitch, la série se pose comme un croisement entre Cold Case (pour l'enquête tournée vers le passé) et Medium (pour les visions cryptiques). Ainsi, l'astuce est simplement utilisée afin de donner le point de départ à une enquête qui verra la résolution d'un meurtre datant de plusieurs années. Seule grosse différence avec les exemples suscités, la présence de la victime aux côtés des enquêteurs se charge de faire avancer l'enquête avec moult sentiments larmoyants.
"Sans jamais aborder les aspects mystiques, ésotériques ou religieux de leur sujet, niant par la même au programme toute dimension réflexive, les scénaristes prennent un malin plaisir à prôner en permanence une ouverture d'esprit baba cool"
Et de sentiments, Past Life n'en manque pas. Sans jamais aborder les aspects mystiques, ésotériques ou religieux de leur sujet, niant par la même au programme toute dimension réflexive, les scénaristes prennent un malin plaisir à prôner en permanence une ouverture d'esprit baba cool dont Kate est la première ambassadrice. Élevée par une mère qui tient plus que tout à son indépendance (la soixantaine passée, elle quitte son petit ami car celui-ci l'a demandée en mariage), Kate vit seule avec son chien et passe son temps à prêcher la bonne parole telle une sympathique illuminée. Pourtant bardée de diplômes et bien dans sa tête, elle voit dans le moindre évènement un signe de l'au-delà destiné à nous guider vers une vie meilleure. Étrange de la part de quelqu'un défend la "science" de la réincarnation à grands coups d'analyses de l'inconscient.
Une série désincarnée
Mais Kate aurait très bien pu être un personnage crédible si la série savait poser de bonnes questions et jouer le contraste. Dans Medium par exemple, Allison Dubois (Patricia Arquette) ne sait jamais ce que cachent ses propres visions, tandis que son mari modèle et aimant ne cesse de la remettre en question. Malheureusement, rien de tout cela dans Past Life. La nouvelle série suit une direction unique et formatée, dont chaque élément ou ligne de dialogue semblent dédiés à faire s'évanouir l'incrédulité des protagonistes, tout en visant à provoquer l'indulgence du public. Décrit comme un Alpha male de premier ordre, Price possède ses petites superstitions et a perdu son poste d'inspecteur en plongeant dans l'alcool suite à la mort de sa femme. Il ne faudra pas trois minutes à Kate pour l'embobiner avec ses théories et analyser les raisons qui l'ont poussé à accepter le poste.
Les intrigues qui donnent corps aux épisodes n'échappent pas à la règle. Entre un jeune garçon se souvenant d'être une petite fille kidnappée et noyée, une orpheline en charge de sa plus jeune sœur convoitée par les services sociaux ou un couple de tourtereaux, anciens amants voués à l'autodestruction, tout le monde passe son temps à fondre en larmes, à crier et se débattre. Le tout avant d'affronter courageusement sa destinée à quelques minutes de la fin d'épisode (accolades chaleureuses à la clé) pendant que d'éventuelles victimes encore en danger sont sauvées in extremis et que les méchants coupables vont en prison.
On ne s'étonnera pas au final de voir que même la chaîne ne croit pas en l'entreprise, programmant le show entre deux rafales d'épisodes de Fringe sans en diffuser l'intégralité de ses 9 épisodes (après un retour début janvier, la série de JJ Abrams laisse 6 semaines la place à Past Life avant de revenir début avril).
Inspirée d'un best seller à succès dont elle reprend le principe sans en garder l'intérêt (The Reincarnationist de M.J. Rose nous plonge parallèlement au cœur de New York et de la Rome antique), Past Life se noie dans la masse des formula shows policiers et rate dans les grandes largeurs l'occasion de devenir une série polémique, de celles qui ont fait le succès de la Fox depuis ses débuts (Mariés deux enfants, Les Simpson, Dr House...). En lieu et place, elle ne réussit pour le moment qu'à obtenir la pire qualité que l'on puisse souhaiter à une œuvre de fiction - être totalement inoffensive -, et l'on a du mal à imaginer que les futurs épisodes, dont un voyant une petite fille modèle être la réincarnation d'un tueur en série, arrivent à inverser la tendance. On ne peut s'empêcher de se demander ce qu'une chaîne câblée comme AMC aurait fait d'un tel sujet.

