Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu Christina Applegate à la télévision. Pour tout dire, Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu Christina Applegate tout court. Après avoir joué les délicieuses idiotes dans le rôle de Kelly Bundy sur la sitcom
Mariés, 2 Enfants et être devenue la petite fille/sœur/copine frivole de l’Amérique entière à grands coups de vannes débiles et de tenues trop courtes, l’actrice avait participé à quelques films mémorables. Du
Nowhere de Gregg Araki au mineur
Mafia de Jim Abrahams en passant par le remarqué
Big Hit de Kirk Wong, Christina offrait toujours des prestations bienvenues tandis que l’apprentissage à la dure de
Mariés, 2 Enfants allait en 2000 lui permettre d’avoir sa propre série.
Jesse (Applegate), une mère célibataire, tentait ainsi d’élever son gamin en vivant une romance compliquée avec le charmant Diego, alors que sa famille et son ex d’il y a 7 ans gravitaient autour d’elle. Sympathique mais pas inoubliable, la série valait encore une fois surtout pour la prestation de Christina, adorable et mise en valeur par des scripts lui permettant d’user d’une gamme de jeu bien plus large que celle de la belle ahurie.
Malheureusement, l’aventure se termina au bout de deux ans, et il fallut ensuite vraiment suivre l’actualité au jour le jour pour ne pas perdre la miss de vue, car mise à part une participation à la série Friends, l’actrice n’est apparue pendant cette période que dans quelques longs métrages : Allumeuses avec Cameron Diaz et Selma Blair,
Hôtesse à tout prix avec Gwyneth Paltrow,
Wonderland avec Val Kilmer ou Anchorman avec Will Ferrell et Steve Carell, débarqué chez nous sous le titre
Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy. Un palmarès fun mais bien maigre pour une si longue période. C’est donc avec une joie non dissimulée que ses aficionados accueillirent l’annonce d’une nouvelle série la mettant en scène. Et c’est ainsi que débarqua cette année sur la chaîne ABC
Samantha Who ? issue de l’esprit du producteur Don Todd et de la scénariste et écrivain Cecelia Ahern (
P.S. I Love You).

Entourée de parents en crise faisant les cent pas dans sa chambre d’hôpital, Samantha Newly se réveille après un coma de huit jours, handicapée par une amnésie rétrograde qui fait qu’elle ne se rappelle absolument de rien. Ni de ses parents (alors que sa mère s’apprête à l’embrasser, « qui êtes vous ? » sont les premiers mots qui sortent de sa bouche), ni de sa supposée meilleure amie Dena qui l’a veillée jour et nuit, ni même de son petit ami Todd avec qui elle partageait un appartement. Mais alors que Sam va tenter de reprendre ses repères et que va débarquer sa vraie meilleure amie, une avocate friquée et désinvolte du nom d’Andrea, Sam va réaliser que sa vie ne correspond pas trop à l’idée qu’elle s’en faisait depuis son accident. L’amie qui la veillait n’avait ainsi plus de contact avec elle depuis la 5ème, mais continuait bizarrement à la suivre en espérant renouer avec elle, tandis que Sam s’était également fâchée avec ses parents et ne leur avait pas adressé la parole depuis deux ans, Todd étant quant à lui sur le point de rompre avec elle, suspectant que celle-ci le trompait (et il avait raison, comme l’apprendra une Sam horrifiée).

Finalement tout commence à sentir mauvais alors qu’habitée par la meilleure volonté du monde, Sam va découvrir qu’elle était une businesswoman odieuse et narcissiste, vautrée dans l’alcool, le sexe et les dettes (30 000$ de chaussures et de sacs assortis). Un passé qui va rendre sa future vie bien compliquée alors que toutes ses anciennes connaissances (une secrétaire terrorisée, une ancienne amie outrée mais qui ne vaut pas mieux, un pauvre citadin qui a porté plainte contre elle après le kidnapping de son chien…) la considèreront au mieux comme une personne à éviter, au pire comme une véritable pétasse. Il lui suffira d’ailleurs d’écouter son répondeur empli à craquer de requêtes et autres messages d’insultes en tous genres pour que la miss remplace le message de celui-ci par un énorme « Je suis désoléééééééee !!! ». Perdue et déboussolée, Sam ne trouvera ainsi une oreille disponible qu’en son portier, l’aimable et posé Frank qui la conseillera parfois et sera le témoin de ses débordements. Partant de ce constat et profitant de cette nouvelle chance, Sam fera alors tout pour devenir une bonne personne et un meilleur être humain.
Vous l’aurez compris,
Samantha Who ? n’est absolument pas la version américaine de notre
Samantha Oups ! mais se pose plutôt comme un improbable mix entre
A propos d’Henry (pour le côté « je découvre que j’étais un(e) salop(e) ») et
My Name is Earl (pour le côté karma is a bitch, mais peut mieux faire). Servie par un rythme frénétique qui enchaîne blagues, révélations disgracieuses et flashbacks bien sentis souvent hilarants, la série va ainsi mettre notre héroïne face à des situations aussi drôles qu’embrassantes. Sam se verra ainsi invitée à un mariage tout en réalisant sur place qu’elle n’est pas la bienvenue (elle a autrefois lancé, à juste titre, soit dit en passant, un pari sur la durée dudit mariage, et s’est vue pour le coup maudite par une future mariée dont elle va alors tenter de retrouver les bonnes grâces), chialera sans raison dès la diffusion d’une certaine chanson (cute trauma inside), découvrira par la force qu’elle s’est auparavant faite bannir du stade local (après s’être faite passer pour handicapée et monopolisant les places leur étant réservées) ou réalisera qu’elle ne se rappelle plus ce que cela fait que de participer à l’acte sexuel (vierge à nouveau ?). Et bien entendu, n’oublions pas les réflexes et autres impulsions qui feront ressortir l’ancienne Sam au quart de tour, avant que la nouvelle ne reprenne ses esprits et ne se confonde en excuses.

Bien entendu, la série, même si elle met principalement en scène une Christiana Applegate qui est de toutes les scènes et narre via voix off ses ressentis et les petites morales qui lui passent par la tête, fait également intervenir des personnages cocasses parfaitement interprétés. On retrouve ainsi Jennifer Esposito (
Crash, Summer of Sam) dans le rôle d’Andrea, meilleure amie et collègue de Sam imbue d’elle-même, fêtarde, opportuniste et narcissiste, qui refusera même d’héberger cette dernière afin de ne pas changer la donne d’une amitié aussi forte que superficielle. Gene Smart (Martha Logan dans
24 Heures Chrono, Garden State) incarnera quant à elle Regina la mère de Sam. Une mère qui poussera sa fille à devenir celle qu’elle était avant son coma (un fait qui la désespère d’ailleurs même si elle l’assume finalement), mais qui sera ravie de la voir prendre un nouveau départ, d’autant que cela lui permet de renouer avec elle. Melissa McCarthy (
Gilmore Girls) endossera le rôle de Dena, ancienne meilleure amie de Sam (jusqu’à la 5ème, donc), du genre de celle qui a toujours bon fond mais qui porte sa naïveté à bout de bras et sa gentillesse à fleur de peau. Des qualités qui rappelleront sans cesse à Sam d’où elle vient et ce qu’elle veut éviter de redevenir. A ce titre, Dena sera un peu le petit ange qui murmurera la bonne morale tandis qu’Andrea la poussera à la tentation. Enfin, n’oublions pas Barry Watson (
7 à la maison) dans le rôle de Todd, l’ancien petit ami qui pourrait bien retomber amoureux, Kevin Dunn (
Transformers) dans celui du papa gâteau, Tim Russ (
Star Trek : Voyager) dans celui de Frank le portier de bon conseil, alors qu’on retrouvera également avec plaisir Rick Hoffman (
Jake in Progress, Hostel) dans le rôle du patron influençable de Sam et la toujours mignonne Joy Osmanski qui, à l’image de sa partition dans
The Loop sera à nouveau la secrétaire de l’héroïne, passant cette fois de l’aigreur au stress absolu.

Menée tambour battant, la série est une agréable bouffée d’air frais alors que les intrigues tordues et les personnages désenchantés pullulent de nos jours. Et même si la série traite parfois son sujet avec une naïveté qui en découragera certains, désormais habitués aux extrêmes télévisuels, on se plaît à suivre Sam tandis que tout le monde la connaît, sauf elle-même. 9 épisodes ont pour le moment étés diffusés aux Etats-Unis et ont déjà valu à la série de voir Christina nominée aux Golden Globes et aux Screen Actor’s Guild Awards, tandis que le show lui-même s’est vu décerner le titre de la nouvelle comédie la plus appréciée aux people Choice Awards en janvier dernier. Un retour en grandes pompes donc pour notre Christina chérie que l’on retrouvera donc dès le 4 Avril prochain avec de nouveaux épisodes. Sam alors sera obligée de réintégrer son ancien appartement en compagnie de Todd et de sa nouvelle petite amie, sous risque d’éviction. Pétage de cable ou future romance à l’horizon ? Au vu des intentions affichées de la série, cela ne peut de toutes façons que bien se finir.
David Brami