Apparue en ctobre 2008 sur Syfy (alors intitulée SciFi), la série Sanctuary pourrait facilement servir de programme étendard pour la chaîne câblée américaine du fantastique et de la science-fiction. C'est bien simple, si l'on excepte l'absence de vaisseaux spatiaux, cette série fourre-tout comprend tous les éléments qui caractérisent le genre : monstres, zombies, vampires, voyages dans le temps, mutations, armes hi-tech, personnages iconiques, monde désenchanté aux relents d'apocalypse et corporations maléfiques... la liste est longue. Se rajoute à cela la présence à la tête du show d'un trio de collaborateurs de longue date du network, l'actrice Amanda Tapping et les producteurs, scénaristes et réalisateurs Damian Kindler et Martin Wood étant d'incontournables vétérans de la licence Stargate. Revenue la rentrée dernière pour une seconde saison, la série continue de faire honneur à la chaîne via une galerie d'intrigues tellement variées qu'elles ne feraient pas tâche en étant tout simplement transposées ailleurs. Mais le show n'en a pas perdu sa personnalité pour autant.
Des racines et des ailes
Initiée en 2007 sous la forme d'une web-série avant d'atterrir sur Syfy, Sanctuary avait créé la surprise en s'imposant comme le premier projet de ce type à être non seulement tourné et diffusé sur le net en haute définition, mais à également reprendre la technique popularisée par le film de Zack Snyder 300, le show était intégralement tourné sur fond vert avant l'incrustation de décors 100% digitaux. L'astuce est toujours en grande partie utilisée dans le programme, et l'a doté d'une toile de fond unique à mi-chemin ente le contemporain désenchanté et le gothique crépusculaire. Un monde idéal pour faire évoluer l'immortelle Helen Magnus (Amanda Tapping), une scientifique née en pleine Angleterre victorienne et aujourd'hui en charge d'un sanctuaire pour toutes sortes d'anormaux. Qu'il s'agisse de yétis, de loup-garous ou de sirènes (pour ne citer que les races les plus connues), Magnus accueille toutes ces anomalies de la nature, instinctivement considérées comme dangereuses par l'inconscient collectif. Ayant besoin d'aide dans cette lourde tâche, Helen recrute le jeune Will Zimmerman (Robin Dunne, Dead like Me), un psychologue idéaliste que son poste au sein de la police n'a jamais contenté. Inutile de préciser qu'avec cet éventail de bestioles, auquel se rajoutent sorcières arthuriennes, peluches vivantes et tout un fatras de mythologies diverses (de Jack l'éventeur au cyberpunk en passant par Shelock Holmes), les possibilités d'évolution sont infinies.
Laissant le spectateur l'an dernier en délivrant un rituel cliffhanger, la première saison de Sanctuary s'était achevée sur la capture et la conversion par la tentaculaire et corporatiste cabale de la fille de Magnus. Transformée en monstre sanguinaire après un lavage de cerveau et la reconfiguration de son ADN grâce à du sang de vampire originel, Ashley (Emilie Ullerup, J-Pod) était devenue l'ennemi ultime du sanctuaire et de ses membres. Une situation bien évidemment reprise cette saison et conclue de façon déchirante, non pas dans un seul mais dans trois épisodes dantesques au climax déchirant et aux ramifications d'envergure. Mort fulgurante de protagonistes d'importance, moments de bravoure à la pelle, la série revient en force et prouve encore une fois que ses personnages restent bien au centre de toutes les préoccupations malgré sa toile de fond chargée. A ce titre, si le show est une nouvelle fois augmenté d'une belle ration d'épisodes à intrigue unique, ceux-ci fournissent souvent d'importantes précisions sur le passé ou l'évolution psychologique des héros en présence.
Sanctuary 2.0 ?
Loin d'être avare en nouveautés, la nouvelle saison de la série fait de plus entrer en scène un nouveau personnage dans le but de compléter une équipe diminuée. Introduite comme une mercenaire au service de la cabale, Kate Freelander (Agam Darshi, The L word, Stargate Atlantis) viendra rapidement intégrer l'équipe de Magnus quand son ancien employeur se retournera contre elle. Si sa peinture en fait un honorable personnage, on regrettera que les stéréotypes qui la guident, ainsi que son statut de nouvelle arrivante, ne lui permettent pas de partir en mission de façon autonome comme le faisait Ashley. A l'inverse, Will étant rôdé à l'exercice, c'est désormais Kate qui servira de point d'entrée au spectateur nocive. Heureusement, cela ne l'empêchera pas de bénéficier d'une personnalité forte et affirmée de bad girl comme on les aime, ainsi que d'un passif lui donnant ce qu'il faut de profondeur et d'humanité.
"Chacun a droit à son petit moment de gloire et la série continue de travailler une diversité de traitement et de sujets lui conférant ce magnifique aspect de melting-pot délirant dans lequel tout est possible."
Avec sa galerie de méchants, de monstres variés (belliqueux ou non) et un univers des plus vastes, Sanctuary avait ouvert la porte à un éventail d'intrigues virtuellement illimité. Un avantage que le show ne trahit pas cette saison encore puisque suite au triptyque d'ouverture, nous auront successivement droit à un super héros dont le costume est en fait un essaim d'insectes intelligents, à une vision d'anticipation désenchantée (un exercice déjà tenté cette année dans Supernatural et dérivé du monde futur de Scroodge) ou encore à une intrigue policière dans laquelle Magnus est accusée du meurtre d'un de ses proches. Tout cela sans oublier un nouveau huis clos aquatique en compagnie de Will n'étant pas sans rappeler l'épisode de sous-marin de la saison précédente, à cela près que nos héros sont cette fois bloqués dans le silo d'une plateforme pétrolière abandonnée face à un poulpe vampire et un scorpion géant.
Puis vint la lumière...
Viscéralement sombre l'an passé, Sanctuary garde cette propension aux ténèbres avec ses morts inattendues et ses situations de crise multiples, soulignées par quelques musiques electro du meilleur effet. Mais la série s'avère tout de même plus légère cette année. En effet, beaucoup de séquences se déroulent désormais en journée, et le penchant des scénaristes pour le bon mot est beaucoup plus visible, rendant chacun encore plus familier et plus proche du spectateur (deux membres de l'équipe sont parfois indisponibles car partis surfer ou assister au Comicon !). Pour compléter le tableau, les inévitables guest stars (Michael Shanks et Colin Cunningham de Stargate SG-1, Erica Cerra et Chris Gauthier de Eureka) et le retour de Jonathon Young dans la peau de l'inventeur et vampire Nikola Tesla achèvent de rendre ces nouvelles aventures hautement appréciables.
Si les épileptiques effets de montage à la 24 heures chrono ou Les Experts donnent parfois à la série un petit aspect brouillon, l'âme de Sanctuary demeure intacte. Chacun a droit à son petit moment de gloire et la série continue de travailler une diversité de traitement et de sujets lui conférant ce magnifique aspect de melting-pot délirant dans lequel tout est possible. Les séquences de jour apportent simplement plus de variété et terminent d'ouvrir au show un avenir riche et moins dépressif, signe d'une future longévité attendue. On s'en réjouit d'autant plus que Sanctuary vient d'être renouvelée pour une troisième saison de 20 épisodes (contre 13 pour les deux premières). Une bonne nouvelle qui permettra sans doute aux scénaristes de faire revenir quelques disparus de l'autre monde.
Notons que la série vient de lancer sa propre œuvre de charité, intitulée Sanctuary for kids (ou S4K), et dont le but est d'apporter asile aux enfants "exploités, dépossédés ou menacés, ayant besoin de protection ou étant en situation de crise". L'association a été fondée par l'actrice Amanda Tapping, le producteur, scénariste et créateur de la série Damian Kindler et l'assistante sociale et professeur des écoles Jill Bodie. Plus d'informations sur SanctuaryForKids.org

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