D'une façon générale, le public aime bien les formules toutes faites. Un évidence que les grandes chaînes américaines ont très vite compris : il suffit qu'une série fasse ses preuves pour qu'elle bénéficie rapidement d'un spin-off bien populaire. Ce fut le cas sur CBS avec Les Experts (deux déclinaisons), NCIS : enquêtes spéciales (une nouvelle série cette année) et ce sera en toute logique le cas d'Esprits criminels.
Sur ABC, on préfère la jouer subtil. Tout en reprenant les bases d'un même univers, les spin-offs développés pour la chaîne à l'alphabet développent souvent leur propre ton et des spécificités uniques plutôt que de se contenter de simples copier-coller. On pourra citer Boston Justice, sorte de suite légère et déjantée de The Practice, ou Private practice. Bien plus intime que sa grande sœur Grey's Anatomy, cette dernière en a tout de même gardé le même goût pour les imbroglios émotionnels à géométrie variable, assurant son succès en l'accompagnant de réguliers crossovers.
Le schéma est tellement efficace que ABC tente de le décliner à toutes les sauces. Cet été, la chaîne nous a offert l'inégale Defying Gravity, annoncée tel un Grey's Anatomy dans l'espace avant de partir vers d'autres horizons passionnants et paradoxalement une annulation regrettable. Aujourd'hui, c'est au tour de The Deep End de reprendre le flambeau en nous plongeant dans le monde des tribunaux.
La vérité n'est pas la même pour tous
Ce choix n'est pas innocent puisque la chaîne a placé le programme de mi-saison tout juste avant les nouveaux épisodes des séries médicales de Shonda Rhimes le mercredi soir dans l'espoir de se créer une évidente trilogie thématique. Confirmant ces spéculations, le premier épisode de The Deep End nous présente ses héros sur fond de musique pop tonitruante. Nous suivrons ici les aventures de quatre jeunes avocats diplômés avec les honneurs, tout droits sortis des plus grandes écoles juridiques. Sélectionnés au sein d'un panel de plus de mille candidats, ils seront les nouveaux associés d'une grande firme légale de Los Angeles au sein de laquelle ils devront faire leurs preuves.
Fatalement, l'entreprise est peuplée de carriéristes aux dents longues. A leur tête, un certain Cliff Huddle (Billy Zane, Le Fantôme du Bengale, Zoolander), chef de file impitoyable qui mène tout le monde à la baguette avec une logique de rentabilité économique implacable et déshumanisée. Mais les choses vont bientôt changer au sein de la Sterling, Huddle, Oppenheim, & Craft : de retour suite à une absence de trois ans qui l'a vu veiller sa femme malade, l'associé en chef Hart Sterling (Clancy Brown) compte bien rendre au cabinet ses lettres de noblesse. L'homme fait immédiatement campagne pour la reprise par les avocats d'affaires visant à apporter une simple caution morale, susceptible de servir l'image de l'entreprise auprès des masses bien-pensantes.
"Là où Boston justice s'imposait en rempart des libertés et livrait chaque semaine un plaidoyer vibrant poussant à la réflexion sans oublier de faire rire, The Deep End préfère s'étendre sur l'accumulation de conflits personnels et de relations intimes (souvent frivoles) qui relient les protagonistes."
Une guerre des clans annoncée dans laquelle vont donc débarquer nos quatre jeunes premiers aux caractères tous différents, de l'idéaliste trop gentille au professionnel acharné possédant tout de même une once de morale. De ce fait, on retrouve dans ce pilote tous les clichés du genre : surcharge de travail des petits nouveaux, explosion de la frontière entre l'implication professionnelle et personnelle dans les affaires à traiter... Et bien sûr l'éternelle et inévitable lutte du bien contre le mal, celle de la morale personnelle contre les désirs de pontes dont l'agenda est ancré dans les apparences et le profit.
Une approche décalée
Pourtant, et à l'inverse des autres séries d'un genre particulièrement prolifique (de Perry Mason à Damages en passant par The Jury, Raising the bar ou le récent The Good Wife), The Deep End ne prend malheureusement pas le temps de donner de l'importance à ses affaires. Avec l'attribution à chaque personnage de ses propres dossiers et un nombre grandissant de protagonistes (un cinquième larron s'ajoute déjà au quatuor, campé par l'acteur de Desperate Housewives et True Blood Mehcad Brooks), le pilote présente un rythme aussi épileptique que vide de tout rapport émotionnel avec le spectateur. Les cas juridiques louchent d'ailleurs du côté de la parodie outrancière et voient déjà un enfant être le fils de sa mère... et de sa grand-mère ! (On vous laissera la surprise du comment).
Mieux : là où Boston justice s'imposait en rempart des libertés et livrait chaque semaine un plaidoyer vibrant poussant à la réflexion sans oublier de faire rire, The Deep End préfère s'étendre sur l'accumulation de conflits personnels et de relations intimes (souvent frivoles) qui relient les protagonistes. Profitant aussi bien de la vie que des secrétaires du cabinet, le nouvel arrivant Liam Priory (Ben Lawson, le soap Les Voisins) ouvre le bal pantalon sur les chevilles, tandis que les relations se révèlent ou naissent en étant déjà ampoulées par des complications catastrophiques. Ainsi, inutile de chercher ici un drame humain dense et percutant : la priorité est donnée aux dialogues à double sens, aux maladresses et aux quiproquos générateurs de malaises, susceptibles d'alimenter les discussions des amateurs de soap près de la machine à café.
Rien de neuf sous le soleil donc, sinon le plaisir de retrouver l'excellent Clancy Brown, qui après Les Evadés et La Caravane de l'étrange tente de capitaliser sur son imposante présence à l'écran. A ce titre, on reste bluffé par la quantité d'interprètes de qualité croisés au sein du programme, entre l'ancienne geekette de Veronica Mars (également vue dans Big Love) et l'adonis d'ébène de True Blood. On notera également les apparitions, mêmes brèves, de Kate Burton (New York District et Grey's Anatomy), Richard Grant (General Hospital, Deadwood), Reggie Lee (Prison Break), Rachelle Lefevre (Swingtown et l'ancienne Victoria de Twilight) et Meredith Monroe (Esprits criminels) et Timothy Omundson (Enquêteur malgré lui).
Une débauche de talents qui n'aura pourtant pas permis aux débuts de cette série passablement quelconque de séduire un large public. Seulement 7,07 millions de téléspectateurs se sont penchés sur ce pilote, soit 5,5 millions de moins que ceux ayant suivi les amourettes de Meredith et du docteur Mamour une heure plus tard. Mais il est encore trop tôt pour que ABC panique, et le programme a encore bien le temps de grandir et de travailler sa différence et son éventuel charme, accolé à l'une des séries star de la chaîne. Le cas échéant, nul doute que l'on retrouvera tout ce petit monde dans quelque chose de plus convaincant.

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