Avec le personnage de l'infirmière Carol Hattaway, Julianna Margulies semblait avoir trouvé le rôle le plus fort et le plus iconique de sa carrière. Difficile en effet de retrouver une partition aussi marquante que celle offerte par la série Urgences, une partition si forte qu'elle revint l'incarner une ultime fois dans les derniers épisodes du drama médical. Depuis l'an 2000, l'actrice a tenté de percer dans divers seconds rôles tant sur le petit (The Lost Room, Scrubs) que sur le grand (Ghost Ship, Des serpents dans l'avion), malheureusement sans succès. Même la récente série Canteburry's Law, un drama légal prometteur, s'est vu annulée par la Fox au bout de six épisodes. Un acharnement qui paie heureusement aujourd'hui puisque la nouvelle série de CBS The Good Wife lui offre enfin un rôle à la mesure de son talent.
Retour aux sources
S'inspirant du scandale ayant poussé l'attorney général Eliot Spitzer à démissionner début 2008, le duo de scénaristes et producteurs formé par Michelle et Robert King (Dernier recours) prouve une nouvelle fois qu'une histoire n'a pas besoin d'être complexe pour se révéler passionnante. Ancienne avocate ayant quitté le barreau pour s'occuper de sa famille, Alicia Florrick (Julianna Marguiles) est à nouveau sous les projecteurs. Son mari, un avocat général réputé (Chris Noth, New York District, Sex & the city), est accusé de corruption suite à un scandale sexuel ayant choqué la nation. L'honneur bafouée et avec un époux sous les verrous, Alicia est obligée de reprendre le chemin des tribunaux pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux enfants.
"Là où d'autres séries se seraient contentées d'utiliser la situation et la vie privée d'Alicia en toile de fond, elles se retrouvent ici au cœur de chaque épisode."
Avec l'aide de Will Gardner, un ancien collègue devenu cador du barreau puis co-responsable d'un grand cabinet (Josh Charles, En analyse, Six degrees), Alicia va replonger dans le monde des lois et des condamnations, mais le fera au plus bas de l'échelle. A ce titre, elle sera opposée au fraîchement diplômé Cary Agos (Matt Czuchry, Gilmore girls), la firme ne pouvant en ces temps de récession n'accorder qu'une seule promotion à un rang plus élevé. Assistée de l'enquêteuse maison avec qui elle s'accorde immédiatement (Archie Panjabi, Espions), Alicia retourne donc sur le terrain pour défendre ceux qui ont besoin de l'être, qu'il s'agisse d'une prostituée violée, d'un père de famille condamné à tort à la chaise électrique ou d'un couple de religieux sans le sou.
Si Alicia a déjà de l'expérience dans le monde des tribunaux, le fait qu'elle reparte de zéro de nombreuses années plus tard permet au spectateur de plonger avec elle dans un univers qu'elle redécouvre de jour en jour. Ainsi, et à l'inverse de nombreuses séries dans lesquelles les situations sont souvent établies et rigides, il n'est pas nécessaire d'avoir le moindre rudiment en droit pour apprécier pleinement le programme. Chaque épisode introduit des notions qui pourront servir plus tard au développement de l'intrigue de fond (une histoire de corruption de juré dans le troisième épisode) et prend le temps d'expliquer les lois, ses tenants et ses aboutissants, afin que chacun puisse s'y retrouver clairement. De plus, la constante opposition d'Alicia avec son jeune concurrent aux dents longues offre un large éventail d'approches et de résolutions, les deux collègues abordant chaque sujet de façon radicalement différente (posée et humaine pour Alicia, rentre-dedans et impitoyable pour Cary).
"On reste surtout subjugué par l'écriture dont bénéficie le personnage d'Alicia. La bonne épouse du titre est bien plus qu'une simple potiche qui garde le sourire devant les caméras pour sauver son époux."
Un mélange subtil et envoûtant
Pourtant, ce n'est pas dans cette peinture limpide de l'appareil judiciaire américain qu'il faut trouver le véritable intérêt de The Good Wife. Là où d'autres séries se seraient contentées d'utiliser la situation et la vie privée d'Alicia en toile de fond, elles se retrouvent ici au cœur de chaque épisode. Tout d'abord, Alicia reste en contact avec un mari qu'elle va souvent voir en prison tandis que son fils, ayant intercepté un pli lui étant destiné, mène l'enquête en sous-marin. Qui voudrait bien la faire chanter ou l'intimider ? Chaque épisode apporte bien sûr sa pierre à l'édifice. Cependant, on reste cette fois loin des apartés classiques relégués en début ou en fin d'épisode, et il n'est pas rare de voir de longues séquences faire évoluer la situation au milieu des épisodes. Ce choix a pour effet de dynamiser l'ensemble de façon convaincante et de rendre la série d'autant plus passionnante qu'elle ne se résume pas à une avalanche de structures codifiées et proprettes.
Enfin, au cœur de ces agréables surprises, on reste surtout subjugué par l'écriture dont bénéficie le personnage d'Alicia. La bonne épouse du titre est bien plus qu'une simple potiche qui garde le sourire devant les caméras pour sauver son époux. Consciente de l'effet dévastateur d'un éventuel divorce sur sa famille (enfants, mari -innocent ?-) et un foyer qu'elle avait cru solide, meurtrie par la trahison et habitée de pensées contradictoires (amour et fidélité d'un côté, ressentiment de l'autre), Alicia tente de mettre ses sentiments en sourdine en regardant passer l'orage. Un orage auquel elle ne peut d'ailleurs pas échapper puisque s'ajoutent à l'omniprésence de sa situation des affaires qui la touchent profondément. Impossible de ne pas penser à son mari en défendant une prostituée habituée à taquiner les hautes sphères politiques. Impossible de ne pas se sentir concernée quand une femme lui demande de faire sortir son époux de prison. Mais ces affaires ne sont pas sans gratification. En témoigne un second épisode qui verra Alicia défendre le fils d'anciens amis lui ayant tourné le dos suite au scandale. L'affaire lui permettra, suite à un face à face avec ces anciennes connaissances, de voir le chemin qu'elle a d'ores et déjà franchi pour reconstruire sa fierté.
Allant de pair avec une réalisation sobre et efficace, cette peinture complexe de femme à la fois forte et fragile fait de The Good Wife une série unique et digne d'intérêt. Le mélange subtil et intelligent entre les intrigues de passage et une toile de fond bien plus que prétexte a d'ailleurs déjà séduit le public américain, qui a réservé un bel accueil à cette nouvelle production de Tony et Ridley Scott. Une moyenne de 13,2 millions de téléspectateur suit ainsi les aventures d'Alicia chaque semaine, poussant déjà la chaîne CBS à commander une première saison complète de 22 épisodes. Il ne reste plus qu'à attendre de voir si Alicia remplacera Carol Hattaway dans le cœur des spectateurs.

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L'histoire : La vie d'un grand cabinet d'avocats de Boston. Entre l'ancien Denny Crane qui sa vante d'avoir gagnés 6000 affaires mais qui peut en perdre une sur un[…]
