La saison 5 de
The L Word vient de poser un avant dernier point final, comme qui dirait un point virgule noyé dans un bain de femelles parfumé par la lourdeur des trahisons et refroidi par des déceptions aussi passagères que douloureuses. Faudrait quand même nous prévoir un final réjouissant pour ne pas dire jouissif… ! Cette cinquième saison signe le retour aux sources de la série, un plongeon dans les entrailles de la « lesbienne attitude ». A la carte, légèreté, intimité et frivolité, une des scènes les plus chaudes de l’Histoire des
L Word et une petite amie enfin digne de la beauté racée de Mia Kirshner (
Exotica, 24, Le Dahlia noir). Une mention spéciale est d’ailleurs attribuée au doublet Bette (Jennifer Beals,
Flashdance, The Grudge 2) et Jenny (Mia Kirchner). Plus sensuelles que jamais, la première est assommante de justesse pendant que la seconde flirte brillamment entre extravagance quasi mystique et folie naturelle, sans hésiter à « ridiculiser » ses camarades avec sa facilité à jouer l’actrice. Ajoutez la performance de l’oscarisée Marlee Matlin et vous obtenez une série basée exclusivement sur l’excellence de ses personnages. En attendant l’ultime et sixième saison (de 8 pauvres épisodes), profitez de ces dizaines d’heures, une alternative entre hystérie collective et douce amertume.
Attention, spoilers à profusion.
Une minute de plaisir pour soixante secondes de chagrin, c’est un peu le gimmick « L Wordien » du retournement de situation. Encore un peu de réconfort - avec l’assurance d’une sixième et dernière saison - avant l’explosion de larmes et la boucle infernale - et continu - des 71 épisodes qui auront changé la vie de toutes les lesbiennes de la planète. On a quitté une Helena (Rachel Shelley,
Ghost Whisperer) soumise puis remontée, on la retrouve « entaulée » suite aux millions de dollars pas si subtilement dérobés, Phyllis (Cybill Shepard) doute de ses sentiments pour Joyce (Jane Lynch,
Lovespring international) et Shane (Katherine Moennig,
Young Americans, Art School Confidential) est en passe d’emménager avec Paige (Kristanna Loken) pendant 5 bonnes minutes. Jenny (Mia Kirshner) revient du Mexique avec William (Wallace Shawn,
Ally Mc Beal, Cashmere Mafia, Melinda et Melinda), un multimillionnaire raide dingue de son bouquin. Tasha (Rose Rollins,
Girltrash), de retour d’Irak, est accusée de « comportement homosexuel » pendant qu’un nouveau couple, «
Dawn Dembo and her lover Cindy », ouvre un club lesbien pour fashion bombes atomiques, le « Shebar », l’occasion de multiplier les drames et les coups de p... Dawn Dembo (Elizabeth Keener,
NCIS, Friends with money), digne héritière de Nelly Olson, s’apparente à une vipère mal léchée qui joue à la garce et se révèle grande prêtresse de la manipulation. Cindy (Alicia Leigh Willis,
NCIS, American Heiress) est aussi présente que Sophie Favier du temps de Dechavanne mais dispose d’atouts physionomiques définitivement plus convaincants. Un 90/60/90 à la peau dorée par le soleil de Miami, une nympho « bimbolesque » et peroxydée qui ne manque pas de provoquer son lot d’embrouilles alambiquées et d’affoler le palpitant d’une certaine Sh… La fille de Phyllis (et, accessoirement, de Cybill Shepherd) débarque dans la vie débridée de sa lesbienne de mère pour mettre le feu au cœur de la plus célibataire de toutes, Miss Shane Mc Cutcheon, encore. Molly (Clementine Ford,
Cybill, American Pie) apporte un peu de fraicheur dans la vie de nos lesbiennes endurcies, une touche d’hétérosexualité qui souligne, une fois de plus, les incompréhensions intercommunautaires, la méconnaissance des codes et l’ignorance de la sexualité entre filles.
Beth sans Tina (Laurel Holloman,
Boogie Nights, Angel) c’est comme Brandon sans Brenda, Ross sans Rachel, Dawson et Joey, une hérésie. Alors Beth pense à Tina, Tina à Beth. Les yeux dans les yeux puis plus quand affinités et c’est reparti mon kiki. La saison fait honneur au couple mythique et alternativement uni de la série. Nina se réincarne en femme active, indépendante et sûre d’elle. Beth est plus classe que jamais et excelle dans ses face à face avec Jodi (Marlee Matlin,
Les enfants du silence). Le spectateur est pris en otage et assiste à la mise à mort, lente et douloureuse, de l’artiste. Exit Papi (Janina Gavankar), Angus (Dallas Roberts,
Walk the line, 3:10 to Yuma) et Paige. Dès le premier épisode, un tri sélectif fait place aux nouvelles arrivantes. Si Paige et Papi se font vite oublier, l’absence d’un mâle se fait sentir dans le vide intersidéral qui fait le quotidien de Kit (Pam Grier,
Jacky Brown, Ghost of mars). Relayé à son rôle de
Jacky Brown, Kit fait acte de présence, affublée de sa panoplie des seventies.
The L Word entonne son refrain léger, s’ouvre sur un air d’insouciance pour s’achever dans le pur style dramaturgique « L Wordien », un déroulement devenu aussi habituel que dramatique. L’apparition d’une certaine Niki Stevens (Kate French,
Wicked wicked games) va provoquer des sueurs froides, les mélanger avec des chaudes, causer des ébats follement délirants et des envies carrément érotiques. Niki Stevens est engagée pour jouer Jessy dans
Lezgirl, l’adaptation cinématographique du roman de Jenny. Sorte de James Bond girl aux formes dignes des unes de Maximal, Niki amène un souffle d’air frais - ou bouillant - sur la série et fait parfois oublier Carmen. Enfin, presque… Niki, c’est pas Carmen ! Autre « perso » omniprésent dans cette cinquième saison, Adele Channing (Malaya Rivera Drew,
Urgences, NCIS, The inside), la nouvelle assistance de Jenny et clone à temps complet de son écrivaine chérie. Adele est le fil conducteur de cette saison, la fumée avant l’estouffade, l’odeur de graillon avant les premières remontées acides. La saison s’articule autour des dessous de
Lezgirl, de la réalisation au montage en passant par la production et la photographie… Inutile de vous cacher la place prépondérante de Jenny dans ce tournage et l’intensité électrique de ses coucheries dignes des plus grands épisodes de la série. Petits dessous sexy et combat dans l’huile, chemise blanche et gode ceinture violet, la sensualité est remise au goût du jour. Une série d’intérêt général au service des frustrations des plus désespérés et des espérances des plus imaginatifs.

La suite, des clones très approximatifs de nos petits « culs de bourges » préférés, Elise, Shawn, Bev, Nina, Karina... Tout ce petit monde va et vient, une touche de superficialité sous le coude, nous rappelant que nos héroïnes sont irremplaçables. Une saison fun, drôle et qui fait du bien au moral. La digestion devient quand même difficile vers l’avant-dernier épisode. Shane revient, ses démons collés aux basques, Jody s’éclipse, une main devant, une main derrière. Définitivement difficile de voir qui, à part Carmen, peut sortir Shane de ses travers de célibataires endurcis. Le spectateur tente de se réconforter comme il peut. Alors c’est la fête pour le retour d’Helena – quasi absente de la saison -, la célébration de la future idylle d’Alice et l’espoir, toujours intact d’un retour de Carmen dans l’ultime saison. Une fois de plus, on s’impatiente sauf que, cette fois-ci, l’enjeu est de taille. La série va-t-elle finir dans la joie ou dans le désespoir ? Encore une saison pour rêver à l’espoir, même fragile, d’une harmonie plus profonde que précaire…
