Alors que Mad Men se voit une fois de plus couronnée Meilleure série dramatique aux Emmy Awards 2011, l'indépassable création de Matthew Weiner fait des émules, y compris sur les chaines des networks, pourtant a priori peu propices au rythme atmosphérique de la série d'AMC. En attendant Pan Am, sur la célèbre compagnie aérienne et non sur notre capitale version Edith Piaf, voici qu'arrive The Playboy Club, au titre qui ne peut être équivoque. Diffusé sur NBC le 19 septembre, le pilote laisse penser que Don Drapper peut dormir sur ses deux - longues - oreilles.
Mad Women
Dès l'annonce de la série, tout est en place pour concurrencer Mad Men, en s'inspirant même plus largement des productions HBO. Le script, rédigé par le créateur et showrunner Chad Hodge, déjà responsable de Runaway, s'attarde sur une nouvelle Bunny Girl (les filles déguisées en lapin qui travaillent dans le club de Hugh Hefner) qui vient d'arriver à Chicago avec le rêve de devenir chanteuse. Le monde de la nuit du début des années 60 (l'action prend place en 1963) s'ouvre à elle et à nous. En arrière fond : whisky, fumée de cigarettes, jazz et pop endiablés et costumes impeccables. La mise en scène est même confiée à un spécialiste de HBO : Alan Taylor, qui s'est illustré sur Oz, Les Soprano, Six Feet Under, Boardwalk Empire et qui a aussi œuvré sur quelques épisodes de... Mad Men. Soit la garantie d'avoir une réalisation qui "fasse cinéma", c'est-à-dire "série du câble".
"The Playboy Club ressemble à une série du câble, mais a tous les défauts d'une série des Networks"
Sauf que, dès les premières minutes, tout s'emballe : on doit avoir le droit à trois chansons, une tentative de viol, un meurtre, une voix-off plantant le décor et l'impression que tout virevolte à cent à l'heure. C'est qu'il faut accrocher son spectateur avant la première coupure publicitaire. Et c'est là que le bât blesse : là où Mad Men prenait plusieurs heures pour installer son univers, The Playboy Club grille toutes ses cartouches avec une fatigante superficialité. Les grands thèmes sont envoyés au spectateur toutes les cinq minutes et ressemblent à un catalogue à exhiber pour faire "grande série" : libération de la femme, condition des noirs, homosexualité, mafia, vie de couple, etc. Idem pour les personnages, esquissés à grands traits caricaturaux... Cela prouve bien que la qualité des séries du câble, qui vient du tempo de leur écriture, n'est pas diluable dans les 43 minutes coupées par les publicités des Networks. The Playboy Club ressemble à une série du câble, mais a tous les défauts d'une série des Networks, l'efficacité en moins et la prétention en plus. Friday Night Lights ou plus récemment The Good Wife ont pourtant prouvé que la profondeur pouvait avoir sa place sur les grandes chaînes, sans essayer de plagier celle du câble.
Fight Club
Mais il y a pire ! Si l'on ne doit guerre prêter attention aux polémiques qui ont touchées la série avant même sa diffusion, attaquée de toute part, aussi bien par les groupuscules ultra-conservateurs comme le Parents Television Council ou Morality in Media que par les féministes comme Gloria Steiheim (sans que personne, bien sûr, n'ai vu un bout d'oreille du pilote de la série), le positionnement historique de la série est en soi critiquable. Son erreur est sans doute d'avoir demandé à Hugh Hefner de narrer le premier épisode, en lui donnant la parole en voix-off. Résultat : la série entière apparait comme une œuvre de propagande pour le créateur de Playboy, et décrédibilise quelque peu son soi-disant message sur la libération de la femme dans les années 60. Pas sûr en effet que porter des oreilles et une queue de lapin pour servir les hommes puissants puisse être aujourd'hui considéré comme de l'activisme féministe pur et dur...
Avec son scénario bancal qui nous étourdit au lieu de nous éblouir, et son message plus que discutable, The Playboy Club se révèle être une tentative ratée de NBC de concurrencer les séries du câble sur leur propre terrain. Et on ne vous en tiendra pas rigueur si vous lui posez un lapin.
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L'histoire : Un groupe de femmes, toutes plus jolies les unes que les autres, travaille dans les années 60 pour le club "Playboy" à Chicago, devenu rapidement un[…]
