
Et pourtant, si l'on se fait quelque peu l'avocat du diable, tout n'est pas si rose au pays des corps en putréfaction, et force est de reconnaître que le résultat est assez polarisant. Oublions un instant la hype généralisée autour du projet, faisons abstraction du matériel original de Kirkman, du nom du showrunner de la série, et de la réputation dont jouit AMC depuis Mad Men, et posons-nous la question suivante : une fois The Walking Dead débarrassée de ses oripeaux de « série instantanément culte », mérite-t'elle vraiment toutes ces louanges ?
Avec une première saison de six épisodes à peine, tout le monde s'attendait à ce que TWD frappe fort (et rapidement), puisant dans son matériau d'origine riche de près de 80 numéros pour en extraire la substantifique moelle. Quelle surprise alors de découvrir que l'écriture de la série est précisément son point faible, un talon d'achille apparent à l'œil exercé, et ce dès le premier épisode : écrit et réalisé par Darabont lui-même, ce pilote contient en effet déjà les forces et faiblesses de la série dans son ensemble.
La méthode Darabont
Fidèle à ses habitudes, Darabont axe en effet la série sur ce qui l'intéresse (les personnages) et répète à qui veut l'entendre que TWD n'est pas une série sur les zombies, mais bien un show sur la survie et la reconstruction d'une société humaine post-apocalyptique. Soit. Après tout, les Anglais y sont bien parvenus avec leur Survivors...
Seulement voilà, qui dit société humaine post-apocalyptique nécessite certains ingrédients essentiels : tout d'abord, des personnages attachants. Là, TWD échoue dans les grandes largeurs, avec des protagonistes à la caractérisation basique (voire absente), caricaturale, et qui font preuve (avec une consistance fascinante) d'une certaine bétise dans leurs actions et réflexions. Très peu d'émotion, donc, lorsque l'un d'entre eux décède, d'autant que certains acteurs frôlent souvent un surjeu regrettable (Sarah Wayne Callies, à ce titre peu inspirée).

Autre élément qui fait trop souvent défaut à la série : l'ambiance fin-du-monde. On nous apprend que l'invasion zombie a eu lieu plus de deux mois avant le pilote de la série, que la planète est dévastée, et envahie de morts-vivants. À l'écran ? En dehors des quelques confrontations directes avec les zombies (finalement très rares, et généralement conséquences immédiates de la stupidité générale des personnages), les protagonistes discutent, vivent leur quotidien, se promènent sans paraître véritablement traumatisés par leur sort.
Bref, il règne, durant la majorité de cette première saison, une sorte de placidité globale chez tous les personnages, qui rapidement contamine le spectateur. Conjuguée à un récit bavard accumulant les digressions peu utiles (le gang latino), il en résulte souvent un flagrant manque de tension et d'implication émotionnelle ; impression encore plus renforcée par la musique extrèmement minimaliste et peu marquante de Bear McCreary.
Déconcertant
Confronté à un scénario basique et assez peu captivant, l'on remarque alors certains choix artistiques étranges et pas forcément judicieux : les bruitages, souvent exagérés au-delà du raisonnable ; les victimes de zombies, étonnamment calmes et immobiles lors des morsures ; le manque de direction générale du show, qui semble flotter sans but malgré la brièveté de la saison ; les rajouts et inventions des scénaristes, à l'intérêt parfois discutable ; les grosses ficelles narratives improbables, avec rebondissements artificiels dignes d'un Prison Break (la clef des menottes, l'autodestruction du CDC) et autres clichés soaps, comme le triangle amoureux, etc...
"Titubante, et étonnamment simpliste, The Walking Dead a beaucoup en commun avec les zombies qu'elle met en scène. Mais faisons preuve d'indulgence pour ces six épisodes décevants qui ne sont, en fin de compte, que le galop d'essai d'une équipe créative d'ores et déjà en pleine tourmente..."
Autant de partis-pris qui peuvent laisser à la porte les spectateurs les plus exigeants, et de décisions qui laissent perplexe, compte tenu du pedigree de la série et de l'équipe créative. D'autant plus dommage que l'aspect visuel de la série est assez réussi : zombies repoussants, gore présent, et réalisation honorable, malgré un léger manque d'ampleur.

Doit-on alors vraiment être surpris d'apprendre, quelques jours avant la diffusion du final de la saison 1, un remaniement drastique de l'équipe des scénaristes du show ? Une chose est sûre : quoique l'on pense de The Walking Dead, difficile de nier qu'elle est un succès critique et économique, preuve qu'il n'est pas toujours nécessaire de proposer une œuvre parfaite ou très originale pour séduire le grand public.
Déjà renouvelée, et bénéficiant de hordes de fans conquis d'avance, The Walking Dead est assurée de connaître une longévité certaine, et des légions de spectateurs satisfaits par ce qui est, en fin de compte, un ovni télévisuel : une série d'horreur premier degré, avec des zombies, qui se veut fidèle - si ce n'est dans les faits, au moins dans l'esprit - au matériau original qu'elle adapte. Et si TWD se cherche encore, elle est au minimum assurée d'avoir une seconde saison pour affiner son écriture et s'améliorer. Tous les shows tv ne peuvent pas en dire autant...
Retrouvez nos photos de The Walking Dead saison 1.

L'histoire : Adaptée du célèbre comic book éponyme, The Walking Dead narre le quotidien d'un groupe de survivants suite à une apocalypse de zombies.
