Rarement une série n'aura été aussi attendue que The Walking Dead. L'effervescence autour du show a commencé dès l'annonce de sa production, en janvier 2010. Que ce soit AMC, la chaîne derrière les deux meilleures séries actuelles, Breaking Bad et Mad Men, qui produise, était en soi suffisant pour éveiller la curiosité de tous les sériephiles et des amateurs du genre. Mais l'association de trois noms derrière la caméra a fait monter les attentes au delà du raisonnable : Robert Kirkman, Frank Darabont et Gale Anne Hurd. Le premier est l'auteur de l'excellent comic book qui sert de base au programme et a signé pour en écrire quelques épisodes. Le second, qui réalise le pilote et porte la casquette de showrunner, est le spécialiste des adaptations de Stephen King au cinéma depuis Les Evadés en 1994 et a bluffé les amateurs de fantastique avec le magnifique The Mist en 2007. Quand à la productrice, on retrouve son nom au générique de quelques chefs d'œuvres de James Cameron comme Terminator, Aliens ou Abyss. Après 9 mois de gestation, AMC accouche pour Halloween d'un pilote de plus d'une heure. Et le résultat est à la hauteur des attentes tout en surprenant le fan par son traitement original de la figure du zombie.
L'aurore des morts-vivants
Dès la scène d'ouverture, le ton est donné. La silhouette solitaire du shérif Rick Grames sort de sa voiture, et part à la recherche d'essence au milieu de carcasses d'autres véhicules. Rompant un silence de mort, une respiration se fait entendre. Elle émane d'une frêle petite fille, qu'interpelle, entre espoir vain et inquiétude réaliste, notre héros. Elle se tourne lentement. Son visage n'est plus qu'un trou béant, qui se dirige, affamé, vers sa proie. Grames sort son arme et abat la gamine d'une balle dans la tête. Pas de place pour l'ironie ou le second degré, le traitement est ici ultra-réaliste, adulte, et d'une lucidité qui fait froid dans le dos. The Walking Dead vous fait savoir au pré-générique que vous n'êtes pas le bienvenu à Zombieland !
"voilà le triste devenir de l'humanité, semble nous dire la série à travers ses visions d'horreur, d'une touchante mélancolie apocalyptique"
Après ce flash-forward, on retourne quelques mois avant l'apocalypse. On n'y assistera pourtant pas. Rick Grames est blessé lors d'une fusillade et se réveille du coma dans un monde ravagé par une mystérieuse épidémie bien connue des amateurs de Romero. Les humains sont introuvables, et des morts insatiables errent à la recherche des quelques rescapés qu'ils transforment en les dévorant. S'il fait écho à 28 Jours plus tard, ce début rappelle plutôt Je suis une légende. La rencontre de Grames avec un rescapé, vivant avec son fils dans une maison où le cadavre de sa défunte femme essaye de s'introduire constamment, évoque la solitude désespérée que l'on trouve dans l'œuvre de Matheson.
Mais le récit part déjà dans une autre direction, lorsque notre shérif décide de partir à la recherche de sa famille. The Walking Dead prend alors des allures de western crépusculaire, que développera, on l'espère, la suite lorsque cette figure de la loi devra réorganiser une communauté dans un monde sans règles. La fidélité de ce pilote à la bande dessinée ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le développement de cette belle thématique.
Pour l'heure, ce qui frappe est moins la virtuosité et la richesse proprement cinématographique de ce premier épisode, tant on en n'attendait pas moins de la part d'AMC et de Darabont, que le traitement inédit de la figure du zombie.
Sympathy for the zombies
On le sait, le genre est depuis sa réinvention moderne par Georges A. Romero en 1968 avec La Nuit des mort-vivants, éminemment politique. De la critique du consumérisme (Zombie) à la métaphore sur la lutte des classes (Land of the Dead), le cinéaste a toujours utilisé le zombie pour parler de notre époque et des travers de la société américaine, à tel point que l'on imagine mal le zombie sans son sous-texte politique. Même à la télévision, Joe Dante faisait revenir les morts pour voter contre Bush dans son Masters of Horror, et la récente minisérie britannique, Dead Set, attaquait avec ironie les travers de la téléréalité. La relecture du mythe du zombie dans The Walking Dead est différente, plus subtile et donc d'autant plus surprenante.
C'est dans sa représentation même des zombies que se glisse la lecture critique de la série. Refusant le caractère festif d'un shoot them all, The Walking Dead présente des créatures pathétiques, devenir certes répugnant, mais surtout triste, d'une humanité malade. Les geysers de sang ne sont pas festifs, mais compassionnels. La plus belle scène de l'épisode voit une poignante double mise à mort : d'un côté, un homme désespéré doit tirer une balle dans la tête de ce qui reste de sa femme, de l'autre, Grames met fin aux souffrances d'un corps dont il ne reste que le tronc rampant sans but. Voilà le triste devenir de l'humanité, semble nous dire la série à travers ses visions d'horreur, d'une touchante mélancolie apocalyptique.

Si le final joue malheureusement la carte de l'efficacité à travers un cliffangher un peu inutile après tant de retenu, The Walking Dead s'annonce quand même comme une grande série sur l'Amérique d'aujourd'hui, et on n'en peut déjà plus d'attendre la suite !
Retrouvez nos photos de The Walking Dead, saison 1 !

L'histoire : Adaptée du célèbre comic book éponyme, The Walking Dead narre le quotidien d'un groupe de survivants suite à une apocalypse de zombies.
