La série policière grand public a vu ses héros et sa structure évoluer de façon surprenante ces dernières années. Oubliés les duos de flics de Starsky et Hutch, Les rues de San Francisco et Miami Vice. Les résolutions de meurtres sont désormais prises en charge par des équipes complètes et spécialisées (Les Experts, NCIS, The Closer) ou par certains citoyens en quête d'aventure, de vérité (Veronica Mars) et de rédemption (The Mentalist). Par ailleurs, certains inspecteurs font également équipe avec divers spécialistes (parfois à contre cœur) afin de mener à bien des enquêtes que le simple cadre de la loi empêche de résoudre. Fringe a besoin du scientifique Walter Bishop et de son fils Peter pour percer ses mystères, Numbers se sert de son génie en mathématiques pour faire de même et Castle, suivant son modèle Arabesque, emploie l'imagination d'un romancier dans le but de guider ses intrigues vers une résolution satisfaisante. Avec cette débauche de consultants, il ne fallait pas longtemps avant qu'un criminel aide à son tour les forces de l'ordre dans leur tâche. C'est ce qui arrive aujourd'hui avec White Collar, dernière petite série de la chaîne USA Network.
Libères-moi si tu peux
En prison depuis plusieurs années, le faussaire et arnaqueur de génie Neal Caffrey décide de s'évader de sa cellule pour rejoindre sa bien-aimée. Un fait qui surprend d'autant l'agent du FBI Peter Burke que Caffrey n'avait que quelques mois à tirer avant de retrouver la liberté. Connaissant ce dernier par cœur après l'avoir chassé pendant plus de trois ans, l'agent Burke lui remet rapidement le grappin dessus. C'est à ce moment que Caffrey, n'ayant pu retrouver la belle, propose un marché à son poursuivant : le malfaiteur aidera l'agent dans diverses affaires en relation avec les arts en échange d'une liberté contrôlée. Ayant prouvé sa bonne foi dans une première affaire, Caffrey est donc libéré sous certaines conditions (un bracelet au pied et l'obligation de vivre dans une partie bien définie de New York) et fera équipe avec l'agent Burke. Il n' oubliera pas de mettre tout en œuvre pour retrouver sa fiancée, sans doute empêtrée dans une situation dangereuse.
Dans la jungle des chaînes câblées américaines, USA Network a réussi à tirer son épingle du jeu en offrant aux téléspectateurs des séries à la dynamique bien particulière. A la base de cette dynamique, des personnages principaux toujours bien définis, drôles, attachants et possédant un sens de la répartie efficace. Monk, Burn notice, Enquêteur malgré lui ou encore la récente Royal Pains, toutes ont réussi à rester dans les esprits grâce à des héros au capital sympathie indéniable, frappants le public par leur élégance ou leur fantaisie. Un fait d'autant plus évident qu'il a fini par devenir le slogan de la chaîne en 2005 ("Characters Welcome", Personnages bienvenus). White collar ne déroge pas à la règle. Neal Caffrey, en plus d'être un gentleman idéaliste, possède une classe incroyable et une chance de tous les diables. Toujours décontracté quand il ne s'agit pas de chercher sa bien-aimée, l'homme arrive, quelques heures à peine après sa sortie de prison, à se faire héberger par une riche mécène. Logement quatre étoiles dans une des baraques les plus friquées et les mieux situées de la ville, costumes hors de prix laissés par un défunt mari, petit déjeuné royal en terrasse, Caffrey est comme un coq en pattes. Une situation on ne peut plus rageante pour l'agent Burke qui, selon sa conscience, se contente de ce que son maigre salaire d'employé du gouvernement lui permet. Heureusement, c'est bien lui qui tient les rênes de leur relation de travail.
"Si les personnages et leurs interprètes sont de premier rang, à l'image d'une production design de haute tenue, on ne pourra pas en dire autant des intrigues de la série, souvent aussi maigres qu'un papier de cigarette"
Une distribution en or...
Comme si cette mise en place ne suffisait pas, l'amateur de séries aura la joie de retrouver de nombreux artistes de choix à la tête du programme. Après de remarquables apparitions dans Chuck, Traveler et Tru Calling, Matthew Bomer donne tout son sel à l'élégant voleur, ses yeux bleus et sa gestuelle sensuelle achevant de parfaire le personnage. Face à lui, Tim DeKay s'échappe de ses précédentes partitions (Tell me you love me mais surtout La caravane de l'étrange) et campe un Peter Burke juste et sincère, sans que son agent du FBI frustré mais honnête ne tombe dans la caricature. Nous retrouverons également le désopilant Willie Garson (Sex & the city, Stargate SG-1) dans le rôle d'un homme à tout faire, prêt à aider son ami Caffrey dans sa tâche. Côté charme, Tiffani Thiessen (Beverly Hills, Fastlane) sera la femme de Burke, tout aussi équilibrée et sensée que son mari, tandis que l'adorable Natalie Morales revient après The Middleman nous prouver qu'elle est bien plus qu'un simple faire-valoir. Elle aussi agent du FBI, elle aidera Burke tout en entretenant une relation singulière avec Caffrey, entre admiration et rapport de forces. Le show n'oubliera pas de parsemer ses épisodes de guest stars remarquables. En l'espace de quatre épisodes, nos amis croiseront déjà Kirk Acevedo (Fringe, Oz), Callie Thorne (Rescue Me, Sur écoute), Mark Sheppard (Battlestar Galactica, Dollhouse) ou encore Garret Dillahunt (Life, Burn notice).
...des intrigues en carton
Malheureusement, si les personnages et leurs interprètes sont de premier rang, à l'image d'une production design de haute tenue, on ne pourra pas en dire autant des intrigues de la série, souvent aussi maigres qu'un papier de cigarette. Malgré leurs points de départ variés et le potentiel du concept initial, les épisodes traînent en longueur. Les séquences, pourtant nombreuses, s'enchaînent sans surprise et l'on aura vite fait de découvrir tant l'identité des coupables que la manière dont ils se feront piéger par le duo. Pire : censé être un cador en histoire de l'art, Caffrey est parfois pris de court par l'érudition de son collègue quand il ne butera pas longuement sur des indices dont la signification semblera évidente à quiconque aura lu Le scarabée d'or d'Edgar Allan Poe. Un comble ! Seul l'épisode pilote arrive à tirer son épingle du jeu grâce à une mise en place des intrigues qui lance adroitement le programme sur les rails. A ce titre, ce premier épisode a connu un meilleur démarrage que les pilotes de Burn notice et In plain sight en étant suivi par 5,4 millions de téléspectateurs. Mais il faudra sans doute plus qu'une atmosphère charmante et agréable pour assurer le succès de White collar sur la longueur. Pour preuve, le troisième épisode enregistre déjà une chute de 28% avec seulement 3,85 millions de téléspectateurs. Espérons que la suite s'avère un peu plus inspirée, car mis à part ce vilain mais conséquent handicap, White collar a vraiment tout pour devenir un hit.

L'histoire : Voyant ici le seul moyen de retrouver sa liberté et sa bien aimée, l'ancien voleur de haut standing Neal Caffrey fait désormais équipe avec l'agent du[…]
