Par Geoffrey Plankeele - publié le 02 juin 2008 à 03h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h15 - 0 commentaire(s)
« Women’s Murder Club » : tout est dans le titre. Des femmes, des meurtres, et un club. Ou, pour être plus précis, l’adaptation d’une série de sept romans policiers écrits par James Patterson (auteur du Collectionneur, et du Masque de l’Araignée, tous deux adaptés au cinéma avec Morgan Freeman dans le rôle principal), par ailleurs producteur exécutif de la série. Des best-sellers qui relatent les enquêtes d’un groupe de femmes, chacune membre d’une branche différente de l’appareil judiciaire américain, amies dans le civil, et utilisant leurs talents respectifs pour résoudre ensemble des meurtres à San Francisco. Dans la série, on retrouve ainsi ces personnages, un peu adaptés : l’Inspecteur Lindsay Boxer (Angie Harmon), enquêtrice aguerrie, célibataire endurcie, obsédée par une affaire de serial killer jamais résolue (le Kiss-Me-Not Killer), et troublée par la proximité de son ex, devenu son supérieur ; Jill Bernhardt (Laura Harris de Dead Like Me), substitut du procureur, partagée entre son compagnon et son amant ; Claire Washburn (Paula Newsome), légiste, mariée à un handicapé en fauteuil roulant ; et enfin Cindy Thomas (Aubrey Dollar, de Point Pleasant), une journaliste fouineuse, qui finit par intégrer à la fin du pilote ce « club » formé par les trois autres protagonistes.


Ces amies passent donc autant de temps à collaborer sur leurs enquêtes qu’à gérer leurs problèmes de cœur, aspect essentiel des ouvrages comme de la série. En effet, c’est bien sur ce côté « vie privée » que le show a été vendu, une manière de se démarquer de tous les autres procedurals, et d’attirer un public plus féminin devant le petit écran. Mais force est de constater qu’au final, la série est loin d’atteindre son but. Dès la première diffusion, on devine que de nombreux problèmes gangrènent sa production, confiée à Sarah Fein (The Shield), Brett Rattner (Prison Break, X-men 3, Rush Hour 1-3), Joe Simpson (papa de Jessica Simpson), et James Patterson lui-même. Le pilote présenté sur ABC n’a en effet plus rien à voir avec celui, beaucoup plus fidèle aux romans, proposé à la presse quelques mois plus tôt (et qui se terminait par la mort dramatique de Jill, libérant ainsi une place dans le club). Quasi-intégralement retournée, la version finale est radicalement différente : plus de Jill assassinée, mais une intrigue cousue de fil blanc, sans autre ambition que d’établir basiquement les personnages et leurs relations.

D’office, on remarque une réorientation qui, sur le long terme, sera dommageable à la série : alors que le repère évident du spectateur aurait dû être le personnage de la jeune journaliste (découvrant une à une les membres du club et leurs rapports), la production décide de faire du personnage d’Angie Harmon le référent du public. Une aberration d’un point de vue écriture, les scénaristes espérant ainsi naïvement que les spectatrices de la série s’identifient à une tough girl cynique, presque antipathique, à la vie privée inexistante, et qui débite de mauvais one-liners comme à la grande époque des années 80.


Angie Harmon est rentable aux yeux des producteurs et de la chaîne, et la série toute entière devient lentement un véhicule pour son personnage, le mettant en scène avec son partenaire Jacobi (excellent et sympathique Tyrees Allen), quitte à repousser parfois le « Club » au second plan. Ce qui n’est pas forcément un mal tant, dans un premier temps, l’équipe de scénaristes peine à trouver un ton juste : outre des affaires peu convaincantes, aux conclusions téléphonées par la culpabilité quasi-systématique de la guest-star hebdomadaire, le show commet de grossières erreurs de procédures (par exemple, à peine arrivée sur les lieux d’un crime, Boxer manipule à mains nues tous les indices !), repose sur des ficelles à peine voyantes (la journaliste devient ainsi une béquille narrative, qui sait toujours tout sur tout le monde, et amène invariablement l’information capitale qui débloque l’enquête), et opte, dans le registre « sensibilité féminine », pour des discussions à peine dignes de Sex And the City, sur les scènes mêmes des crimes !


Une écriture très faible, donc, agrémentée de personnages ne dépassant guère leur statut de stéréotypes, qui empêche Women’s Murder Club d’être autre chose qu’une série policière comme tant d’autres. Tout n’est cependant pas négatif : le casting se révèle des plus attachants, malgré les orientations scénaristiques imposées par la production. Il s’avère même être l’intérêt principal pour le spectateur. Les quatre actrices développent en effet une alchimie indéniable, qui fait merveille dès que la série s’autorise à sortir de la routine « un épisode = une enquête banale » en introduisant un peu d’humour. Mais ces bons aspects ne suffisent pas. La série connaît des scores d’audience calamiteux dans la tranche d’âge 18-49 (essentielle à la survie d’un programme), les relations avec James Patterson restent tendues, et il ne faut pas longtemps à Women’s Murder Club pour se retrouver sur la sellette à l’approche de la grève.


Dans un effort désespéré pour sauver le show, ABC décide alors de jouer le tout pour le tout : elle renvoie trois de ses producteurs (ceux en charge du processus créatif) et signe Robert Nathan (issu de la franchise Law & Order) afin de repenser le show pour trois épisodes-tests. Ce passage d’une équipe de productrices à un showrunner masculin s’avère catastrophique : adieu le club, l’humour, les scènes plus légères, bref, tout ce qui faisait l’intérêt de la première version de la série. Maintenant, place à plus d’action, de sordide, de manichéisme, et surtout, encore plus de Lindsay Boxer. Le Women’s Murder Club semble bien moribond, et le personnage interprété par Angie Harmon devient alors la seule héroïne de la série, malgré les dénis de la production. Les faits sont pourtant là : à la reprise du show, la majorité des personnages et intrigues secondaires disparaissent, les scènes du « club » passent à la trappe, Lindsay Boxer se voit gratifiée d’un nouvel amant, d’une relation difficile avec un père qui revient dans sa vie, et du retour subit du Kiss-Me-Not Killer (aux abonnés absents depuis le début de la saison, bien que présenté dans le pilote comme une intrigue récurrente).

Pire : la nouvelle équipe de production fait preuve d’un mépris flagrant envers les autres membres du club. Ainsi, lorsque Cindy, la journaliste, est blessée par balle au cours d’une enquête menée en compagnie de Lindsay, non seulement l’importance de l’événement est totalement minimisée par les scénaristes (elle est abattue avant une coupure publicitaire ; à la reprise de l’épisode, un médecin annonce qu’« elle va bien, ce n’est qu’une blessure superficielle », et on passe à autre chose), mais c’est en plus l’occasion pour eux de contredire ce qui avait été établi par l’équipe précédente (cette même Cindy attend gentiment la visite de ses parents à l’hôpital, alors même qu’une poignée d’épisodes plus tôt, on apprenait que son père était mort 18 mois auparavant.)


Enfin, passons sur l’ultime épisode proprement ridicule, tant sur le plan de la romance de Lindsay (qui a droit à un happy-end digne de la pire comédie romantique, avec course échevelée dans le hall d’un aéroport et baiser passionné), que sur celui de l’intrigue du Kiss-Me-Not Killer, à la résolution totalement plate et stérile. Quand au cliffhanger final, c’est un pied de nez supplémentaire adressé aux spectateurs qui se sont courageusement accrochés jusqu’à la fin de la saison. Une saison très dispensable, tellement pleine d’occasions manquées et de potentiel inexploité que l’on se prend à regretter qu’elle n’ait pas été placée entre des mains plus compétentes. Car il est difficile pour l’amateur de bonnes fictions télévisées de ne pas s’arracher les cheveux devant tant de gâchis, surtout lorsque l’on sait que Laura Harris a refusé de reprendre son rôle de Daisy Adair (dans le téléfilm Dead Like Me en tournage), pour se consacrer à ce Women’s Murder Club...

Geoffrey Plankeele




Vos réactions


logAudience