Premier projet télévisuel du scénariste David DiGilio (seulement auteur auparavant du script du long métrage
Antartica, Prisonniers du froid avec Paul Walker)
Traveler fait partie de ces nombreuses séries ayant succombé aux impératifs de production et de rentabilité des studios américains. Pourtant, la série avait tout pour réussir sur le papier : scénario béton, mythologie solide, casting aux petits oignons, agencement savant… Jugez plutôt :

Afin de voir un peu du pays avant d’embrasser des carrières corporatistes étouffantes, Jay, Tyler et Will, trois amis ayant partagé le même toit deux années durant, décident à l’issue de leurs études d’arpenter les routes américaines pendant deux mois, en commençant leur périple par la ville de New York. Mais alors que les trois compères organisent une farce destinée à chambouler un peu le quotidien des gardes du musée d’art de la célèbre ville, celle-ci tourne cours lorsque Jay et Tyler, séparés de leur ami Will après la blague, reçoivent un coup de fil de ce dernier s’excusant avant que n’explose le fameux musée. Déboussolé puis paniqués, les deux compères vont rapidement devenir la cible du FBI alors que l’attentat leur sera imputé. Livrés à eux-mêmes, ils vont alors tout faire pour essayer de prouver leur innocence, en tentant tout d’abord de découvrir la véritable identité de Will Traveler, au passé et aux intentions bien plus sombres et calculatrices qu’il n’y paraissait.

Une véritable chasse à l’homme s’engage donc, et la série prend rapidement des allures de mélanges entre
Le Fugitif et
Prison Break, l’intrigue étant évidemment l’occasion d’une chasse à l’homme aux sous intrigues fleurissantes. On découvre ainsi à la surprise des personnages que Will est impossible à faire identifier sachant qu’en deux ans, celui-ci a scrupuleusement évité de se faire prendre en photo, tandis qu’en parallèle, un mystérieux agent surnommé le « Porter » va s’évertuer à protéger les deux amis. Et alors que dans le cahier des charges des scénaristes, tout est lié dans un imbroglio d’origines familiales pleines de sens et de complots fomentés par d’illustres sociétés secrètes gouvernementales,
Traveler fournit une action dense mais n’évite cependant pas les longueurs alors que cette unique saison de 8 épisodes (sur 13 prévus avant une réécriture qui forcera le re-shoot d’une grande partie des épisodes) prendra son temps pour ménager son suspense et faire avancer les choses.

Un parti pris qui, malheureusement, verra l’audience de la série chuter de semaines en semaines. Il ne faudra ainsi pas moins de 5 épisodes avant de faire découvrir aux agents du FBI que le cadavre retrouvé dans le musée n’est pas celui de Will, la personne étant vraisemblablement morte avant l’explosion. Parallèlement, l’intrigue finira également par suivre le chemin de Will alors que celui-ci se retournera contre ses employeurs avant de faire équipe avec ses anciens amis, mais cette intrigue ne se développera que tardivement afin de laisser le duo lentement comprendre ce qui lui arrive. Ainsi, alors que les producteurs avaient vendu le programme en promettant que contrairement à Lost, la série donnerait immédiatement des réponses quant aux mystères soulevés et ne laisserait pas les spectateurs sur le carreau,
Traveler n’aura pas assez de 8 épisodes pour donner à son audience toutes les clés nécessaires à l’immersion et n’abordera que de manière cryptique une mythologie dès le départ prévue pour s’étaler sur 3 saisons. Et ces 8 premiers épisodes de s’achever sur une mort au goût amer en forme de cliffhanger particulièrement frustrant, l’évènement ramenant apparemment nos 3 amis à leur point de départ.
Tout cela est d’autant plus dommage qu’à l’issue de la série, et après l’annonce de son annulation, le scénariste David DiGilio livrera sur le blog de la série toutes les clés que les deux saisons précédentes auraient dû développer. On apprendra que le mystérieux protecteur de Jay et Tyler est au service d’un membre renégat d’une société secrète gouvernant dans l’ombre les Etats-Unis et nommée « la quatrième branche », ce dernier souhaitant nettoyer les éléments de cette « branche » l’ayant transformée de pole de droit et d’indépendance en société corrompu mue par le profit. On réalisera via un panel de flashback que Will est une sorte de Jason Bourne intégré dans l’armée dès ses 17 ans et ayant servis dans de nombreuses compagnies, via de nombreuses identités, jusqu’à intégrer la quatrième branche sans vraiment comprendre pour qui il travaillait et que le tableau qu’il a dérobé au musée Drexler avant l’explosion n’a pas autant de rapport avec la signature de la déclaration d’indépendance, qu’il n’est un témoignage de la fondation de cette société secrète. Un relent
Davinci Code-Esque qui poussait l’intrigue dans des recoupements passionnants jusqu'à un final sans concession (quasiment tout le monde meurt) discréditant le président des Etats-Unis. Et évidemment d’autres éléments tels que les raisons de la disparition précoce du père de Jay, l’implication de celui de Tyler et la finalité de tous ces éléments (ainsi que LA véritable raison de l’attentat d’ouverture qui lança l’intrigue) étaient intégrés à l’intrigue mais resteront à l’état d’écrit alors que la série aurait grandement bénéficié dans ses 8 premiers épisodes à ce que ces éléments bénéficient d’autre chose que d’une simple évocation furtive.

Malheureusement, il faudra donc se contenter de ce long et ultime post de l’auteur pour satisfaire sa curiosité. Et pourtant malgré une certaine lenteur narrative inhérente à une mise en place complexe, la série ne manquait pas de qualités, d’autant qu’elle était portée par une panel d’acteurs de talent : on retrouvait ainsi dans le rôle de Jay Burchell, l’excellent Matthew Borner que les fans de
Tru Calling ont déjà pu apercevoir sur 12 épisodes, tandis qu’il a récemment figuré au générique de
Chuck. Logan Marshall-Green incarnait quant à lui Tyler Fog, fils trahi d’un magnat pas très net. On l‘avait évidemment remarqué en fils flippé de sénateur dans
24 Heures Chrono ou en grand frère incroyable source d’emmerdes dans
Newport Beach. Quant à Will, il était personnifié par Aaron Stanford, qu’on a pu remarquer dans de nombreux longs métrages : les deux derniers
X-Men (où il incarnait le pyromane Pyro), ou
La colline a des Yeux (version Aja). Niveau seconds rôles, la série était également servie par une belle galerie de têtes connues alors que William Sadler (
La Ligne Verte, Les Evadés, The Mist) en père fourbe, Neal McDonough (
Minority Report, Boomtown) en tireur de ficelles, Steven Culp (
Jag, Desperate Housewives) ou encore Viola Davis (
Solaris, Paranoiak) en agents du FBI motivés étaient de la partie.
Portée par une campagne marketing désignant la série comme le successeur de Lost, alors que les seuls liens qui les unissent résident dans l‘utilisation chronique de flashback (cependant bien plus courts ici) et la chaîne sur laquelle les deux séries ont été diffusées,
Traveler souffre, malgré son rythme haletant et sa mise en scène béton, d’un manque d’originalité conceptuelle, alors que
24 Heures Chrono ou
Prison Break ont construit leurs succès sur une idée qui, même si elle a été partiellement lâchée en cours de route (le traitement en temps réel pour
24, l’évasion pour
PB) a tout de même à l’origine permis d’accrocher les masses. La preuve même que, dans la frénésie de développement actuelle, il ne vaut mieux pas garder ses bonnes idées pour plus tard. Reste à savoir si France 2, qui a acquis les droits de diffusion de la série avant son annulation, fera une place de choix au programme ou le relèguera dans une case moins reluisante. De notre côté, on attendra le nouveau projet du scénariste,
Darwin’s Law, narrant les aventures d’un tueur estampillé CIA qui devient détective privé, prévue pour septembre prochain. En espérant que cette fois, la série dévoilera rapidement ses secrets pour construire dessus.
Lien vers le post ultime de l’auteurDavid Brami