Et le football dans tout ça ?
Au fil des intrigues, et bien qu'elle accompagne et rythme chaque souffle de vie des habitants de Dillon et de ses environs texans, l'omniprésence du sport préféré des adolescents américains ne dépasse finalement (et heureusement) pas le rang de "simple activité estudiantine contextuelle"... A la fois prétexte et source d'émotions fortes - et que l'on s'y intéresse ou non -, ces séances d'entraînements et épreuves sportives à répétition interviennent comme le seul dénominateur commun à l'ensemble des destins croisés et parcours de chacun des principaux protagonistes ; offrant au passage un regard à la fois non complaisant et réaliste sur les motivations (ou remises en questions) personnelles et conditions de vie des classes basses et moyennes de la société américaine. Grâce à son traitement d'image dynamique et sans concessions, Friday Night Lights s'est immédiatement imposée comme "le côté obscur" d'un 90210 ou d'un Gossip Girl... renouant judicieusement avec les souvenirs marquants laissés par des séries ado comme on n'en avait plus vues depuis un certain temps.
Depuis Les années collège (plus connue sous le nom de Degrassi Junior High), et exception faite des productions anglaises... seules la sublime Angela, 15 ans et la toute aussi pertinente Hartley, cœurs à vif avaient réellement su transposer avec justesse les dilemmes et tourments adolescents sur le petit écran ; notamment à travers une grande volonté de respect et d'authenticité mise en œuvre lors de l'exploration des multiples facettes des souffrances engendrées par ce malaise insidieusement multi-générationnel. Absence ou surplus de popularité, coups de cœur, coups durs, drogue, suicide, ambition, désillusion... en bref, tout ce qui peut faire de ce quotidien - que les adultes ont trop souvent vite oublié - un véritable enfer pour ceux qui en subissent les pires conséquences : telle est la "vérité toute crue" - et sans démagogie aucune - que ces séries à total contre-courant des tendances d'alors ont eu le courage d'exposer sans détours ou autres effets "bling bling", au sein de shows bien trop vite qualifiés de "simples programmes jeunesse" par les diffuseurs. Avec sa caméra embarquée à la The Shield et ses enjeux à fleur de peau, Friday Night Lights est décidemment de cette veine là : extrême sans être racoleuse... directe et sincère sans être (trop) moralisatrice... viscéralement texane, sans pour autant être exclusivement américaine. Si bien que, même s'il arrive parfois que certaines intrigues puissent littéralement prendre des faux airs de soap (et tout particulièrement à l'occasion de la saison 2...), le spectateur peut néanmoins toujours s'agripper à cette constante sensation de vérité qui - justement - fait toute la différence.
Une panthère au cœur de lion
En dehors de leurs talents d'écriture et de l'excellence de leurs castings respectifs, Friday Night Lights et Angela, 15 ans se partagent également l'empreinte musicale de l'envoutant W.G. Snuffy Walden. A travers des motifs, des thèmes, des contextes et des époques pourtant très différents les uns des autres, sa signature participe pleinement à cette persistante sensation de continuité entre ces deux univers doux-amers et, là encore, reposant sur une juste mesure des émotions et intensions recherchées. De même, au charme et à la douceur naturels de Claire Danes peut répondre le regard aussi fragile qu'attachant de Zach Gilford, tandis que Jared Leto et Taylor Kitsch se "disputent" un charisme indéniable... les ayant d'ailleurs tous deux naturellement propulsés vers le grand écran.
Mais s'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait surement de l'australienne Hartley, cœurs à vif que la série inspirée du film de Peter Berg pourrait, en fin de compte, être principalement la digne héritière. En sept saisons (de 1994 à 1999), la notion et le respect du temps qui passe auront, en effet, suscité plusieurs changements de casting plutôt radicaux d'une année à une autre. En choisissant de s'intéresser ainsi presque exclusivement aux élèves étant présents dans l'établissement durant l'année en cours, les personnages principaux peuvent donc "disparaître" de la série en laissant naturellement la place aux élèves des classes inférieures à l'occasion de la prochaine rentrée. Comme dans la vie, le téléspectateur ne sait pas qui il va, oui ou non, retrouver la saison suivante... Pour preuve : les départs successifs de Lyla, Jason, Matt, Smash Williams (Gaius Charles) et, dans une moindre mesure, l'absence de Riggins suite à son incarcération durant la cinquième saison de Friday Night LIghts, ont suscité l'émergence de "nouveaux héros" comme Luke (Matt Lauria), Vince (Michael B. Jordan) ou Becky (Madison Burge)... sans que les codes et le cœur même de la série en aient été particulièrement perturbés. Reste que, de la même façon, de tels personnages peuvent naturellement vous manquer une fois la difficile et (souvent) cruelle croisée des chemins opérée... Peu importe finalement qui est sur le terrain... la vie est ainsi faite : il y aura toujours un lion pour affronter une panthère.


L'histoire : Dillon, Texas. Une petite ville qui ne vit que pour et par le football qui fait vibrer la population chaque vendredi soir. Seule occupation des habi[…]
