Aux côtés de Ryan Murphy et Brad Falchuk, Ian Brennan est l'un des trois "papas" de la série la plus colorée de ces deux dernières années...

Par Vivien LEJEUNE - publié le 19 septembre 2011 à 00h01
0 commentaire(s)
Parcours peu commun pour celui qui décide aussi bien du sort de Rachel, Finn et Will que des tours de chant interprétés par Lea Michele, Cory Monteith et Matthew Morrison... Comédien avant d'être scénariste, Ian Brennan œuvre notamment sur les planches du Marriott Theatre de Chicago avant de faire des apparitions dans les séries Demain à la une ou Les experts : Manhattan. Avec Glee, il rencontre un incroyable succès dès sa première expérience d'auteur régulier.
Glee - Saison 2. Série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan en 2009. Avec : Matthew Morrison, Kevin Mc Hale, Lea Michele et Jane Lynch.
 

Par quoi commence l'élaboration d'un épisode de Glee ?
Ian Brennan) Nous disposons généralement de huit jours de travail... Une semaine, parfois deux, consacrées à un seul et même épisode. Ce qui passe très vite, compte tenu du fait que vous devez multiplier ce chiffre par 22 ; soit par chaque épisode de la saison. Cela fait beaucoup pour Ryan Murphy, Brad Falchuk et moi-même qui, pour l'heure, avons absolument tout écrit. Le premier jour se tient généralement le dimanche soir. Nous nous retrouvons pour dîner et nous discutons. Le plus souvent, Ryan arrive avec une idée, un thème, une première forme d'histoire... Le travail consiste ensuite à imaginer un second arc narratif qui accompagnerait bien le premier, tout en définissant à quel personnage appartient cette histoire. On s'arrête là et le lendemain matin, on recommence là où nous avions laissé les choses... Puis, nous développons de façon à obtenir les histoires A, B et C. Après de nouvelles discussions, nous déterminons le rythme global de l'épisode. Il s'agit de mon premier emploi rémunéré en tant que scénariste et je me fie à l'expertise des mes collègues... Ils sont tellement doués, ne serait-ce qu'au niveau technique : quand et comment un arc narratif doit-il finir ? Comment prendre en compte la coupure publicitaire ?... Tous ces éléments communs à l'industrie télévisuelle et qu'ils maîtrisent si bien pour y avoir travaillé depuis si longtemps. Trouver la juste répartition de tous ces morceaux d'histoire... et savoir quand inclure une chanson. Mais là où je prends, personnellement, le plus de plaisir, c'est sur les dialogues. On se met en situation, on plaisante... C'est le meilleur moment : s'asseoir face au clavier et voir la scène prendre vie, couler de source. Je crois que c'est là ma meilleure contribution à la série.

 

Avez-vous beaucoup de retouches à apporter après la relecture de la première version ?
On coupe énormément. Nous sommes presque toujours trop long... Environ de 25 ou 30%. Ce qui est énorme et d'autant plus dommage que nous sommes obligés de supprimer des choses que nous trouvions hilarantes. Mais, dans ce cas, on essaie de les garder de côté pour mieux les recaser plus tard. Ce qui s'avère généralement impossible car tout est très serré dans Glee... Tout va très vite et évolue. Le scénario est ensuite envoyé à la chaîne afin qu'ils puissent faire des annotations avant de finaliser le "production draft" officiel. Mais, qu'il s'agisse de la production ou de la chaîne, je dois dire que travailler avec FOX est un réel plaisir. Ils laissent beaucoup de liberté à leurs équipes artistiques et, lorsqu'ils soumettent un quelconque changement, c'est généralement très sensé. Tout repose sur une relation de confiance, qui facilite la vie et le travail de chacun.

 

Glee - Saison 3. Série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan en 2009. Avec : Matthew Morrison, Kevin Mc Hale, Lea Michele et Jane Lynch.

  

Vous investissez-vous également dans le tournage ?
Là encore, c'est sept jours si tout se passe bien... et dix dans le pire des cas. Le plus étonnant pour moi est de voir interpréter des scènes qui, en fait, n'ont pas été retouchées depuis la toute première version du scénario. Cela m'impressionne toujours.

 

Parlez-nous plus précisément de l'importance des chansons et de la façon dont vous les intégrez...
Je crois que la série fonctionne mieux lorsque nous commençons par l'histoire et que les chansons viennent la compléter par la suite.

 

Un peu à la manière d'une réelle musique de film, qui viendrait compléter et intensifier les émotions suscitées par le scénario en lui-même...
Exactement. Elles apportent du relief aux intentions et sont alors en accord parfait avec le genre même du Musical. Les chansons aident et participent à une meilleure compréhension de l'intrigue et de son ressenti... Elles doivent se fondre au reste de la musique avec naturel, de façon à ce que les téléspectateurs soient soudain projetés en dehors du format classique d'une série TV et expérimente une forme d'exaltation que seule la musique sait vous communiquer. Il y en a toujours quatre ou cinq dans un épisode... C'est ce qui rend forcément cette série si difficile à produire. Nous sommes dans l'obligation de terminer l'enregistrement et la finalisation des chansons à l'avance afin de pouvoir tourner les séquences. Les autres séries ont des explosions ou des poursuites en voitures à planifier... Nous, nous avons des tours de chants (rires) !

 

Glee - Saison 2. Série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan en 2009. Avec : Matthew Morrison, Kevin Mc Hale, Lea Michele et Jane Lynch.

 

Les épisodes impliquant des "guest-stars" ne sont-ils pas encore plus difficiles à réaliser ?
Si, en effet... ne serait-ce que parce que vous avez envie de bien les cerner et de faire les choses comme il faut. Lorsque vous écrivez pour Neil Patrick Harris ou Gwyneth Paltrow, vous avez envie de vous surpasser... Et d'autant plus lorsque vous écrivez pour un nouveau personnage. Vous ne disposez pas de trois ou quatre épisodes pour bien le définir et comprendre d'où il vient, comment il fonctionne. Vous devez le saisir immédiatement et faire en sorte que le public sache tout de suite qui il est. J'ai souvent été en charge de ces épisodes et j'ai adoré cela. Et le changement est toujours motivant. Surtout lorsque vous écrivez pour les mêmes personnages semaines après semaines... Un nouveau arrive et cela revitalise mon approche et mon envie de travailler. C'est frais et, en un sens, j'ai presque l'impression d'écrire pour une série différente. Tout particulièrement, d'ailleurs, à travers le personnage interprété par Gwyneth Paltrow... Elle est tellement pleine d'énergie, amusante et irrévérencieuse. Elle est magnifique, particulièrement talentueuse... et ouverte à tout.

 

Et lorsqu'un épisode est consacré aux tubes de Madonna ou de Britney Spears, subissez-vous une quelconque pression des maisons de disques ? Ou, tout au moins, certaines revendications ?
Non, pas du tout. Nous sommes toujours autorisés à faire ce que nous voulons, même si l'entreprise s'avère plus difficile. Il y a quelques pièges à éviter car, pour le coup, vous concevez une intrigue autour des chansons et non plus l'inverse. L'avantage de choisir une artiste comme Madonna est que son œuvre est si fantastique que vous ne pouvez pas vous louper dans le choix des chansons ! Elles sont toutes incroyables. C'était de la folie... Il y a quelque chose comme dix chansons dans l'épisode et nous étions tous très excités. C'est agréable de pouvoir se dire que Glee est devenu assez grand pour se permettre d'inclure de tels épisodes tout en se refocalisant rapidement sur ses personnages réguliers la semaine suivante...

 

Glee - Saison 3. Série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk, Ian Brennan en 2009. Avec : Matthew Morrison, Kevin Mc Hale, Lea Michele et Jane Lynch.

  

Comment décidez-vous que tel ou tel épisode doit être focalisé sur un personnage plutôt que sur un autre ?
C'est une excellente question ! Mais je n'en sais trop rien, en fait. Cela dépend... La série fonctionne toujours mieux lorsqu'elle s'intéresse à Will. Quelque chose lui arrive, et il faut généralement poursuivre sur une histoire autour de Rachel... On ne peut pas la laisser trop longtemps de côté. Elle est le cœur de la série. C'est par elle que passe l'essentiel de l'émotion. De même que Finn. Et puis, bien sûr, il y a Sue (Jane Lynch). La plupart de nos meilleurs épisodes reposent sur elle. Elle représente un apport essentiel à la série toute entière. Lorsqu'on regarde un épisode dans lequel elle n'apparaît pas, ou très peu, on a toujours ce sentiment qu'il manquait quelque chose. Et enfin, nous nous posons un moment et nous demandons pour qui nous n'avons beaucoup écrit dernièrement. Qui n'a pas eu son solo depuis quelques épisodes ? Mais c'est ce qui rend les choses si stimulantes : le fait d'avancer naturellement, de façon très intuitive.

 

Vous reste-t-il une petite plage d'improvisation au sein de tout ce processus ?
Oui, vous seriez surpris (rires) ! C'est même l'une des choses qui m'étonne le plus dans le fait de travailler pour la télévision... A quel point les choses peuvent être improvisées. A la différence du cinéma ou même du théâtre... J'ai parfois l'impression d'écrire pour un "comic-strip". Il est tout simplement impossible de tout prévoir à l'avance. A trop vouloir le faire, vous pourriez même vous retrouver coincé avec des choses dont vous vous lassez vous-même. Il y a une certaine logique aux évènements : "sectionals", "regionals", puis "nationals"... Rien de tout ceci n'existe, en passant... Nous avons inventé ces compétitions pour la série (rires). Au-delà de ces épisodes, ou de ceux instant sur Finn ou Rachel, il y a toujours de quoi s'inspirer de la pop-culture en se disant : "Tiens, ceci est en train de se passer dans le Monde en ce moment même... Pourquoi ne pas l'inclure ?"... Cela fait partie des choses qui rendent la série imprévisible et d'une aussi grande fraîcheur. C'est, selon moi, la principale fore de Glee : on ne s'ennuie jamais.

 

Propos recueillis et traduits par Vivien Lejeune

 

Retrouvez notre interview avec Kevin McHale (Artie) !


Vos réactions


Plus d'actu
logAudience