Ou comment Smallville participe dans sa dernière saison à la remise en cause de ses super-héros dans une Amérique post-11 Septembre.

Par Damien VIRGITTI - publié le 27 janvier 2011 à 00h00
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C'est l'une des idées les plus intéressantes de cette dernière saison à Smallville : les superhéros sont traqués par le Gouvernement américain et sont obligés de signer un acte de recensement des justiciers (appelé Vigilante Registration Act (VRA) en VO)). Des superhéros qui doivent rendre des comptes au peuple américain qui doute de leurs intentions : voilà une définition du superhéros qui pèse sur leurs épaules depuis les débuts de la nouvelle vague des films de superhéros avec les X-Men et Spider-man mais aussi dans les séries et qui prend surtout contexte dans une Amérique post-11 septembre à l'heure de l'administration Bush. Une époque où l'Amérique, pourtant symbole de fierté et de courage, a été attaquée sur son propre sol. Le pouvoir du Président a donc sérieusement été remis en cause, et écorné par la révélation de secrets politiques dans les journaux au sujet de cette attaque. L'image du superhéros au service de son pays a du ainsi faire face à celle prônée par le peuple américain. Deux visions du superhéros qui s'opposent dans une histoire majeure du comic book américain de ces dernières années, intitulée Civil War, et qui est à la base de toutes les storylines des films et séries de superhéros actuellement à l'écran.

 

 

 

Publié en 2007 en France sous la plume de l'auteur de Kick-ass, Civil war raconte l'affrontement entre Iron Man, qui souhaite maintenant recenser tous les superhéros américains et les intégrer au système, et Captain America, grand défenseur de l'idéal américain depuis les années 40. Si la cause d'Iron Man semble légitime pour contrôler définitivement cette déferlante de pouvoirs, ses moyens le sont moins, puisque dans une politique ultra sécuritaire qui fait écho à celle de Georges W. Bush, il décide d'enfermer les superhéros récalcitrants dans une prison numérotée 42 située dans une dimension infernale, et surtout emploie des ex criminels repentis pour traquer férocement ses opposants. 

 

Des superhéros traqués par l'Amérique qu'ils défendent
Un postulat de départ que l'on retrouve d'abord le long de la troisième saison de Heroes, diffusée entre 2008 et 2009. Nathan (Adrian Pasdar), le politicien capable de voler et qui tient à son image publique autant qu'Iron Man, passe un accord avec le Président des Etats Unis (pourtant sous les traits suggérés d'Obama) pour traquer les Heroes et les enfermer dans des camps dont les costumes orange rappellent furieusement ceux de Guantanamo. Les Heroes sont donc traités comme des terroristes et à l'instar d'un Nathan qui joue les Iron Man, son « frêre d'armes » Peter (Milo Ventimiglia) devient le leader des superhéros fugitifs. A la prison numérotée d'Iron Man, répond le Bâtiment 26 de Nathan où il enferme les Heroes dans des cellules capables de neutraliser leur pouvoir, comme Tracy (Ali Larter) qui se retrouve dans une prison chauffante pour empêcher son pouvoir réfrigérant. Et là où Iron Man engageait des criminels, Nathan se procure les services du toujours ambigu Noah Bennet (Jack Coleman), qui se retrouve à traquer sa propre fille, et surtout Emile Danko, alias le Chasseur (interprété par le charismatique Zeljko Ivanek), qui révèle les vraies intentions de cette politique en tuant froidement chaque Heroes.
Heroes, série créée par Tim Kring en 2006. Avec: Milo ventimiglia, Adrian pasdar, Hayden pannetière, Greg grunberg, Jack Coleman
Le crossover Civil War se finissait sur la mort de Captain America, sur les marches même du tribunal où il allait être jugé, montrant symboliquement que sa vision de l'Amérique ne pouvait plus vivre sous l'administration actuelle, et Heroes saison 3 lui emprunte cette fin. Au terme d'un combat avec Sylar (Zachary Quinto), grand méchant immortel de la série, Nathan perd la vie. Mais pour continuer à faire vivre un idéal américain, les Heroes s'obligent à commettre l'irréparable. Ils réussissent à manipuler le cerveau de Sylar pour lui faire croire qu'il est Nathan et qu'il doit continuer à diriger le pays. La série touche alors peut-être l'un de ses sommets avec cette fin qui présente des Heroes ambigus et qui mettent en avant une vision complètement dévoyée de la politique américaine puisque même si Nathan continue à survivre physiquement, il est complètement gangrené de l'intérieur par la personnalité de Sylar, à l'image d'une certaine vision de Bush avec sa politique américaine corrompue. L'un des arcs scénaristiques les plus intéressants pendant toute la première partie de la quatrième saison. Car avec le Mal en lui, cette illusion de la liberté peut-elle décemment survivre ?

Le super-héros post-Obama.

La dernière saison de Smallville suit aussi ce fil scénaristique des superhéros qui se combattent entre eux, mais cette fois ci sur un ton plus naïf et moral puisque la série reste diffusée sur une chaîne ciblant principalement les ados. Ici, le Gouvernement est frappé par un mal qui vient d'ailleurs, un mal insidieux qui les ronge et les font douter de leurs superhéros. Ce mal, causé par la découverte de l'Amérique de sa vulnérabilité depuis le 11 septembre, est ici extraterrestre et à un nom : Darkseid. Le bien nommé puisqu'il met en lumière le « côté sombre » du Gouvernement. Là aussi les superhéros les plus extrémistes dans leurs méthodes tels que Green Arrow (Justin Hartley) ou Aquaman (Alan Ritchson) sont considérés dès à présent comme des terroristes. Alors qu'une campagne anti-superhéros sévit à travers tout le pays, de plus en plus gagné par une certaine paranoïa, Aquaman est porté aux nues car il détruit de nombreuses plate-formes pétrolières. Mais Aquaman révèle que le Gouvernement cherche à étouffer une vérité à travers lui puisque ses plate-formes renferment des complexes souterrains pour neutraliser les superhéros. Ces complexes sont d'ailleurs dirigés d'une main de fer par le Général Slade Wilson (Michael Hogan), futur Deathstroke dans la BD, gagné par la folie de Darkseid, et donc une certaine idée de la politique américaine dévoyée. Aquaman révèle d'ailleurs dans ce même épisode qu'il n'est plus seul, mais que sa femme Mera (la sculpturale Elena Satine) combat maintenant à ses côtés.  
Smallville - Saison 10. Série créée par Alfred Gough et Miles Millar avec Tom Welling, Erica Durance, Justin Hartley.
Tout cela montre bien que dans ce contexte où l'Amérique est mise à mal, les défenseurs de ses idéaux doivent se rassembler. Si cet arc scénaristique est abordé dans la dernière saison, c'est bien pour montrer que Clark Kent (Tom Welling) doit définitivement devenir le grand superhéros qu'il est censé être, s'élever au dessus tous ses acolytes pour incarner un renouveau de l'idéal américain. Après une période de superhéros dépressifs, les films et les séries du genre cherchent à montrer le réveil d'un espoir dans une Amérique maintenant incarnée par Obama. Ce n'est pas un hasard si Captain America vient justement de ressusciter dans les comics et qu'après des années de séries noires sur les superhéros, les éditeurs DC et Marvel cherchent à revenir à un ton plus lumineux dans leurs publications, dans des sagas appelés Brighest Day ou Heroic Age.
Et même si l'on peut remettre en cause la longévité d'une série comme Smallville, montrer la naissance de Superman en parallèle d'une Amérique qui a élu Obama lors de ses dernières éléctions, se révèle un choix totalement pertinent ! 

 



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