A l'origine, il y a The Colorado Kid, un court roman de Stephen King publié en 2005 et où le Maître de l'horreur s'amusait avec une enquête singulière et des histoires mystérieuses. Cinq ans après, SyFy Universal décide d'adapter l'ouvrage pour télévision avec l'auteur pour parrain surnaturel. Avec une partie de l'équipe créative de Dead Zone aux commandes, Haven pourrait s'imposer comme la surprise fantastique de l'année. Et avec un trio d'acteurs comme Emily Rose, Eric Balfour et Lucas Bryant, la série fantastique vaut forcément le détour...
La diffusion de Haven débute aujourd'hui sur SyFy à raison de deux épisodes par semaine.
Connaissiez-vous le livre de Stephen King avant de vous engager sur la série ?
Lucas Bryant) Pas avant de commencer la série. Bien entendu, je l'ai fait par la suite. Il s'agit d'une petite histoire assez étrange. Le livre pose beaucoup plus de questions qu'il n'apporte de réponses. The Colorado Kid est centré sur une enquête et ressemble à une conversation. La réponse est toujours la même : "On ne sait pas exactement". L'enquêteur lui répond : ""Comment ça, vous ne savez pas ? Pourquoi était-il ici et comment est-il mort ?". Son interlocateur lui donne la même réponse. Et tout d'un coup, le livre se termine ! Quoi ??? Et Stephen King ajoute à la dernière page : "Je suis désolé si certains d'entre vous sont fâchés. Je voulais simplement poser une question à propos de poser des questions"...
Emily Rose) Je l'ai jeté à travers la pièce ! J'étais tellement frustrée. Je me suis dit : "Est-ce que j'ai loupé quelque chose ? Je me prépare actuellement pour ce rôle et je... Mais qu'est-ce qu'on est donc en train de faire ?". L'intention de Stephen King était de nous révéler que les mystères peuvent être énervants. C'est bien joué de sa part !
Lucas Bryant) Ce petit livre est vraiment frustrant... Les bases de la série y sont néanmoins posés, en même temps que les nombreuses questions. Je pense que de nombreux téléspectateurs se sont eux aussi interrogés sur cette adaptation. Haven pose beaucoup de questions qui sont accompagnées de sous-couches mystérieuses invitant à d'autres questions. Nous ne sommes pas exclusivement frustrants. Nous apportons aussi quelques satisfactions. L'univers de Haven est fait comme ça... Nous non plus, nous n'avons pas toutes réponses...
Comment êtes-vous arrivés sur le projet ?
Eric Balfour) L'un des producteurs délégués fait partie de mes meilleurs amis. Nous parlions ensemble d'un autre projet et il m'a finalement proposé Haven. Après des négociations, je me suis retrouvé dans cette étrange petite ville, dans un coin du monde où je n'étais jamais allé avant.
Emily Rose) J'aimerais ajouter qu'un peu avant, lorsqu'on se demandait qui pourrait incarner Duke, et qu'on m'a dit qu'Eric Balfout était l'un des choix les plus probables, j'ai tout de suite pensé : "Oui". Je ne suis pas en train de dire que tu es le personnage, mais il te correspond parfaitement. C'était un choix assez évident.
Eric Balfour) Tu peux le dire, ça ne me dérange pas. J'aime bien Duke. Il est sans doute l'un des personnages que je préfère dans toute ma carrière.
Lucas Bryant) Il vous dit ça simplement parce que dans la première version du script, il y avait une scène entre elle et lui où Duke était totalement nu. C'est à ce moment-là qu'elle s'est dit :
"Oui, c'est lui !".
Emily Rose) Mais comment fais-tu pour lire à ce point dans mes pensées ? Tout le monde a plus ou moins envie de jouer le méchant garçon de l'histoire, non ?
Eric Balfour) Absolument ! C'est toujours sympa de jouer celui qui brise les règles, qui fait uniquement ce dont il a envie... Tout en ayant du coeur. C'est un personnage en trois dimensions. Il peut être très égoïste et en même temps, être très attentionné vis-à-vis des autres. Il a plusieurs facettes et c'est toujours quelque chose d'intéressant à jouer.
Avez-vous pu modeler certaines de ces facettes en vous détachant de la caractérisation initiale du personnage ?
Emily Rose) Oui et non. On ne nous dévoile que d'infimes parties du puzzle. Je ne suis pas au courant de tout ce qu'on a dit aux garçons. Et inversement. Parfois, Eric me dit : "Hum... Vraiment ? Parce qu'ils m'ont raconté ça"...
Eric Balfour) On ne me dévoile rien du tout. J'invente au fur et à mesure (rires). Aucune de mes sources n'est fiable de toute façon. En revanche, tout ce que porte Duke, c'est moi qui l'ai décidé !
Emily Rose) Inévitablement, un acteur ressent des choses... Parfois, j'aimerais emmener Audrey dans d'autres directions mais la production n'est pas d'accord. C'est un peu du
"donnant-donnant".
Les trois personnages apparaissent plutôt décontractés alors qu'autour d'eux, les phénomènes paranormaux s'enchainent... Comment expliquez-vous cette sérénité ?
Eric Balfour) Ce n'est pas un secret dans cette ville. Les habitants ne savaient pas que les perturbations allaient revenir mais tous ont déjà vu certaines choses. Prenez le personnage que joue Lucas : il vit avec ça tous les jours. De mon côté, j'ai grandi là-bas. Sur place, Audrey est la seule personne à n'avoir jamais fait l'expérience de toutes ces bizarreries. Je pense
qu'on vit ces situations avec réalisme. Nous avons tous été terrifiés par l'obscurité à un moment ou à un autre. Même devant les films, on a envie de crier aux personnages de ne pas aller dans le noir ! Dans la vie réelle, si vous entendez un bruit suspect dans votre maison, vous y allez et vous regardez ce qui se passe. Du coup, on essaie de ne pas aller là où vont justement la majorité des productions de science-fiction ou fantastiques : une surexposition de l'étrange. Parfois, dans la réalité, vous vous dites simplement : "Ok... C'est comme ça et puis c'est tout". Je crois d'ailleurs que c'est ce qui rend la série agréable. Elle part d'évènements extrêmement fantastiques et y apporte une saveur réaliste.
Emily Rose) C'est vraiment un point crucial de la série. Audrey étant étrangère à la ville, les gens se posent encore davantage de questions sur l'absence d'effroi de sa part. De mon point de vue d'actrice, rien qu'en termes de recherches ou de compréhension du personnage, elle doit pouvoir aller de l'avant. Si elle avait peur au moindre mouvement, elle ne ferait pas partie du FBI... Nous n'aurions même pas eu d'histoire à raconter (rires). Ce trait de caractère relève donc plus du mécanisme avec lequel elle affronte et gère les choses.
Eric Balfour) Comme on dit : "Une fois toutes les explications rationnelles écartées, l'impossible - aussi improbable soit-il - peut être la réalité"...
Emily Rose) Avant d'interpréter Audrey, je faisais des recherches et les producteurs m'ont dit exactement la même chose. Sa personnalité est en grande partie basée sur cette phrase, sur cette idée. Ils voulaient non seulement qu'elle explore ces autres possibilités, mais également qu'elle les accepte. Elle est très ouverte au fait que l'impossible puisse être possible. Les habitants de Haven sont tous liés par les perturbations. La seule chose, c'est qu'ils n'en parlent jamais. Tout le monde est au courant, mais tous choisissent de s'enfermer. Ensuite, Audrey arrive en posant toutes ses questions mais personne n'accepte de lui répondre
ouvertement.
Eric Balfour) C'est un peu comme au début du Loup-garou de Londres (John Landis, 1981, ndlr)... Tout le monde sait parfaitement ce qui se trame sur place. Ils disent simplement au héros qu'il doit partir. Haven est construit dans le même esprit...
Lucas Bryant) Leurs réactions suggèrent justement ce que nous ne pouvons pas comprendre.
Emily Rose) Audrey change rapidement la vie de plusieurs habitants et si elle voulait partir de la ville, beaucoup l'en empêcherait.
C'est même la première fois de sa vie qu'elle se fait des amis...
Emily Rose) Partout où elle allait, elle se sentait comme une étrangère. Dès qu'on s'adresse à elle, elle est soit mal à l'aise soit d'une grande sincérité.
Nathan est atteint d'une maladie qui fait qu'il ne peut ressentir ni douleur, ni tendresse. Seul le contact d'Audrey semble lui être perceptible...
Lucas Bryant) Quand Audrey arrive à Haven, cela fait un moment que Nathan n'a pas eu de relations intimes. Elle bouleverse immédiatement son quotidien. C'est à la fois inattendu et agréable. Il a besoin des nouvelles possibilités qu'elle représente.
Pourtant, je ne pense pas qu'il voulait qu'elle devienne sa petite amie. En plus il y a Duke ! Lui et moi sont autant amis que rivaux. Grâce à Audrey, nous allons nous retrouver, même si ce n'est pas toujours l'idéal.
Eric Balfour) C'est ça... Continue d'espérer !
Emily Rose) Quand elle arrive à Haven, Audrey a l'impression de trouver son âme soeur. Ce flic est aussi seul qu'elle et elle arrive toujours à trouver en lui cette petite étincelle. Je pense aussi qu'il représente une figue paternelle. Les connexions entre eux sont diverses et elle ne s'y attendait pas. Je n'ai aucune idée d'où tout cela va bien pouvoir nous mener...
Propos recueillis et traduits par Nicolas SCHIAVI

