XIII, la série succède à une première adaptation de la célèbre bande dessinée créée par Jean Van Hamme et William Vance en 1984. Il s'agissait d'une mini-série (deux épisodes d'une heure et demi) co-produit par la France et le Canada, diffusée sur NBC et Canal + en 2008. Les quelques modifications de cette nouvelle saison (Stephen Dorff, qui incarnait l'aventurier tatoué, est remplacé par Stuart Townsend ; EuropaCorp se joint à la production) ne dissimulent pas que ces treize nouveaux épisodes font directement suites aux deux premiers, et qu'on y retrouve les personnages là ou on les avait laissé à l'issu de La Conspiration, c'est à dire assez loin de la BD. Si la mini-série avait reçu le prix de la Meilleure adaptation littéraire de télévision au 9ème Forum international Cinéma & littérature de Monaco en mars 2010, Van Hamme s'étonnait à la même époque que la narration s'écarte autant de ce qu'il avait imaginé. Et pour cause, trente ans et un continent séparent l'œuvre originale de son adaptation, qui est au passage devenu, selon les dires mêmes de ses auteurs, une "réinterprétation".
On peut alors se demander ce qui diffère dans les deux versions, et surtout pourquoi des changements aussi important sont intervenus au cours de la production de la série.
Le mystère de l'adaptation
Quand commence XIII : La Conspiration, on s'étonne des légères différences entre la bande dessinée et la série, sans se douter qu'elles vont creuser un fossé considérable entre les deux au fur et à mesure de la progression de l'intrigue. On remarque ainsi d'abord que le président Sheridan assassiné est une femme, ou que notre héros se retrouve dans un arbre plutôt qu'échoué sur des récifs et l'on y trouve des explications, pas toujours à l'avantage de la série. Pour le premier point, les scénaristes expliquent qu'ils ont voulu moderniser le propos, et que la référence à l'assassinat de Kennedy de la bande dessinée serait maintenant obscure aux jeunes générations auxquelles leur version est destinée. Dommage, on perd dans cette suppression un élément central d'une œuvre qui se plait à explorer les figures mythologiques de l'Amérique du XXème siècle, du Ku Klux Klan aux maccarthysme . La série efface cet arrière fond, et perd en richesse thématique par peur de perdre ses spectateurs.


Ce changement de point de vu bouleverse l'intrigue au point que lorsque commence la nouvelle série, on à du mal à retrouver le travail de Van Hamme tant les bouleversement sont nombreux. L'histoire se focalise bien sur la recherche de l'identité du héros, mais on se retrouve avec un XIII affabulé d'un nouveau visage (toujours avec sa mèche blanche et son tatouage : la chirurgie esthétique à ses limites...), un général Carringthon président, un Wally Sheridan à la retraite, pas mal de personnages inédits et une intrigue qui n'a plus aucun rapport avec celle de la BD. Bref, en s'écartant que Jason Bourne, Duane Clarke s'est aussi écarté de XIII. La série, en ce sens, n'est plus vraiment à voir comme une adaptation, mais comme une variation sur des personnages de la bande dessinée, comme plongés dans un univers parallèle.
AmericaCorp
Si, sur le plan narratif, la série s'écarte de la bande dessiné, tout oppose les deux œuvres sur le plan stylistique. Aux dessins réalistes et aux cadrages sobres de Wiliam Vance, la série préfère une mise en scène tape à l'œil et bourrée d'effets de caméra qui passe son temps à user des ralentis, accélérés, zooms, le tout à coup de grand effets sonores. Bref, au classicisme de Vance, l'adaptation préfère une modernité tout droit issue de 24 Heures chrono, dont elle mime un peu pauvrement les effets. Cette ambiance très high-tech contraste totalement avec l'atmosphère de la BD, qui a un esprit bon enfant, quelque part entre James Bond et les films d'aventures avec Belmondo. Ce qui implique que là ou la série est très urbaine, la BD privilégie les petites bourgades américaines paumées, les territoires mornes, qui cachent de sinistres secrets familiaux...
Ces différences s'expliquent très simplement : la bande dessinée est une œuvre belge, qui revisite les mythes américains vus par et pour les européens, alors que la série est une production internationale. Ainsi, Vance avoue n'être jamais allé aux États-Unis pour dessiner XIII, et s'être inspiré par des tonnes de documentations. Cette vision fantasmée est de plus entièrement destinée à un public de culture française. Pour citer un exemple en milles, quand, dans le tome 7, la chasse aux sorcière est expliquée à XIII par un personnage - américain, donc -, il lui dit "qu'il s'agit de notre affaire Dreyfus à nous"... Inutile de dire que non seulement la référence ne parlerait pas à un américain, mais que personne sauf un français n'expliquerait le maccarthysme ainsi ! Au moins, en supprimant toutes les références historiques, la série ne prend pas de risque. Mais cela montre bien que par son ton ahistorique et son style stéréoïdé, c'est surtout le jeune spectateur américain qu'elle cherche à flatter .

On se demande alors pourquoi adapter la bande dessinée pour n'en garder que si peu. La réponse est simple : la création de Van Hamme et Vance est un véritable best-seller. Dès le tome 8 (en 1981), la série s'écoule à plus de 175 000 exemplaires par album, et des jeu-vidéos ont même été développés depuis la fin des années 90. Bref, le public français connait la franchise et le succès est d'emblée assuré de ce côté-ci de l'Atlantique grâce à la popularité de la "marque". D'autre part, l'ancrage dans la culture américaine permet de concocter une histoire qui parle à tout le monde, à condition d'y gommer les références culturels, comme on vient de le voir. Ce traitement assure la confiance des producteurs canadiens, ainsi qu'une diffusion en Amérique.

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L'histoire : Après avoir perdu la mémoire et son identité, XIII a perdu sa liberté. Malgré son action héroïque pour sauver son pays du complot qui le menaçait, i[…]
