Papa, maman et fiston sont dans une voiture. Papa demande à maman de mettre de la crème parce que le soleil tape fort, maman ronchonne et fiston grogne qu’il en a marre de leurs jérémiades. Papa dit : « tu verras quand t’auras des gosses ». Fiston répond : « C’est ca j’en aurai jamais » et maman est outrée : « retire ça tout de suite, t’as intérêt à me faire des petits enfants ! ». Une après midi qui respire la joie de vivre familiale typiquement italienne pendant une petite virée à Staten Island dans l’Etat de New York. Papa, ayant besoin de rendre visite à un ami, demande au reste de la famille de l’attendre deux minutes. Le monsieur monte voir son pote et, après avoir échangé quelques bons mots à travers la porte, sort son calibre et tente de l’abattre tandis que celui-ci, cherchant à fuir, se retrouve quelques étages plus bas écrasé sur le capot du véhicule familial.
Une bonne petite introduction des familles, entre humour paisible et violence aussi décalée que tragique, qui donne directement le ton de la nouvelle série des USA,
In Plain Sight. Mary Shannon est un marshal américain donc le travail consiste à relocaliser des témoins à hauts risques pris en charge par l’agence de protection pour laquelle elle travaille (la WITSEC). Certains sont de dangereux criminels, d’autres de parfaits innocents. Tous ont en commun d’avoir été témoins d’un crime qu’ils n’auraient pas dû voir et ont quelqu’un à leurs trousses. Bien évidemment, le travail de Mary est de faire que cela n’arrive jamais (bien que, comme le souligne le titre de la série, les témoins soient finalement cachés « en plein jour »). Au delà de ce pitch accrocheur mais somme toute banal, la série arrive à l’écran à se distinguer par une personnalité qui semble être le propre de la chaîne tandis que dès les premières secondes du générique, on pense tout de suite à
Burn Notice, l’autre série évènement de la chaîne qui avait fait grand bruit lors de sa première saison l’année passée.
Mis à part le réalisateur Mark Piznarski qui a déjà travaillé sur
NYPD Blues, (mais également sur Veronica Mars dont on retrouve ici certains relents narratifs), tant les producteurs (entre autres Constance M. Burg, créatrice, productrice et scénariste de Charmed, David Maples ayant travaillé sur l’excellente
Huff) que les scénaristes (Maples encore, et Jessica Butler,
According to Jim) de cette nouvelle série abordent ici le genre policier avec un œil frais, plus habitué au drama et à la comédie. D’agréables travers qui ressortent en effet ici puisqu’à part un crime d’ouverture particulièrement atroce (une jeune fille et son petit ami sont retrouvés, portant des marques de torture), la série porte surtout la marque d’un personnage principal irrévérencieux et particulièrement attachant.
Mary, incarnée par une Mary McMormack (
Murder One, A la Maison Blanche) qui donne toute sa substance au rôle, est en effet peu soucieuse de ce que peut lui raconter son supérieur (incarné par Paul Ben-Victor toujours en forme depuis
Invisible Man), le laissant parler à travers son portable au vent circulant à l’extérieur de son véhicule vrombissant, et ne prend le temps de s’occuper de son entourage que lorsque son travail le lui permet (c'est-à-dire le temps de dire bonjour et d’avoir une partie de jambes en l’air torride avec son petit ami de passage). Un travail qui la vampirise et qu’elle a appris à prendre à bras le corps, n’hésitant pas à se faire passer pour une gamine de 16 ans et simuler un orgasme au téléphone (décidément un objet bien pratique) afin de dénicher un potentiel suspect, ou questionnant dans les toilettes des hommes un autre suspect qui se tord de douleur après avoir fait des avances à la belle la nouille à l’air.
Jamais dégonflée ou à cours de gros mots, Mary occupe pratiquement tout le temps d’antenne et se pose comme LE personnage de ce pilote qui, sur une durée de près d’une heure et quart, compte tout de même son lot d’informations afin de bien poser les bases d’une série qui s’annonce passionnante. On découvre ainsi un partenaire très mauvais comédien et incapable de fournir une prestation solide afin que sa collègue joue la comédie jusqu’au bout, mais connaissant celle-ci sur le bout des doigts, anticipant chacune de ses réaction quand il ne les calque pas (et le chef de parler encore dans le vide), une vie de famille pas facile à suivre, entre une mère qui pardonne tout à une seconde fille enfant gâtée à la fois chiante et geignarde, un flic local qui va vite apprendre à qui il a affaire et surtout une galerie de témoins à protéger très variée (entre le magouilleur de première et l’immigrée russe qui veut se faire refaire les seins).
Quant aux enquêtes, elles sont pour l’instant, à la fois complexes (beaucoup de rencontres, de témoins, de pistes à double sens) mais pourtant particulièrement limpides et faciles à suivre, grâce à des séquences clés simples et mémorables. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé et offre à ce pilote un accueil des plus chaleureux tandis que près de 5,3 millions de téléspectateurs ont assisté aux débuts de cette nouvelle série de l’été. Un score record qui représente 32 pourcents de plus que celui de
Burn Notice l’année dernière et qui détrône même le record détenu par les débuts de la série Les 4400. Un show aguicheur à suivre de près, donc, servi par des personnages rapidement identifiables sans être pourtant trop stéréotypés. Une manière idéale de finir la semaine, la série étant diffusée chaque dimanche soir sur USA Network.