C'est l'été, et comme nous, nos séries préférées prennent des vacances. L'occasion d'examiner d'un peu plus près les "season finales."

Par Bénédicte LELONG - publié le 23 juin 2011 à 10h25
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Le mois de juin touche à sa fin et sonne, comme chaque année, le glas du tant redouté hiatus estival. Une pause télévisuelle faite d'incertitudes, de questionnements et d'hypothèses en tous genres. Si pour beaucoup l'été est toujours synonyme de grandes vacances, de soleil et de farniente, pour une poignée de téléphiles irréductibles il marque avant tout la fin momentanée d'une partie de leurs séries préférées.

 

 Californication_season 4 finale


En tout, plus d'une quinzaine de "season finales" (prononcer [sizeun finaliz]) ont eu lieu entre le 16 et le 20 mai dernier sur les écrans US. Il n'est alors pas rare, suite à une telle hécatombe, d'accuser les scénaristes de jouer avec nos émotions, de nous manipuler et de nous trahir, en reconnaissant toutefois leur talent, celui de savoir doser avec un brio certain le flux d'informations nous parvenant lors de ces derniers épisodes clés. Ah, si seulement il nous suffisait d'attraper nos télécommandes et de faire une avance rapide... cap sur le mois de septembre, plein d'espoir avec ses nouvelles saisons, ses nouveaux départs, et surtout ses réponses.

Qu'elles comportent 8, 10, 13 ou 22 épisodes, quand nos séries font un break c'est l'annonce, pour tous les junkies de la télé que nous sommes, de plusieurs longs mois de manque. Une torture insoutenable et un sevrage non consenti s'accompagnant très souvent des symptômes suivants: extrême agitation, désespoir profond, sentiments de vide et d'impuissance pouvant même aller jusqu'à la rage.

 

 Les Experts_season 7 finale

 

Comment ne pas être enragé en voyant en effet s'afficher à l'écran ces quelques mots annonçant par exemple la fin d'une énième saison de la série Les Experts: "à suivre..." ("to be continued..." en V.O.)? Les trois points de suspension qui les accompagnent parfois ne font que confirmer l'impression d'inachèvement qui nous envahit alors, tel un gros coup de massue.

Les "season finales", c'est Noël à la puissance 5, 10 ou même 30 (pour les plus accros d'entre nous et quand l'emploi du temps le permet). L'excitation est à son comble, à tel point que lorsque le Jour J arrive enfin, des hordes de fidèles téléspectateurs attendent religieusement leur récompense: un dénouement. Or il s'avère qu'assister à une "season finale" c'est comme de découvrir avec horreur le matin de Noël plusieurs paquets vides au pied du sapin. Accélération du rythme cardiaque, sueurs froides, "fade to black", écran noir. La suite au prochain épisode.

LOST_season 1 finale

Le bouquet final tant attendu prend souvent des allures de prise d'otage, orchestrée par nul autre que "The Powers That Be" (couramment abrégé "TPTB"), surnom donné à l'autorité télévisuelle suprême regroupant créateurs, scénaristes, producteurs et chaînes et qui, on le soupçonne, auraient à eux seuls plus d'influence et de pouvoir que Dieu, les Francs Maçons, l'Armée et le Président des Etats-Unis réunis.

Comme l'avait si bien exprimé Winston Churchill en 1942, "Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement." En d'autres termes, les saisons sont autant de phrases inachevées, se terminant par un énorme point... d'interrogation. Autant d'histoires sans fins et de successions de non-fins. Un procédé certes frustrant, mais bel et bien nécessaire dans une industrie où les taux d'audience sont rois.

Rizzoli & Isles_season 1 finale

Fin de série: ce n'est qu'un au revoir!

Les voies d'Hollywood sont tout sauf impénétrables. Première règle d'or en effet (l'évangile selon Sainte Claire, patronne céleste de la télévision): éviter toute résolution prématurée. Pourquoi résoudre aujourd'hui ce que l'on pourrait résoudre après demain? Tous les moyens sont donc bons pour donner aux téléspectateurs l'envie, qui dans bien des cas se transforme en besoin vital, de revenir la saison suivante pour assister à la suite des aventures de leurs personnages préférés.

NCIS: Enquêtes spéciales nous avait servi une fin des plus choquantes dans les toutes dernières secondes de l'épisode final de sa deuxième saison, lorsque Kate s'était prise une balle en pleine tête. Sa fin tragique ne sera confirmée que 4 mois plus tard, mettant un terme à l'agonie de milliers de fans. Au même titre, le meurtre de Rita dans Dexter (saison 4), aura lui aussi quelques années plus tard l'effet d'une grosse bombe.

 NCIS_season 2 finale


Si les "season finales" nous laissent en général sur notre faim, les "series finales" marquant l'arrêt définitif d'une série, ne sont pas toujours plus satisfaisantes, nous empêchant de tourner la page. Les Soprano, fameuse saga familiale signée David Chase restera ainsi à jamais dans les annales avec son épilogue en forme de point d'interrogation: qu'est-il advenu de Tony Soprano? Exception faîte à la règle, Six Feet Under, qui à grand renfort de flashforwards nous avait en 2005 permis d'assister au décès de chacun des personnages principaux. La boucle était bouclée.

Pour beaucoup incomprises, les "season finales" sont passées maîtres dans l'art de la déception. Visuellement parlant, elles se doivent de finir en beauté et de couper le souffle, d'où l'intérêt d'un dernier plan choc. Entre les sites officiels, les réseaux sociaux et les blogs, tout est fait pour créer le "buzz", un battage publicitaire outrancier s'organise autour de ces épisodes qui s'avèrent être presque aussi importants (si ce n'est plus) que les épisodes pilotes. Au menu: "sneak peeks" à répétition, "previews" par dizaines et photos promotionnelles à gogo. Gare aux spoilers!

 

BONES_season 6 finale 


On sort le grand jeu mais au final, tout n'est que feintes et faux-semblants. Il est par conséquent impératif de ne jamais se fier aux apparences et de se méfier comme de la peste des soi-disants "happy" endings (Dr House, saison 6). En tête des non-fins préférées de nos chers scénaristes, on retrouve l'incertitude quant au destin d'un personnage clé (Californication saison 4, Les Experts: Miami saison 9, Rizzoli & Isles saison 1, The Killing saison 1), l'élément de surprise (The Big Bang Theory saison 4, Bones saison 6), le triangle amoureux (The Vampire Diaries saison 2) ou encore la catastrophe (Grey's Anatomy saison 6).

 

Autre règle d'or, ne pas hésiter à sortir l'artillerie lourde. Comme en témoigne d'ailleurs l'hallucination comateuse de notre bon Dr House lors du 16ème épisode de la saison 4, qui à lui seul sera parvenu à sauver les meubles en mettant un terme à une saison écourtée plutôt médiocre, qui avait comme beaucoup d'autres souffert de la grève des scénaristes. Et si la "season finale" prend des allures de méga production hollywoodienne... tant mieux! Ainsi lorsque Quentin Tarantino s'invite et prend les commandes de la réalisation de ce fameux dernier épisode, on lui déroule le tapis rouge, comme l'avaient fait Les Experts en 2005.

 

dr house - season 4 finale 


Choquantes, divertissantes ou décevantes, chaque année les "season finales" ne manquent pas de faire parler d'elles, et chaque année, le constat est le même: ces satanés scénaristes ont plus d'un tour dans leur poche!


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