En ce moment a lieu près de Paris au Parc des Expositions, la fameuse et presque rituelle convention Japan Expo, cette année encore accompagnée de digressions amusantes (une Porte des étoile trône tout en haut du grand hall d’exposants, les associations de belotte et de fans de lego Star Wars y ont leurs quartiers…). Rituelle parce que l’évènement est devenu presque la Mecque annuelle de tous les amateurs et amoureux de Mangas, d’Anime et de sous culture fraîche et salvatrice. Et malgré les critiques hautaines de certains passagers du RER, gloussant de leur obscurantisme devant trois adolescents grimés en personnages de
Naruto, rien ne pouvait gâcher cette journée, placée sous le signe du cosplay, de la découverte et de l’ouverture à une culture encore considérée comme geek (ou plutôt comme une culture d’otake, son cousin asiatique).
Un rendez vous durant lequel nous avons, comme l’année précédente, bien évidemment rencontré nos chers amis de la série
NerdZ, sous la masse impressionnante de fans venus faire dédicacer en avant première les nouvelles aventures de Caroline, Jérôme, DArkAngel64 et Régis Robert. Une occasion en or pour nous de leur poser une question en rapport avec notre colonne habituelle du vendredi consacrée aux séries télé : Mais que regarde donc le geek ? A cette question bien difficile, Davy Mourier, interprète du fameux et ‘
Colorful’ Régis-Robert, répond du tac au tac : «
Battlestar Galactica, Battlestar Galactica, Battlestar Galactica ! ». En grand fan de
Star Trek, il était bien évident que le monsieur accrocherait tant à l’univers de Ronald D. Moore et David Eick. On espère d’ailleurs que dans la prochaine saison 3 de la série toujours diffusée sur No Life, un épisode sera consacré à l’univers de Gene Roddenberry, avec nos 4 protagonistes habillés en pyjamas à écusson.
Mais c'est surtout une autre série qui semble faire l’unanimité dans la partie masculine du groupe :
The IT Crowd de l’irlandais Graham Linehan (
Black Books, Father Ted), dont nous vous avions parlé à l’issue du festival de Monte Carlo où le désopilant Richard Ayode s’était vu décerner la nymphe d’or du meilleur acteur comique. « On était un peu dégoûtés parce qu’on a eu certaines idées en commun, notamment sur le coup de la police des Divx » nous confie Didier Richard (Jérôme dans la série). « D’un autre côté, c’était cool parce qu’on n’avait pas vu la série avant, et ils nous ont traités d’une autre manière ». Et la petite équipe d’aborder avec enthousiasme leurs coups de cœurs. Pour Davy, ce sera Arrested Development : « C’est génial, le rythme est hallucinant. C’est clairement une de mes séries préférées. Le côté acide des vannes… ». Une série dont, d’après lui, le seul défaut serait de ne pas être anglaise.
De son côté, Mr Poulpe (le peignoirisé DarkAngel64) a bien aimé
The Big Bang Theory, même si « trop américanisé à mon goût avec une culture de la Xbox qui n’existe pas en Europe ». Il partage aussi son goût pour la mini série
The Lost Room, avant d’être enthousiaste à l’évocation de
Chuck, une autre série de geek sortie cette année. Une mode qui a dépassé les ténors du genre. Cette année, « la saison 3 de
Prison Break était chiante », « La quatrième saison de Lost, particulièrement lente, même si je me suis pour le moment arrêté à la moitié » tandis que la seconde de Heroes était à son goût « pas terrible ». « A chier même » enchaîne Davy, qui trouve que Tim Kring n’aurait pas dû s’arrêter à des excuses concernant ce début de saison, mais les étendre au final de la saison précédente : « La saison un est géniale, mais le final, voilà j’ai tous les pouvoirs, hop ».
Didier fait quant à lui part du goût délicieusement déviant de l’équipe pour
Californication : « David Duchovny est génial, et les scènes de sexe (et de vomi rajoutera Davy) sont excellentes » partage t’il avec un engouement non dissimulé, avant de revenir sur un fait qui aura sans doute échappé à beaucoup : « Quand je me suis rematé le premier épisode, avec la scène où Duchovny se prend des patates, on se dit ‘mais je l’ai déjà vu quelque part cette nana!’. Et l’épisode suivant, au générique on voit ’Madeline Zima’ ! Woah ! La petite fille d’une Nounou d’enfer ! On a vu ses nichons ! (
Rires) ». Une déviance qui s’affirme alors que le monsieur ressort un lièvre auquel nous ne nous attentions pas :
La petite maison dans la prairie. « La série n’a pas été diffusée sur M6 depuis 3-4 ans, et ça vient de reprendre. Ca m’a permis de redécouvrir certains épisodes, j’étais trop content ». Une déviance qu’il n’est d'ailleurs pas le seul à partager : «Je les regarde sur Téva, personnellement » confie Davy. « La chaîne des filles ? » demande Maelys. « Ouais »répond Davy. « Mais mine de rien, y’a quand même pas mal de séries sur Téva ». C’est vrai qu’entre
Médium, The L Word, Chicago Hope, Charmed (pour les masos) et les éventuelles rediffusions de
Dharma et Greg (dont on attend toujours la suite en DVD), il y a de quoi faire. Et alors que Davy fait part de sa déception sur Reaper trouvant les premiers épisodes excellents mais la série lassante au final par son manque de renouvellement, Mr Poulpe compare la chose à un «
Buffy avec des couilles », et la discussion de s’axer alors sur Joss Whedon : « On achète tout avec Davy » dévoile Didier. « Qu’il s’agisse de la saison 8 en comics ou
Firefly... Tout ce qu’il fait on est preneur ».
Et Maelys dans tout ca me direz vous ? « Moi je ne connais que Twin Peaks, et la version anglaise de The Office. Ce sont les deux seules séries que j’ai regardé dans ma vie, et ce sont les deux seules séries que j’ai adoré » nous confie la belle. « J’ai conscience que c’est un peu contradictoire parce que j’aurais pu en conséquence regarder d’autres séries. J’aimerais en voir mais malheureusement je ne prends pas le temps de les regarder. J’ai vu quelques épisodes de Heroes et ça m’a découragée je crois ». (« C’est parce que tu n’y connais rien au monde des super héros » annonce Davy. « Heroes, c’est les super héros sans le super dans le titre »). N’empêche qu’on reconnaitra volontiers le bon goût de la demoiselle sur les deux œuvres sus-citées.
Et alors qu’on se rappelle, outré, de la sortie en jeu vidéo sur Nintendo DS de la série
Samantha, nous avons fini la discussion sur une petite question d’actualité : « Est-ce qu’il y a un avenir pour la fiction française, une éventuelle évolution permettant à celle-ci ne serait-ce que de taquiner des lointains cousins américains ? » La réponse est sans équivoque : Non. « Canal investit un peu, mais ca reste minable par rapport à l’étranger » nous confie Didier. Mr Poulpe continue : « Moi je n’y crois définitivement plus. Je ne sais pas où ils vont chercher leurs réals, s’ils vont toujours chercher ceux qui sortent de la FEMIS…. ». Mais Didier voit une autre lacune dans notre production nationale : « Je pense que c’est surtout un problème de scénario. Plusieurs fois, j’ai lu les interviews de scénaristes français qui se sentent brimés parce que pour des productions genre
Navarro, il ne faut pas parler de drogue ou de pédophilie parce que cela fait fuir la ménagère de moins de cinquante ans, et du coup, on se retrouve toujours avec des sujets bidons où il ne se passe rien, et la plupart des séries françaises c’est ça. Il ne se passe rien parce qu’il ne faut pas faire fuir la ménagère».
Tout le contraire de
NerdZ, donc, dont les auteurs concèdent que leur série s’adresse principalement à un public de moins de 30 ans, mais qui s’étonnent de voir que même les plus jeunes y accrochent (« Un gamin trop mignon habillé en Régis-Robert nous a suivis dans la convention toute la journée et copiait à la perfection les mimiques du personnage ! »), tandis que certains de leurs fans sont plus atypiques. « Alors qu’on préparait un tournage, on est tombé sur une tenancière de Bar PMU qui nous fait ‘Hééé j’vous connais vous, j’vous matte tous les dimanches sur Daily Motion, vous me faites trop marrer !’» et d’expliquer à sa clientèle de 60 ans que ces
NerdZ « sont des jeunes qui font les cons sur Internet ». « Le seul truc qui fait chier » terminera Davy, « C’est que les gens croient qu’on est une série Daily Motion. Ca devrait s’arranger l’année prochaine avec notre partenariat sur Wat, des gens très bien ». « Notamment Cyril Arthur, un gars vraiment bien » gueule Mr Poulpe à l’adresse du monsieur, innocemment impliqué dans une autre discussion à quelques pas, et se demandant qui l’interpelle. On ne sait pas si la fiction française a encore un avenir à moins d’une révolution des habitudes des consommateurs (et surtout des producteurs), mais une chose est sure, il fait bon sortir des sentiers battus, et les
NerdZ sont là pour ça. Ca fait plaisir.