Par L’œil - publié le 27 juin 2008 à 09h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h50 - 0 commentaire(s)
Ce n’est un secret pour personne, depuis l’avènement du DVD, les éditeurs (qu’il s‘agisse d’éditeurs de films ou de séries) n’ont cessé de jouer une grande partie de leurs campagnes publicitaires sur le contenu supplémentaire qui accompagne l’œuvre proposée sur les galettes argentées. Making of, commentaires audio, interviews, analyses, tout un panel de featurettes qui ont fini par générer de nouvelles habitudes de consommation, tandis que désormais une partie non négligeable du public voit dans l’éventuelle présence de tels suppléments, une excuse pour acheter l’œuvre désirée ou attendre une prochaine édition potentiellement plus fournie. Il est ainsi devenu très frustrant pour beaucoup, et surtout quand on compare les éditions de différents pays, de constater que certains programmes sont édités sans aucune valeur ajoutée. Des éditions qui sont désormais considérés comme du « foutage de gueule » par les aficionados qui leur préfèreront parfois l’import (outre Atlantique ou Outre manche suivant le produit) ou l’attente forcenée et le boycott.



Mais depuis quelques années, une autre forme de suppléments vient accompagner non plus l’édition home vidéo des séries télé, puisque c’est ici de cela qu’il s’agit, mais carrément la diffusion de ces séries sur les chaînes télévisées. Alors que le quidam féru d’expérimentation et d’expression trouva dans la démocratisation de la toile informatique mondiale un formidable moyen d’exposer ses œuvres aux yeux de tous (et les différents reportages, films de moins en moins amateurs et autres digressions faites avec la caméra de papa ou celle payée à la sueur de son front d’apparaître à foison au point de noyer sous la masse le potentiel spectateur), les studios, fiers du développement de cette plateforme promotionnelle, et après les flyers informatiques que sont devenus les portails et autres sites dédiés, se sont tout d’abord mis à diffuser les bandes annonces de leurs programmes, jusqu’au jour où, à la croisée des chemins entre le bonus et l’interactivité publicitaire, la mise en place de mini épisodes spécialement dédiés au Net s’imposa comme une évidence.



A son origine financé par la publicité affichée sur les pages de diffusion à l’époque où la bande passante ne permettait d’apprécier que quelques rares minutes de programmes après un chargement dépassant souvent l’heure, le programme internet est rapidement devenu lui-même objet de promotion, au point d’être finalement considéré comme une publicité créée à bas prix par les studios. Un point qui fit d’ailleurs longuement débat pendant la récente grève des scénaristes, ces derniers se voyant contraints de préparer nombre de mini sketches sans être rémunérés puisque tombant sous la coupe de l’accord publicitaire signé en liaison avec la série principale à laquelle ils étaient rattachés, au même titre que les making of ou les interviews promotionnelles. Mais outre cet aspect économique aujourd’hui réglé, on imagine bien que l’effort fourni en vaut bien la chandelle tandis que le public est rapidement devenu très friand de ces protubérances numériques.


Nombreuses furent ainsi ces dernières années les séries qui, lors de leur générique de fin d’épisode, commencèrent à inviter les spectateurs à aller visiter le site de la série afin de prolonger l’expérience et ainsi de s’impliquer ludiquement dans l’aventure proposée. De bêtisiers scénarisés et autres scènes coupées, cette expérience s’est transformée en épisodes supplémentaires à usages multiples. Là où Enquêteur Malgré Lui proposait à ses spectateurs les digressions jouissives de ses interprètes principaux, trublions de premier ordre n’hésitant jamais à sauter sur la moindre occasion de partir dans un délire incontrôlé inexploitable pour l’épisode, mais dont il serait dommage de priver les fans, des séries comme Rescue Me et The Office, pour ne citer que les plus récentes, ont fini par proposer des mini-sketches à suite, mettant en scène les personnages dans des situations créées dans l’esprit du show. Rescue Me voyait ainsi toute l’équipe de la fameuse caserne New Yorkaise prise de panique en croyant celle-ci envahie par un fauve quelconque échappé d’un Zoo (alors qu’il s’agissait ni plus ni moins que d’un brave toutou), alors que les employés de la branche de Scranton de l’entreprise de papier Dunder Mifflin s’évertuaient à mener une enquête interne délirante afin de découvrir qui avait volé une petite somme d’argent.



Mieux, Ghost Whisperer et Eureka ont tous deux proposé un épisode inédit allant de 20 minutes à la demi heure, et proposant au choix une autre façade de leur univers (The Other Side déjà à sa seconde édition pour Ghost Whisperer) ou une aventure complète reprenant les même personnages , le tout étant découpé en mini segments de deux à trois minutes chacun, présentés sur le site à intervalles réguliers. Et alors que le supplément web des Griffin s’imposait comme une sorte de talk show animé par les personnages de Stewie et Brian (Le bébé qui rêve de tuer sa mère et le chien intelligent), l’équipe de Battlestar Galactica, s’est quant à elle carrément servie du format pour introduire toute une partie de son histoire et de sa mythologie. On a ainsi pu, entre les saisons 2 et 3 de la série, découvrir tout un pan de l’occupation cylon sur New Caprica, ainsi que la montée de l’effort de résistance humain. Une minisérie de 10 épisodes qui permit de mettre en perspective les évènements tragiques de cette période noire de la série, et de donner une autre profondeur à certains évènements à peine abordés dans les épisodes réguliers. La série renouvela d’ailleurs l’entreprise à l’occasion du téléfilm Razor, proposant sur le site de la chaine américaine Sci-Fi un flashback dépeignant une étape de la mutation des robotiques cylon en créatures de chair et de sang. Un flashback qui sera ensuite inséré dans la version longue du téléfilm lors de son édition DVD.



Un format loin, donc, de devenir un simple bonus superflu, mais plutôt un véritable accompagnement de l’expérience télévisuelle, présenté sous diverses formes : épisodes découpés, partage de l’aventure substantielle, ou même tout simplement introduction curieuse, comme ces Tardisodes de 60 secondes produits par la BBC et destinés à introduire chaque épisode de la troisième saison de la série anglaise Doctor Who. Et alors que cette année marque le passage de certaines séries produites sur le net et devenant des programmes télévisés à part entière (une expérience cependant peu concluante pour la minimaliste Quarterlife, qu’on espère transformée pour la future série Sanctuary avec Amanda Tapping (Stargate SG-1) et Emilie Ullerup (Battlestar Galactica, JPod)), on devrait dès cet été avoir droit, en plus de la nouvelle fournée de Rescue me à une minisérie consacrée au hit de la NBC Heroes, tandis que le projet Heroes : Origins , initialement prévu comme un véritable spin off de la série de Tim Kring, devrait trouver sa seconde vie dans ce format dès ce mois de Juillet. A l’avenir, voilà un format qu’on aimerait donc voir se développer (et accessoirement atterrir également sur nos galettes préférées), et il est bien évidemment plus que probable que notre souhait soit rapidement exaucé, tandis que l’industrie de la fiction télévisuelle comprend de plus en plus qu’un jour, l’ordinateur remplacera les chaînes de télé.


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