Par définition, un cliffhanger est une méthode narrative visant à accrocher violemment son spectateur. A grands coups de révélations et de moments critiques, l'épisode se termine en plein milieu d'une action qui ne sera résolue que dans le suivant. Pour l'image, un cliffhanger se traduirait par « accroché à une falaise » ou comment laisser un personnage dans une situation périlleuse qui donnera forcément envie au spectateur de regarder l'épisode suivant. Ce terme, initialement réservé à des romans fantastiques publiés chaque semaine, a d'abord contaminé le grand écran avant de toucher les séries télévisées. Mais l'idée reste toujours la même : fidéliser un public précieux qui a un choix énorme lorsqu'il allume sa télévision.
Un argument économique qui culmine avec les fins de saisons, constamment écrites sur ce mode opératoire pour faire patienter pendant de longs mois des spectateurs qui ne doivent en aucun cas oublier que leurs héros préférés existent encore. Des séries comme Alias et Lost en sont de parfaits exemples puisqu'elles s'évertuent à créer une addiction. La première, en décalant ses différents actes d'un épisode à un autre - la résolution de l'épisode 3 sert d'ouverture à l'épisode 4, qui ne trouvera sa solution qu'en début d'épisode 5, etc. - et en fermant chaque saison par une révélation d'une importance capitale - « Maman ? » « Tu as disparue depuis 2 ans » « Mon nom n'est pas Michael Vaughn » - qui ne manquera pas de triturer les cerveaux des fans tout en alimentant les explications les plus folles. De son côté, Lost passe à la vitesse supérieure en explosant littéralement sa propre mythologie à chaque nouvelle saison. La découverte de la trappe en fin de première saison restera un moment majeur d'une série qui n'a jamais cessé de se réinventer et qui depuis, a continué à déchaîner les fans à chaque fin de saison.
Et les exemples ne manquent pas. Les personnages qui meurent en fin de saison dans Newport Beach, le découpeur qui donne un premier coup de lame à Christian en fin de saison 2, Ross qui rentre dans une chambre pour rejoindre Rachel et une jolie blonde chauve dans Friends, la révélation des quatre cylons dans la conclusion de la troisième saison de Battlestar Galactica, la « mort » des trois sœurs dans Charmed, et même J.R qui se fait tirer dessus dans le dernier épisode de la saison 3 de Dallas, laissant le doute quant à l'identité de l'assassin.
Quelques autres séries suivent un chemin parallèle aux cliffhangers. True Blood par exemple, racontée comme une longue histoire, sans interruption autre que le format carré d'un épisode. Par conséquence, impossible - ou presque - de sentir une quelconque pause dans les scénarios qui se suivent presque à la seconde près. Une volonté de la part d'Alan Ball de respecter ce qui l'avait marqué dans les romans de Charlaine Harris.
Dans les séries comiques, l'intérêt des cliffhangers est presque absent. Le public étant davantage attaché aux personnages qu'aux histoires - souvent simples - ils font figure de réflexe scénaristique. Rappelons-nous de Friends qui terminait ses saisons sur une scène forte - Ross et Rachel sortent bourrés et mariés d'une chapelle à Las Vegas, Rachel est enceinte, Monica accepte d'épouser Chandler. Certes, ces moments sont indéniablement restés gravés dans la mémoire des fans mais n'avaient pas réellement comme objectif celui de séries comme Lost. De son côté, la britannique The IT Crowd est particulièrement originale puisque son cliffhanger de saison 1 - Jen se réveille aux côtés de Roy - ne sera tout simplement pas repris dans sa seconde saison. Interrogé sur la deuxième saison à l'époque, Chris O'Dowd répondait « En fait ça aiderait si vous n'aviez pas vu le dernier épisode ! Je pense que c'est la meilleure solution. On a décidé en écrivant les épisodes suivants qu'on ne voulait en aucun cas tomber dans le « A suivre... ». Ca ne nous plaisait pas et on ne voulait pas s'embêter avec ça. ». Citons également ces séries qui ne verront jamais de dénouement après une annulation prématurée, laissant les fans dans l'attente interminable de réponses. Là où Joss Whedon a eu le temps de donner une vraie - ou presque - conclusion à sa Dollhouse, Charlie Jade, Jericho, Threshold, ou encore Pushing Daisies ont été moins chanceuses.
Mais comme toutes les bonnes choses, il ne faut pas en abuser. S'ils sont devenus presque normaux, ces cliffhangers sont parfois de mauvais prétextes commerciaux qui font plus l'effet d'un pétard mouillé qu'autre chose. Vides, superficiels voire carrément ratés, ils se résument parfois à de mauvaises façades sans rien derrière, simples prétextes pour conserver l'attention du public.
Le risque étant de construire un épisode, une saison, voire une série entière autour d'un principe narratif efficace mais limité, les cliffhangers demeurent un outil qui nécessite un vrai talent de scénariste...