Un serial killer attachant et beau comme un Dieu dans
Dexter, une mère de famille dealeuse de beuh, accro au Coke et aux Smoothies dans
Weeds, un écrivain souffrant d’un trop de plein de sincérité, d’une addiction au sexe et à l’alcool dans
Californication ou encore des chirurgiens acidifiés dans Nip/Tuck (…). Tous nous assènent une vérité : plus c’est
trash, plus ça marche. Depuis que JR dort en santiag, le phénomène et le succès de ces séries amorales rassurent les plus cyniques et révèlent la face cachée de l’humanité, vile et intéressée. Certes,
Dallas ne fait pas preuve du même piquant qu’un Nip/Tuck bien gratiné mais entre les 70’s et le XXIème siècle, la société est parée à de plus amples dérapages. JR est la figure du salaud par excellence, ce chaud lapin assoiffé de pouvoir est resté le chouchou des ménagères pendant 14 années de coucheries, de trahisons et de mensonges éhontés. «
Dallas, ton univers impitoya-a-ble… ». Des personnages qui luttent contre leur cupidité ou qui s’y vautrent la face la première, comment expliquer la fascination des téléspectateurs ? Remède aux frustrations quotidiennes ou échappatoire vers un monde désinhibé ? Sans tabou ni langue de bois, une planète où l’alcool peut enfin être festif, la drogue meilleure qu’une clope et le sexe, pratiqué toutes lumières allumées.

On a tous quelque chose en nous de… lubrique et de pervers, de voyeur et de malsain. Des désirs charnels qui vous dévorent l’estomac, des envies de déraper, d’insulter et de grogner. Ah… ressembler à ces personnages emplis de liberté, le nez dans la poudre, un cône entre les doigts et une fille pendue à chaque bras – «
Toi tu joueras la brune et toi la blonde ». Le cynisme, le sadisme, l’hypocrisie, le morbide, la cruauté, la cupidité (…) sont enfin reconnus comme étant une part de notre humanité. A l’époque d’AB, même les garçons traitaient Hélène comme une tache. Aujourd’hui, les minettes s’identifient à un quatuor de nanas trentenaires – Sex and the city - délirant sur la taille du sexe de leur dernier mec ou du cunnilingus raté qui leur a fait regretter leur
sex toy fluo zébré. Quant aux mecs, ils rêvent des nuits torrides de Duchovny –
Californication - et du charme destructeur/restructurant de McMahon – Nip/Tuck. Par devant ou par derrière. Trio, solo, duo, la vie sexuelle s’instrumentalise... Bref, un besoin irascible de piment, de folie et d’interdit envahit le globe et met le feu au calme provocateur des chaumières.

Dans les années 70, la rébellion « Marie-Jeanne/libération sexe-uelle » s’arrêtait un jour de majorité sur un air de « femme à marier, table où mettre ses pieds ». Aujourd’hui, la révolte « coco/sodo » gronde jusqu’à la trentaine bien tassée. Les pales infidélités de JR ont laissé place à la libido exacerbée du Dr Troy – Nip/Tuck -, la folie meurtrière de Dexter, les frasques libidineuses des Darling -
Dirty Sexy Money - ou les arnaques à répétitions des Riches -
The Riches. Homosexualité, dépression, drogue, viol, tout trépasse sous le cynisme acerbe des scénaristes sans pitié. Routine et banalité du quotidien sont intelligemment mises en parallèle avec la réalité des situations, la finesse des dialogues, la cruauté des personnages et les transgressions qu’ils s’autorisent. Si ces héros passent davantage de temps à remettre en question leur mode de vie, ils essaient tant bien que mal de rester ancrés dans la réalité, de garder un orteil dans la société, peu importe ce qu’elle reflète, le bon et le mauvais. Les séries, véritable nid de frustrations démystifiées et de schémas traditionnels atomisés, jouent le rôle thérapeutique d’exutoire.
Argent, apparence et faux-semblants sont au cœur de la thématique de la plupart de ces fictions donc, de la société. Plus qu’une manière de se rassurer, ces séries blasphématoires sont un moyen novateur de nourrir ses propres « déviances » en se délectant du malheur, toujours à doses homéopathiques. Les problématiques sociétales sont constamment mises en scène sur fond de dualité franchement manichéenne. Les riches et les pauvres, les beaux et les moches, les gros et les maigres, les républicains et les démocrates.
Dallas, encore, abordait des sujets sensibles comme la pilule ou l’avortement, l’adultère ou le divorce sur le rythme binaire « bien/mal ». « On m’a dit qu’aux
States, les
ricains n’habitent pas tous
Melrose Place ou
Beverly Hills, dingue ! » Entre les noirs et les blancs il existerait donc des métissages... Si l’éthique des médecins ou des avocats en a pris un coup, l’amoralité des personnages est nuancée par un petit doigt inquisiteur qui leur glisse à l’oreille qu’à partir de là, ça va trop loin. Des limites sont fixées simplement parce que les personnages n’évoluent jamais seuls et que les actes ont des conséquences. La famille ou les enfants jouent souvent le rôle de garde-fou, de trop-plein « de n’importe quoi ». D’un côté, il y a ce que je dois faire en tant qu’être humain et, de l’autre, ce que ma nature humaine me pousse à faire. Klaxonner à côté d’un octogénaire, saboter les gentes « alu » d’un fauteuil roulant ou vomir dans le sac à main d’une aveugle, c’est méchant. Mais parfois, c’est très drôle et ça fait beaucoup de bien.

Que serait l’inspecteur Gadget sans le Docteur Gang, Mario sans Wario ou Superman sans Lex Luthor ? Les salauds ont toujours eu une place de choix et « le plus fort qui écrase le plus faible » fait encore recette. Les séries n’échappent pas à la règle. Isabelle dans
Premiers Baisers. Euh, l’homme à la cigarette dans X-Files, Spike dans les premières saisons de Buffy contre les vampires, Ben dans Lost ou Sylar dans Heroes. Plus ils sont mauvais, plus ils sont aimés. Après ça, difficile de ne pas écouter sa part d’ombre, celle qui vous dicte de rire quand il faudrait sortir les mouchoirs. Car l’être humain est rattrapé par une vérité universelle, «
L’homme est un animal social » qui ne peut évoluer et se construire que dans une existence socialisante faite à base de défauts, de déviances et de tares. Le bénéfice de cette thérapie par le sadisme et la jubilation résulte du réconfort de se retrouver dans les travers de personnages aux allures moins fictives. Se délecter de l’amoralité de ces séries c’est faire exister ses démons intérieurs, le côté obscur de ses propres faiblesses. Le temps des frustrations est bientôt révolu, vive la juvénisation vaginale, la nymphomanie et l’orgasme clitoridien !
