Le départ vers le soleil couchant d’Indiana Jones dans
La dernière croisade semblait brillamment conclure une trilogie de légende. Toutefois, si les aventures de l’archéologue prenaient fin au cinéma (du moins jusqu'à aujourd’hui) celui-ci pris un nouveau départ sur d’autres supports, notamment le jeu vidéo et la télévision. Alors que le premier de ces médias , de par son interactivité et sa plus grande liberté d’action, s’est concentré sur la période la plus connue du héros afin d’offrir au joueur de folles aventures, le second allait s’attarder sur une autre époque et se consacrer à atteindre un objectif bien différent. On notera toutefois que tout deux ont bien mis en valeurs la diversité culturelle des aventures de Jones, faisant voler en éclats la théorie qui voudrait que chaque histoire se focalise sur un mythe judéo-chrétien. Alors que les premières scènes d’
Indiana Jones et la dernière croisade tentaient de montrer la création du mythe,
Les aventures du jeune Indiana Jones vont se focaliser sur la construction de l’homme. La série nous montre ainsi le cheminement qui transformera le petit garçon puis l’adolescent en l’homme que nous connaissons, via ses aventures à travers le monde.


A ce titre, si la trilogie cinématographique cite allègrement les bandes dessinées de Tintin, il est intéressant de constater qu’à l’époque même de la diffusion de la série, un autre personnage de bandes dessinées ayant influencé Spielberg et Lucas pour la construction du personnage d’Indiana Jones voyaient ses origines traitées dans un comics. Pour quelqu’un s’intéressant à La jeunesse de Picsou (hé oui Jones doit beaucoup à Carl Barks) les parallèles entre ce chef d’œuvre de Don Rosa et la série télévisée consacrée à un des mythes du cinéma sont légion. Le plus pertinent trouve sa source dans la structure même du récit, puisque ces deux œuvres fondent la création de leurs héros sur une longue et difficile quête initiatique, par laquelle ils se révèleront peu à peu, prendront conscience de leur potentiel et lutteront contre leur coté obscur. Chaque histoire sera ainsi l’occasion d’une étape franchie dans ce difficile parcours qu’est la vie.
En ce qui concerne
Les aventures du jeune Indiana Jones, elles mettent le héros en face de choix difficiles et de décisions primordiales, qui le construiront bien plus intelligemment que la découverte d’un élément important de l’imagerie du héros. Autrement dit, on s’intéresse moins ici à la manière dont Jones a eu son fouet qu’à la naissance de son appétit insatiable pour les civilisations anciennes et son goût pour l’aventure. Néanmoins cette volonté de relater la jeunesse d’Indy n’est en fait qu’un prétexte pour Georges Lucas qui trouve là un bon moyen pour atteindre un autre but. A la fin des années 80, il voulu intéresser les gens à l’histoire via sa fondation pour l’éducation. Son projet était alors d’utiliser le personnage d’Indiana Jones comme témoin du XXème siècle. Même si le projet périclita, l’envie resta et Lucas démarcha lors les networks afin de proposer une série sur la jeunesse d’Indiana Jones. Celle-ci serait alors un moyen pour intéresser les enfants à l’histoire du monde et principalement de l’Europe.
Une initiative louable s’il en est. En effet peu de séries peuvent se targuer d’avoir une vocation clairement pédagogique (quasiment un gros mot à la télé) envers son public. Afin d’y arriver, l’idée fut lancée de centrer la série sur deux époques correspondant à des périodes fastes de l’histoire : Le début du siècle d’une part, la première guerre mondiale, d’autre part. Le fil rouge de ces histoires étant Indiana Jones à l’âge de 93 ans (George Hall) racontant à qui veut (ou ne veut pas d’ailleurs) l’entendre, les récits de ses exploits passés. Première époque, Henry Jones junior (Corey Carrier) a 8 ans. Avec ses parents et sa préceptrice, il parcourt le monde dans les différents endroits où son père donne des conférences. Deuxième époque, Indiana (Sean Patrick Flanery) a 16 ans et ment sur son âge pour s’enrôler dans l’armée belge avec son ami Rémy. Dans chacune de ces grandes époques, Indy va vivre des aventures trépidantes, mais va surtout être le témoin d’événements cruciaux de notre histoire et rencontrer des personnages illustres tels que Lawrence d’Arabie, Charles de Gaulles, Lénine, Picasso, Roosevelt, Freud, Albert Schweitzer, Joffre, Pétain, Al Capone, Freud, Hemingway, Clémenceau, Kafka et bien d’autres.


Bien que les rencontres soient évidemment fictives, il n’en reste pas moins que le contexte historique est strictement véridique. En cela
Les aventures du jeune Indiana Jones est précurseur de séries historiques telles que Rome. Tout comme ce fut le cas pour cette dernière série, les créateurs des aventures du jeune Indy ne lésinèrent pas sur les moyens, faisant de la série une œuvre de haut standing. Les épisodes se déroulant durant la Première guerre mondiale (Verdun, Septembre 1916, Somme, Août 1916 notamment) sont à ce titre bluffants pour une époque qui verra dans les mois qui suivirent les débuts à la télévision de show plus ambitieux visuellement tels qu’Urgence,
Homicide, NYPD Blues ou X-files. Enfin la série n’hésitera jamais à confronter Indiana Jones aux pires moments de l’histoire, aux stupidités des actes des hommes ainsi qu’à un orgueil propre aux conséquences désastreuses. Voir pour s’en convaincre les épisodes Afrique Orientale Allemande, décembre 1916 et Congo, janvier 1917 tout deux écrits par Frank Darabont, l’une des grandes révélations du show qui se lancera peu après dans la réalisation avec
Les évadés.


Malgré les ambitions du show et un budget relativement confortable, la série peinera malheureusement à vivre. La faute probablement à une volonté d’instruire tellement mise en avant qu’elle alourdit le rythme des épisodes (notamment ceux se déroulant durant l’époque où Indy a 8 ans). Bien que la volonté de Lucas de ne pas faire une série d’aventure pure et dure pour éviter la comparaison avec les films soit tout à fait compréhensible et légitime, il n’en reste pas moins que ce déséquilibre entre action et instruction causera la perte de la série. Une série qui peut cependant retrouver une seconde jeunesse grâce au dvd (encore faut-il qu’une édition zone 2 voit le jour et avec une version originale sous titrée, vous serez bien urbain). Une série qui n’a finalement pas pris trop de rides, qui reste bien au dessus de nombreuses séries de son époque, qui prouve qu’on pouvait faire des choses ambitieuses sans passer par la case HBO, et qui rassure quand à la capacité de Lucasfilm à créer un show télévisée de qualité (vivement le
Star Wars live, d’autant que les Space Opéras se font rares). Et puis franchement un épisode (Le mystère du blues) avec Harrison Ford dans son rôle le plus célèbre, vous voulez vraiment passer à côté de cela ?