Les grandes chaines Américaines sont dans une période assez délicate de leur existence. Les cinq Networks (ABC, NBC, CBS, FOX et The CW), sont à la peine dans tous les domaines. Pourquoi et comment en sont-ils arrivés là ? La chute est elle irrémédiable ? Ce sont les questions auxquelles on essaiera de trouver une solution dans ce dossier.
Il fut un temps, pas si lointain, où les Networks régnaient en maître sur le paysage audiovisuel Américain. On peut remonter dans les années 70 et 80 avec les sitcoms (Cheers avec Ted Danson) ou les Dramas avec Dallas. Mais pour argumenter ce dossier, on s'intéressera au dernier âge d'or : les Années 90. C'était le temps des Urgences, Seinfeld ou Friends. Tous les soirs, les chaines bataillaient comme des folles pour avoir le dessus, à coup de millions de téléspectateurs. Tous les soirs on pouvait voir des séries comme les trois séries citées plus haut, mais aussi des séries fédératrices comme 21 Jumpstreet sur la FOX ou Papa Bricole sur ABC qui ont connu un grand succès autant public que critique.
En regardant cette période et celle que nous traversons actuellement, on se rend rapidement compte du fossé qui s'est creusé, lentement mais sûrement. L'érosion des audiences est d'abord le facteur décisif pour les chaînes, et celle-ci est catastrophique. La sitcom numéro 1 était Seinfeld dans les années 90, elle bataillait avec Friends (qui chez nous est largement devant Seinfeld, qui est passé quasi inaperçue). Les audiences étaient incroyables. Pour bien se rendre compte, l'épisode final de Seinfeld a rassemblé 76,3 millions de téléspectateurs et le final de Friends 52.5 millions. Aujourd'hui, ce sont des chiffres totalement inconcevables, incroyables.
Au-delà d'un facteur sociologique évident, mais qui ne sera pas aborder ici, on peut voir plusieurs causes à ce déclin incroyable. D'abord, le facteur qualitatif est à prendre en compte. Il y a une chaine des événements totalement incontrôlable. Les décisionnaires ne prennent plus aucun risque. Ils se contentent de choisir un pitch qui a déjà fonctionné par le passé, pensant pouvoir réitérer la performance et surtout attirer toujours le spectateur. Mais cela ne marche presque plus. Cette politique des exécutifs, conduit les Showrunners et autres scénaristes à se contenter du minimum. Ils savent très bien qu'un projet un peu plus ambitieux sera tout de suite évincé par la chaine. Enfin, les téléspectateurs, habitués aux projets formatés, ne font plus attention aux autres séries. Donc quand la chaine prend un risque, le public ne suit pas. De fil en aiguille, la situation devient de plus en plus catastrophique pour tous les Networks. Aujourd'hui ABC, NBC, FOX et The CW sont dans une situation complètement impensable. NBC qui accueillait les grands Hits du passé, sombre. Sa meilleure audience de l'année est due à la télé réalité ! Un comble. Les séries sont au plus bas. Et la vitrine de la chaîne, la Sitcom 30 Rock avec Tina Fey et Alec Baldwin, survit grâce au succès critique, car les audiences (5 millions en moyenne) sont ridicules. NBC était le Network numéro 1, mais aujourd'hui il se retrouve à la traine.
Et c'est le même constat pour les Trois autres. Chez ABC, même les anciens Hits perdent une audience considérable (Desperate Housewives, Grey's Anatomy), la FOX cherche un remplaçant à 24 dont les audiences s'effondrait de toute manière, et The CW est bonne dernière avec des audiences de 3 millions en moyenne pour leur meilleure série. Nous sommes donc actuellement dans une période où les chaines réfléchissent, changent de têtes dirigeantes, annulent séries sur séries. Une série passant la première saison est un bel exploit.
Il demeure cependant une exception : CBS. Elle écrase actuellement toute concurrence, en termes d'audience du moins. Les experts, The Mentalist, Mon oncle Charlie, How I Met Your Mother, The Good Wife, The Big Bang Theory, et la série la plus suivie actuellement aux Etats-Unis : NCIS, sont quelques exemples de la suprématie CBS. Avec 22 millions de téléspectateurs au cours de sa 8ème saison, NCIS réussit une performance incroyable. Même si les audiences sont loin des scores d'antan, elles sont très importantes.
Pourtant, la politique du Network est souvent décriée. La prise de risque est minimale, la qualité est souvent médiocre et les séries presque génériques. Les choix sont presque tous les même, les sujets redondants. Même si les audiences suivent, le choix des séries et le comportement des exécutifs sont symptomatiques de la crise frappant les Networks nationaux.
Le dernier point en défaveur des chaines nationales est l'émergence du câble. Les séries du câble, malgré leur qualité souvent supérieure aux séries des chaines nationales, restaient dans une relative confidentialité. HBO, Showtime, AMC, TNT, USA Network jouissaient d'audience faible comparativement aux Networks. Aujourd'hui elles rivalisent souvent et dépassent parfois leurs adversaires. En plus de bénéficier de buzz incroyables (dernier exemple en date : The Walking Dead), d'un succès critique dithyrambique (Mad Men, Boardwalk Empire), elles bénéficient d'audiences en hausse (Rizzoli and Isles sur TNT est la série du câble la plus regardée avec presque 9 millions de téléspectateurs). Facteur décisif, ces séries ont de plus en plus d'attention de toute part. Des séries comme True Blood, Dexter ou Burn Notice ne jouissent pas d'audiences très élevées, et pourtant elles dépassent l'audience de toutes les séries de NBC par exemple. Le constat est sans appel. Ce sont les séries du câble qui récoltent les trophées, les louanges, le buzz, la couverture média (sauf exception : Glee, The Mentalist...). Cette concurrence est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour les Networks.
Les tentatives de changement sont nombreuses, et la volonté de parvenir à remonter la pente est grande, mais est-ce suffisant pour que la situation s'inverse ? Le chemin s'annonce long et tortueux. L'âge d'or est bel et bien révolu et on se demande si on pourra assister à une de ces périodes, où à la qualité s'ajoutait une audience remarquable et une reconnaissance de tous. Il est triste, aujourd'hui de constater que la chaîne qui produit les séries les plus médiocres récolte les meilleures audiences. La saison 2010-2011 est a mi-chemin et on constate que la situation empire. Les Networks vont-ils s'en relever ?

