Guerre(s) et paix
On ne croit pas si bien dire en parlant de machine de guerre puisque les conflits internationaux tiennent une place prépondérante dans les thématiques abordées par les feuilletons HBO : pas moins de trois titres se positionnent directement dans la ligne de mire d’un genre peu exploité. Premier coup d’éclat en 2001, lorsque les décisionnaires acceptent le pari fou du duo Steven Spielberg/Tom Hanks désireux de prolonger l’expérience guerrière d’Il faut sauver le soldat Ryan. Cumulant presque cinq fois la durée d’un long-métrage, Frères d’armes permet à ses initiateurs d’explorer plus en détails la Seconde Guerre Mondiale à travers le parcours véridique de la Easy Company présente depuis le débarquement normand jusqu’à la prise du « nid d’aigle » d’Hitler.
Tout aussi épique et réaliste que le film aux 5 Oscars précité, Frères d’armes se distingue de par son budget colossal digne d’une superproduction hollywoodienne. Armée de 125 millions de dollars, celle-ci conservera son titre de mini-série la plus chère de tous les temps, jusqu’aux 150 millions de The Pacific (2010), seconde épopée militaire initiée par les inséparables Spielberg et Tom Hanks. Le contexte reste le même mais le théâtre des opérations change : au revoir le front européen, bonjour celui tout aussi agité du Pacifique et ses batailles meurtrières (Guadalcanal, Iwo Jima, Okinawa…) que subiront le Corps des Marines. Sur le papier, la recette peut paraître répétitive, il n’empêche que malgré une surprise passée, The Pacific impressionne tout autant.
Bien que cette double évocation de Grande Guerre ne dissimule en rien les horreurs inhérentes à l’intervention des Etats-Unis, à côté de Generation Kill (2008) le dytique fait presque office de pamphlet pro guerre. Regard quasi documentaire (caméra portée à l’épaule, bande originale absente) et critique pessimiste sur la deuxième invasion irakienne par les forces armées de l’Oncle Sam, le show de David Simon et Ed Burns (Sur écoute) possède moins de points communs avec la patriotique et pleurnicharde Over There qu’avec le cynique Jarhead, la fin de l’innocence de Sam Mendes. Soldats sans causes, mauvaise préparation des troupes mal équipées, déploiement tactiques hasardeux, ennemi mal identifié… cette adaptation du roman d’Evan Wright (basé sur la propre expérience sur le terrain du journaliste) est le portrait sans concession d’une nation en perte de repères qui va droit dans le mur.
Born in the USA
La reconstitution historique a beau être quelque chose de très onéreux pour la télévision, et HBO ne le sait que trop bien (le cas des dépensières Rome et Deawood ou récemment celui de Boardwalk Empire et leurs décors pharamineux), le format réduit de la télésuite s’est avéré un judicieux compromis - même si la prod doit se serrer la ceinture - pour pouvoir s’aventurer fréquemment dans le passé des Etats-Unis : que ce soit pour suivre les grandes étapes de la Seconde Guerre Mondiale donc, pour revenir de manière exhaustive sur la conquête spatiale et son programme Apollo (De la Terre à la Lune d’Andrew Chaikin, 1998), de conter l’arrivée du Sida dans le New York des années 80 (Angels in America de Mike Nichols, 2003), ou de narrer la naissance de la nation à travers le biopic classieux sur le président John Adams de Tom Hooper (2008).
Beaucoup moins agressif sur le porte-monnaie, l’actualité contemporaine n’est pas en reste puisque dans les années 80, HBO donnait déjà carte blanche à Robert Altman pour décrypter les arcanes de la politique américaine sous l’ère Reagan avec Tanner ’88 (1988), « documenteur » d’une campagne présidentielle fictive tournée en vidéo et mélangeant des personnages inventés avec des personnalités bien réelles du milieu. Une volonté de réalisme proche du documentaire qui se retrouvera parfaitement dans The Corner (2000) de David Simon et du regretté David Mills, brillante répétition de leur futur chef d’œuvre Sur écoute, relatant sous un jour naturaliste la vie quotidienne d’un quartier de Baltimore pris dans le piège de la misère sociale et de la délinquance liée au trafic de drogue.
Et après ?
Aimants à stars (chaque œuvre est la promesse d’un casting quatre étoiles), pourvoyeuses de critiques élogieuses et de récompenses (les Emmy et les Golden Globes pleuvent de manière automatique), les mini-séries de HBO sont devenues un gage de qualité certifié unique en son genre sur lequel on peut se reposer les yeux fermés. Egalement outil d’autopromotion partout sur le globe (droits de diffusions, ventes dvd…), c’est aussi un moyen pour les décisionnaires de nouer des partenariats solides avec des collaborateurs fidèles comme Tom Hanks (Big Love) qui a arboré la casquette de producteur exécutif sur Frères d’armes, The Pacific, De la Terre à la Lune et John Adams ; ou de dénicher de nouveaux talents maison (Alexander Skarsgard promu de Generation Kill à True Blood).
Leader exclusif sur le marché, HBO n’a pas de raison de s’arrêter et ce n’est pas l’arrivé de la prometteuse Mildred Pierce de Todd Haynes avec Kate Winslet et une foule de projets en développement qui risquent de changer la donne : dans un avenir proche on attend de voir la carrière du polémique Dick Cheney passer au détecteur de mensonge, la vie de Marlène Dietrich incarnée par Gwyneth Paltrow, Edward Norton collaborer de nouveau sous la direction de John Curran (Le Voile des Illusions) et le découpage de messieurs selon Lizzie Borden, co-produit par Tom Hanks ! Qui d’autre ?

L'histoire : Deuxième Guerre Mondiale. Le destin d'un groupe de soldats de la Easy Company de 1942 à 1945.
L'histoire : A l'issue de la diffusion de l'excellente série Frères d'armes, pendant télévisuel du long-métrage Il Faut Sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg[…]
L'histoire : Etats-Unis, années 80. Dans une Amérique rongé par le Sida, les homosexuels sont montrés du doigt.
