
Mère et femme d'affaires
Au début des années 30, Mildred et Bert Pierce se séparent... laissant la jeune femme seule, avec ses deux fillettes à élever au cœur d'une Amérique où la classe moyenne n'accorde encore que peu de place et de crédit aux mères célibataires. Soucieuse du bien-être de ses filles avant d'être raisonnablement ambitieuse, elle se lance dans la recherche d'un emploi qui lui permettrait à la fois de subvenir aux besoins de sa famille et d'investir dans sa propre entreprise de restauration. Après avoir refusé plusieurs places de serveuses et de gouvernantes, elle intègre finalement l'équipe d'un "diner" qui lui permettra de faire ses premières armes professionnelles tout en prenant soin de cacher la vérité à sa fille Veda, déjà encline à un narcissisme et à une soif de bourgeoisisme des plus ravageurs.
"Dans la plus grande tradition des mini-séries littéraires américaines, Mildred Pierce regroupe le meilleur d'un genre qui continue de repousser les frontières entre télévision et cinéma en offrant un sens du récit et de la réalisation des plus classieux ; autour d'une performance d'acteur viscéralement remarquable"
Pour son lancement, HBO a choisit de diffuser à la suite les deux premières parties de Mildred Pierce... Un choix s'avérant d'autant plus judicieux que Todd Haynes n'hésite pas à prendre le temps de s'attarder sur chaque élément de l'histoire qu'il revisite ; quitte à repousser l'entrée en scène de plusieurs personnages principaux, pourtant vivement attendus par tous ceux étant déjà familiers du roman. Ainsi, l'amant de Mildred, Monty Beragon (Guy Pearce), ne fait-il son apparition qu'en fin de seconde partie tandis qu'Evan Rachel Wood (Veda à l'âge adulte) reste quant à elle totalement absente de cette première soirée, au profit d'un regard en profondeur sur les doutes, motivations, conflits et autres convictions de vie, dont Kate Winslet parvient si bien à se faire écho.

De rigueur et d'intimisme
A travers leurs lumières feutrées et leur sens de l'authenticité et de reconstitution historique, ces deux premières heures regorgent ainsi autant de moments forts que de détails prompts à raviver la flamme des 30s comme si vous y étiez... Grâce à l'ensemble de ses décors, costumes, coiffures, maquillages et accessoires, cette mini-série de haut vol est un nouvel exemple d'un savoir-faire décidemment hors normes et dont seuls les américains semblent avoir le secret ; cette approche d'un classicisme aux mouvements de caméra doux et soignés participant pleinement à cette sensation d'imprégnation à l'époque, ainsi qu'aux mœurs et valeurs visitées, sans jamais prendre des faux airs de théâtre surfait ou de simple cliché...

L'adaptation d'œuvres littéraires telles que Mildred Pierce reste définitivement un genre à part dans l'Histoire de la télévision américaine et bénéficier ainsi de cinq heures pour rendre hommage au roman d'origine permet inévitablement plus de justesse d'interprétation et de fidélité au récit initial que ne pourrait le faire un long-métrage cinéma ; cela en dépit d'un budget généralement beaucoup plus colossal. Mais s'il fut un temps où les productions télévisuelles n'auraient su dignement rivaliser avec celles du grand écran, celui-ci semble bel et bien aujourd'hui totalement révolu et les exigences qualitatives d'une chaîne comme HBO en sont notamment le parfait exemple. A noter qu'outre le talent de Kate Winslet, la partition originale d'un autre habitué des salles obscures, Carter Burwell, contribue également amplement à faire du destin des Pierce mère et fille l'une des pièces maîtresses de ce premier trimestre télévisuel...

L'histoire : Mildred Pierce, une mère célibataire, décide d'ouvrir un restaurant et tente de gérer sa relation avec sa fille Veda, une jeune femme ambitieuse. […]
